Avec sa patte, Newey frappe fort et se confie sur la radicale AMR26

Une Aston Marin F1 compacte, radicale et pensée pour l’avenir

Auteur : Franck Drui
3 février 2026 - 13:41
Avec sa patte, Newey frappe fort et se confie sur la radicale AMR26

Depuis sa toute première apparition publique, l’AMR26 ne laisse personne indifférent. Et pour cause : il s’agit de la première monoplace conçue sous la direction d’Adrian Newey chez Aston Martin F1, à l’aube d’une révolution réglementaire majeure en Formule 1. Une voiture née dans l’urgence, le doute... et l’ambition.

Dès son départ de l’aéroport de Birmingham à destination de Gérone, le 28 février, l’AMR26 attirait déjà tous les regards. Transportée à bord d’un Antonov de 54 ans, la monoplace était à bord du vol CVK7020, devenu le deuxième vol le plus suivi au monde ce jour-là. Le symbole d’une attente immense.

Sur le Circuit de Barcelone, les mécaniciens d’Aston Martin F1 ont travaillé toute la nuit pour préparer les débuts en piste de la voiture. Lorsqu’elle est finalement sortie du garage, dans la dernière heure de l’avant-dernier jour du shakedown de Barcelone, l’effet a été immédiat.

Depuis, une seule question revient en boucle dans le paddock : "Qu’est-ce qu’Adrian Newey a bien pu mijoter ?"

Interrogé sur la philosophie qui a guidé la conception de l’AMR26, le célèbre ingénieur britannique insiste sur une approche globale lors d’un entretien publié par le site officiel de l’équipe.

"Nous avons analysé de très près le règlement et ce que nous voulions obtenir en termes de champs d’écoulement pour s’y adapter. À partir de là, nous avons commencé à faire évoluer une géométrie visant à créer les flux que nous recherchions. C’est une approche très holistique mais, en réalité, avec un règlement entièrement nouveau, personne ne sait jamais vraiment quelle est la bonne philosophie."

Même lui, considéré comme le plus grand designer de l’histoire moderne de la F1, admet avancer sans certitude.

"[Rires.] Même moi. Nous ne sommes absolument pas certains de la meilleure interprétation du règlement, ni donc de la meilleure philosophie à adopter. En raison d’un calendrier très comprimé, nous avons choisi une direction précise et c’est celle que nous avons suivie. Si c’était la bonne ou non, seul le temps nous le dira. Mais il faut choisir une voie et s’y engager."

Une voiture "agressive" ? Pas selon Newey

Face à une AMR26 jugée audacieuse, voire radicale, Adrian Newey tempère.

"Je ne considère jamais mes voitures comme agressives. Je me contente d’avancer et de poursuivre ce que nous estimons être la bonne direction. La voie que nous avons choisie peut certainement être interprétée comme agressive. Il y a plusieurs éléments qui n’avaient pas forcément été vus auparavant. Est-ce que cela la rend agressive ? Peut-être. Peut-être pas."

Lorsqu’on lui demande quelle partie de la voiture le satisfait le plus, la réponse est fidèle à sa réputation.

"C’est une question qu’on me pose souvent. Honnêtement, je n’ai pas de partie préférée, pas de ’regarde ça’. Pour moi, une voiture est un ensemble. Il n’y a pas une pièce isolée qui fait la différence. C’est la manière dont toutes interagissent, comment elles se parlent entre elles pour créer une voiture en harmonie avec le pilote, performante aérodynamiquement, mécaniquement et du point de vue de la dynamique du véhicule."

Alors, le point fort de l’AMR26 serait… l’absence de point fort ?

"Oui." (Un sourire à peine perceptible se dessine sur le visage d’Adrian Newey.)

Newey détaille ensuite la logique de conception, étape par étape.

"Tout commence par l’architecture globale : où la voiture est positionnée sur l’empattement, où se trouvent les masses principales. Ensuite, on travaille sur les suspensions avant et arrière, qui jouent toutes deux un rôle crucial dans la manipulation des flux. Puis viennent l’aileron avant et la forme du nez, sensiblement différents cette année, avant de passer aux pontons et au traitement de l’arrière de la voiture, clairement différent de ce que nous faisions auparavant."

Un choix assumé, sans savoir si les concurrents iront dans la même direction.

