Faut-il pénaliser sur la grille les pilotes à l’origine d’incidents en qualifications ?
Des sanctions proposées en cas de drapeaux jaunes ou rouges
Carlos Sainz souhaite faire évoluer le règlement de la Formule 1 concernant les pilotes provoquant des drapeaux rouges ou jaunes en qualifications. Le directeur de la GPDA estime que certaines situations créent des injustices sportives, un débat relancé après les qualifications du Grand Prix d’Autriche et qui va être portée dans le groupe WhatsApp des pilotes de F1.
Le débat sur l’équité en qualifications a pris une nouvelle dimension. En cause, la gestion des drapeaux jaunes et rouges lors de l’accident de Max Verstappen à Spielberg, qui a suscité de nombreuses interrogations. Sainz souhaite proposer une évolution du règlement.
Interrogé sur l’incident et ses conséquences, le pilote Williams a révélé qu’il comptait soumettre une idée à ses homologues.
"J’ai une idée très personnelle à ce sujet qui n’a pas encore été discutée au sein de la GPDA, et que je vais potentiellement proposer comme piste de réflexion dans notre groupe WhatsApp," a expliqué Carlos Sainz.
"Ensuite, nous pourrons voir si cela doit être retenu ou non. Je pense que ce week-end, étant donné qu’il s’agit d’un sprint, nous n’aurons peut-être pas une vraie réunion à ce sujet. Mais je pense que nous devrions en avoir une."
Pour Sainz, la situation observée en Autriche aurait dû entraîner une réaction plus stricte des commissaires.
"Il est clair pour moi que cette situation aurait dû être un double drapeau jaune ou un drapeau rouge. La manière dont George a géré cela était parfaite, selon ce que permet le règlement. Il a mérité cette pole position, car il a exploité les règles à la perfection," a-t-il déclaré.
"Mais il n’aurait jamais dû être autorisé à terminer ce tour ou à conclure un tour dans une telle situation dangereuse."
Sainz a ensuite illustré son propos avec son expérience personnelle à Bakou.
"Si Max avait été en pole lors de la première tentative, puis qu’il provoque cet accident, et que tout le monde passe sous drapeau rouge sans pouvoir améliorer son temps, ce serait injuste pour George, Kimi [Antonelli] et les autres, car celui qui est en pole empêche les autres d’améliorer leurs chronos."
"Comme typiquement à Monaco. J’aurais pu le faire l’an dernier à Bakou, quand j’étais en pole et que j’étais la première voiture à sortir des stands," a-t-il ajouté.
"Je me suis dit : ’si je crash’ maintenant, je suis en pole’. Nous avons tous ces pensées. Nous avons tous ces réflexions secondaires. Nous savons tous comment le règlement fonctionne."
Le pilote Williams propose donc une sanction claire pour dissuader ce type de situation.
"Je pense que toute personne qui génère un double drapeau jaune ou un rouge en qualifications devrait recevoir une pénalité de trois places sur la grille."
Selon lui, cela permettrait d’éviter toute forme de prise de risque excessive.
"Ainsi, vous êtes au moins pénalisé pour cela et dissuadé d’attaquer à fond dans une situation comme celle-ci, ce qui n’a pas été le cas pour Max, puisqu’il était je crois troisième à ce moment-là. Il a évidemment eu un accident à cause d’une défaillance de l’aileron arrière ou quelque chose comme ça."
Sainz insiste sur le fait qu’il ne remet pas en cause l’intention des pilotes, mais l’impact de ces situations sur le classement.
"Je pense que nous devons trouver une solution. Et ma seule idée est la suivante : si vous générez un jaune ou un rouge, vous devriez recevoir une forme de pénalité."
Le directeur du GPDA estime que certains pilotes exploitent déjà ces situations, même indirectement.
"Si vous poussez à fond mais que vous allez trop loin et que vous empêchez les autres d’améliorer, vous gagnez une position en empêchant les autres de faire mieux que vous. Même si ce n’est pas intentionnel."
"Dans le même temps, on peut aussi argumenter autrement. Vous avez dix minutes pour faire votre tour. Pourquoi tous attendre la dernière minute ?"
"Pourquoi ne pas tous sortir à huit minutes de la fin, signer un temps, et être sûrs qu’un drapeau rouge ne vous perturbe pas ? Ce serait un argument parfait pour dire qu’on n’a pas besoin de pénalité pour un drapeau rouge."
Mais selon lui, certains circuits sont particulièrement sensibles à ces comportements.
"Je l’ai vu tellement de fois maintenant, dans des endroits comme Bakou et Monaco, des pilotes provoquent des jaunes en Q1, Q2 et Q3."
"Il est impossible pour les commissaires – à moins d’être un ancien pilote de F1 très intelligent – de comprendre comment cela fonctionne. Pour moi, cela montre qu’une solution doit être trouvée."
Sainz insiste toutefois sur le fait qu’il ne vise pas l’accident de Verstappen.
"Je ne dis pas que Max l’a fait intentionnellement. Il a eu une défaillance. Max n’était même pas en pole, donc il n’avait aucun intérêt à faire cela. Mais nous devons trouver des idées pour résoudre ces situations."
Des avis partagés dans le paddock
Charles Leclerc s’est montré plus réservé sur l’idée d’une règle universelle.
"Je ne suis pas le seul à m’être crashé à Monaco en qualifications," a-t-il rappelé, se sentant visé par Sainz.
"C’est vrai que c’est une de ces courses où l’on peut jouer un peu avec les drapeaux jaunes. Et je pense qu’il y a des circuits spécifiques où nous devons peut-être regarder cela de plus près."
Mais le pilote Ferrari estime qu’une règle globale serait excessive.
"Est-ce que cela doit devenir une règle générale ? Je pense que le pilote qui finit dans le mur, Max par exemple lors de la dernière course, paie déjà suffisamment cher le fait de ne pas terminer son tour, ce qui aurait pu lui suffire pour être deuxième. Donc je ne pense pas qu’une règle générale ait vraiment de sens."
"Mais sur certains circuits, c’est quelque chose dont nous avons déjà discuté entre pilotes. L’appliquer à toute la saison, cela ne me semble pas pertinent."
Max Verstappen partage également une partie de ce constat, tout en allant plus loin sur la question des pénalités.
"Quand quelqu’un le fait volontairement et provoque un drapeau jaune ou rouge en qualifications, cela devrait être sanctionné encore plus sévèrement que ce que propose Carlos," a-t-il estimé.
"Les gens terminent encore leur tour ou d’autres lèvent le pied. On peut évidemment très bien interpréter le règlement. Vous terminez votre tour et il est validé."
"Mais je pense que cela ne devrait même pas être possible de terminer un tour dans ces conditions. C’est ça, pour moi, le vrai problème."
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