Formule 1

Comment la guerre des talents en F1 est déjà secouée par les budgets plafonnés

La course aux meilleurs ingénieurs chamboulée

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Par Alexandre C.

11 juillet 2021 - 14:49
Comment la guerre des talents en F1 (...)

La silly season en F1 ne concerne pas que les pilotes : le mercato des ingénieurs bat également son plein – d’autant plus à la veille d’un grand changement réglementaire. Le « pillage » des autres équipes a toujours existé en F1, en étant plus ou moins assumé – récemment, Otmar Szafnauer, le directeur d’Aston Martin F1, a par exemple accepté de dire que son écurie cherchait à piller les autres teams. Après tout, c’est un très grand facteur de différenciation de performance en F1.

Par exemple, Aston Martin F1 a récemment attiré, en provenance d’Alfa Romeo, Luca Furbatto ; mais aussi et surtout Dan Fallows, prochain directeur technique de l’équipe. Ce dernier ingénieur travaillait chez Red Bull et quitte donc Milton Keynes pour Silverstone.

Cette relative perte de talent chez Red Bull pose de fait une question : ces transferts ne seraient-ils pas aussi une conséquence peut-être sous-estimée des budgets plafonnés (qui sont entrés en vigueur à hauteur de 145 millions de dollars cette année) ?

En effet, des équipes comme Red Bull se retrouvent à opérer à la limite absolue du plafond, et ont été contraintes pour y parvenir à des sévères réductions de coûts, dont des licenciements.

Au contraire, Aston Martin F1 est une équipe qui n’opère pas au niveau du plafond et qui garde encore une marge de manœuvre, comme Otmar Szafnauer le confiait récemment : « Nous avons considérablement augmenté le nombre de personnes que nous avons depuis l’époque Force India. La nouvelle usine est sur la bonne voie, nous avons déjà commencé à la construire, et il y a un gros, gros programme pour recruter encore plus. Nous sommes actuellement à environ 535 personnes et nous atteindrons environ 800 personnes, soit la taille appropriée sous le plafond des coûts et nous travaillons stratégiquement sur cela maintenant. »

Les trois salaires les plus élevés des managers sont certes exclus des budgets plafonnés, mais Red Bull compte déjà dans ses rangs Christian Horner ou Adrian Newey. Ce qui laisse peu de place pour les autres… Aston Martin F1 peut donc non seulement embaucher plus, mais aussi proposer plus – car il est probable par exemple que Fallows soit dans les trois salaires les plus élevés de l’équipe, avec Otmar Szafnauer et Andrew Green (directeur technique en chef), permettant donc à Aston Martin F1 de proposer un salaire plus généreux car non-compris dans les budgets plafonnés.

Ainsi les écuries de pointe peuvent désormais se retrouver démunies pour conserver leurs meilleurs éléments : les budgets plafonnés participent ainsi à égaliser les ressources humaines.

En septembre 2018, Nextgen-Auto interrogeait d’ailleurs, dans le paddock de Monza, Cyril Abiteboul, alors directeur de Renault F1, sur les effets des budgets plafonnés sur les salaires des tops-ingénieurs.

Nous demandions alors à Cyril Abiteboul si les budgets plafonnés n’allaient pas aboutir à une compression des salaires, pour embaucher plus de personnes. Il prédisait lui la montée de la guerre des talents : « C’est une très bonne question, mais ce n’est pas quelque chose que l’on imagine, parce que le problème, c’est qu’il va y avoir surtout une course aux talents. Et s’ils sont payés 20 % de moins que dans l’écurie d’à côté, ils iront dans l’écurie d’à côté. Donc on se tient tous d’une certaine façon par la barbichette, on est tous obligés, de la même façon, à être compétitifs, comme partout ailleurs. En revanche, on se pose des questions pour savoir comment être plus attractif en tant qu’employeur. Il y a le salaire, mais si ça ne passe que par cela, il y aura le budget cap. Donc cela passe par tout le reste. On essaie de se mobiliser sur ce genre de sujets. »

Les exceptions des budgets plafonnés en question

On pourra faire bien sûr une objection : si Red Bull est tant contrainte par les budgets plafonnés, pourquoi donc a-t-elle réussi à attirer, de l’usine moteur de Mercedes, Ben Hodgkinson, qui dirigera le programme Red Bull Powertrains ?

La réponse est simple : parce que les budgets moteurs ne sont pas compris dans les budgets plafonnés. Cela laisse donc de la marge à Red Bull pour construire aussi une nouvelle usine, par exemple. Et forcément, la tentation de déporter des ingénieurs du programme châssis vers le programme moteur, en jouant sur la légalité, pourrait exister. Charge à la FIA de faire respecter les règles, ce qui ne s’annonce pas simple !

Ferrari joue aussi avec ces exceptions : l’équipe a transféré un de ses meilleurs ingénieurs, Simone Resta, vers Haas, l’équipe-partenaire… dans un bâtiment appartenant à l’équipe Haas mais construit à Maranello ! Là encore, les équipes jouent avec les zones grises du règlement.

C’est d’ailleurs pourquoi Zak Brown, le PDG de McLaren Racing, a proposé à ce que les trois plus gros salaires des managers (de même que les salaires des pilotes) soient aussi inclus dans les budgets plafonnés à l’avenir : « L’élargissement du plafond budgétaire, pour disposer d’une allocation définie et réglementée pour les coûts des pilotes et les trois salaires les plus élevés dans chaque équipe, inclura tous les éléments clés de la performance et mettra véritablement le sport sur un pied d’égalité. »

En résumé, la guerre des talents en F1 est parfois aussi passionnante que celle des pilotes – et les budgets plafonnés la renouvellent en la rendant à la fois plus égalitaire et plus imprévisible.

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