"Nous ne savons pas si d’autres équipes arriveront à une solution similaire. Nous le découvrirons lorsque nous verrons leurs voitures. Nous avons simplement essayé de suivre ce que nous pensons être la bonne voie pour nous. C’est aussi ce qui rend les nouveaux règlements excitants : voir ce que chacun imagine."

Ce traitement de l’arrière intrigue particulièrement. Et pour cause.

"Oui, la voiture est très compacte. Bien plus compacte que tout ce qui avait été tenté chez Aston Martin F1 auparavant." (Cette fois, Newey ne peut cacher son sourire.)

"Cela a nécessité une collaboration très étroite avec les designers mécaniques pour atteindre les formes aérodynamiques souhaitées. Ça ne leur a clairement pas facilité la vie, bien au contraire, mais ils ont totalement adhéré à cette philosophie et relevé le défi."

Cette complexité explique en partie pourquoi l’AMR26 n’a roulé que lors des deux derniers jours du shakedown.

"2026 est probablement la première fois dans l’histoire de la F1 où les règlements châssis et moteur changent simultanément. C’est un défi immense pour toutes les équipes, mais peut-être encore plus pour nous. Le campus technologique d’Aston Martin est encore en développement, la soufflerie CoreWeave n’a réellement fonctionné correctement qu’à partir d’avril, et je n’ai rejoint l’équipe qu’en mars dernier. Honnêtement, nous sommes partis avec du retard."

Le chiffre est parlant : près de quatre mois perdus face à la concurrence.

"Nous n’avons introduit un modèle 2026 en soufflerie qu’à la mi-avril, alors que la plupart de nos rivaux y travaillaient dès janvier, à la fin de l’interdiction des essais aéros. Cela nous a mis environ quatre mois en retard, compressant énormément le cycle de recherche et de conception. La voiture a été assemblée à la toute dernière minute, d’où notre course contre la montre pour être prêts à Barcelone."

Alors, était-il nerveux au moment de voir la voiture rouler ?

"Le premier roulage d’une voiture est toujours un moment stressant. L’équipe a fourni un travail colossal pour la rendre prête. Il reste encore beaucoup à apprendre et à développer, mais ces premiers jours ont été essentiels pour comprendre son comportement et effectuer les vérifications systèmes avant les essais de Bahreïn."

Bientôt l’heure de se frotter à la concurrence

Quant à la compétitivité immédiate à Melbourne, Newey reste prudent mais clair sur l’objectif.

"Nous avons cherché à concevoir une voiture avec un fort potentiel de développement. Ce qu’il faut éviter, c’est une monoplace très optimisée dès le départ mais sans marge de progression. Nous avons tenté l’inverse, en mettant l’accent sur les fondamentaux, en sachant que les éléments évolutifs – ailes, carrosserie – pourront être développés en cours de saison."

Sur le plan du pilotage, la nouvelle réglementation est aussi vue comme une opportunité.

"La génération précédente de voitures à effet de sol, entre 2022 et 2025, était devenue très difficile à piloter. L’Aston Martin, malheureusement, en était un exemple marquant. Avec cette nouvelle formule, nous cherchons à offrir une voiture dont Lance et Fernando pourront extraire régulièrement un bon niveau de performance."

Enfin, Adrian Newey évoque son nouveau rôle de Team Principal. Est-ce compatible avec sa tâche principale de designer ?

"Je suis devenu Team Principal à la fin de l’année dernière. Pour moi, c’est surtout un titre. Mon rôle est de donner une direction, un état d’esprit, une culture de travail. J’essaie de montrer l’exemple autant que possible. Mais l’essentiel est de faire progresser tout le monde, à tous les niveaux, pour que nous travaillions mieux ensemble et tirions le meilleur les uns des autres."

Et cela fonctionne ?

"Je vous le dirai plus tard. (Rires.) Reposez-moi la question à la fin de l’année."

Live Twitch ce soir à 20h30 ! La Formule 1 est revenue, et c’est donc fort logiquement le retour de GRAND PRIX !

On se retrouve ce soir pour un premier débriefing des tests de Barcelone. Et si vous avez des questions sur les règles 2026, on y répondra ! Rendez-vous sur https://www.twitch.tv/nextgenauto.


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