Audi F1 se voit comme Ferrari en 1995 : ’nous posons les fondations pour l’avenir’

Binotto détaille le vaste chantier engagé depuis la reprise de Sauber

Audi F1 se voit comme Ferrari en 1995 : ’nous posons les fondations pour l’avenir’
Auteur : Franck Drui
17 août 2026 - 17:20

Audi a abordé sa première saison en Formule 1 avec une ambition qui dépasse largement les résultats immédiats. Devenue écurie d’usine à part entière en reprenant Sauber, la marque allemande assume une phase de construction qui doit, selon Mattia Binotto, conduire à une véritable candidature aux titres mondiaux à l’horizon 2030. Pour le dirigeant italien, la situation actuelle de Hinwil rappelle même celle de Ferrari lorsqu’il découvrit Maranello en 1995.

Audi a fait son entrée en Formule 1 en 2026, profitant de l’entrée en vigueur du nouveau règlement moteur pour devenir constructeur à part entière. L’ancienne structure Sauber a ainsi changé de dimension, mais le projet nécessite du temps avant de pouvoir rivaliser avec les équipes les mieux établies du plateau.

Après onze Grands Prix, Nico Hülkenberg et Gabriel Bortoleto ont inscrit 12 points. Audi a par ailleurs terminé six fois à la 11e place, tandis que Bortoleto a déjà estimé que la R26 figurait parmi les meilleures monoplaces de la grille en matière de châssis.

Le principal chantier reste toutefois le groupe propulseur. Audi considère clairement son moteur comme l’un des éléments essentiels à améliorer pour réduire son retard sur les références que sont Mercedes, McLaren, Red Bull et Ferrari.

Dès avant le début de la saison, Audi avait d’ailleurs affiché un calendrier particulièrement clair : une véritable offensive pour le championnat du monde n’était pas attendue avant 2030, le temps de construire une organisation et des infrastructures à la hauteur des ambitions de la marque.

Cette reconstruction passe notamment par l’usine de Hinwil, héritée de Sauber lors de la prise de contrôle par Audi. Les infrastructures suisses n’ont pas bénéficié du même niveau d’investissement que celles des principales équipes de la grille au cours des dernières années.

L’équipe était restée dans le bas du milieu de peloton après son rachat par le milliardaire suédois Finn Rausing en 2016, puis sous les appellations Alfa Romeo et Stake, avant l’arrivée d’Audi pour la saison 2026.

Mattia Binotto, qui connaît parfaitement les enjeux d’une reconstruction puisqu’il a lui-même gravi les échelons chez Ferrari, de la fonction d’ingénieur chargé des essais moteur jusqu’à celle de directeur de l’équipe entre 2019 et 2022, estime que la situation actuelle de Hinwil rappelle une autre période de l’histoire de la Scuderia.

"Si quelqu’un visite Mercedes, Ferrari ou McLaren, puis vient chez nous, il réalisera qu’il existe un écart ou une différence évidente," explique-t-il à RN365.

"Nos bâtiments, nos infrastructures, ne sont pas au niveau de ceux des meilleures équipes, mais ce n’est pas un reproche. C’est un fait, parce que cela correspondait aux ambitions des propriétaires de l’équipe par le passé. Aujourd’hui, il existe donc un écart et nous devons le combler."

Audi doit désormais accélérer considérablement la transformation de son site suisse. Cela implique davantage de personnel, davantage d’espace et de nouvelles capacités de production afin de permettre à l’équipe de changer progressivement de dimension.

"Nous devons devenir plus grands à l’avenir. Nous avons besoin de davantage de personnes, de davantage d’espace pour la fabrication, donc nous étudions certainement des projets d’agrandissement, parce que l’expansion sera un facteur de notre réussite de demain," poursuit Binotto.

Une comparaison avec la Scuderia Ferrari de 1995

C’est précisément cette phase de construction qui pousse Binotto à établir un parallèle avec Ferrari au milieu des années 1990. Lorsqu’il a rejoint Audi, il a immédiatement retrouvé certains éléments qui lui rappelaient Maranello à ses débuts.

"Lorsque je suis arrivé, c’était en quelque sorte ce que j’avais vu chez Ferrari en 1995, et pour moi, la comparaison est avec l’équipe Ferrari de 1995," affirme-t-il.

À cette époque, Ferrari cherchait à se reconstruire sous la direction de Jean Todt. L’équipe italienne allait progressivement attirer plusieurs figures majeures, parmi lesquelles Ross Brawn, Rory Byrne et Michael Schumacher, avant d’entamer une période de domination qui allait profondément modifier son histoire.

Pour Binotto, Audi se trouve aujourd’hui à un stade comparable : une organisation encore relativement petite, des infrastructures vieillissantes et des processus qui doivent être profondément développés.

"C’est une usine ancienne et petite, avec peu de personnes et peu de processus mis en place, donc pour moi, la comparaison nous ramène vraiment à Ferrari. C’est comme comparer la Ferrari de 1995 à la Ferrari d’aujourd’hui."

Le parallèle ne signifie évidemment pas qu’Audi reproduira nécessairement la trajectoire de Ferrari. Il souligne surtout l’ampleur du travail à accomplir avant de pouvoir prétendre au sommet de la Formule 1.

Binotto insiste d’ailleurs sur le fait que les transformations les plus importantes ne sont pas nécessairement visibles depuis l’extérieur. Alors que les résultats de la première saison peuvent donner l’image d’une équipe encore en difficulté, une grande partie du travail se déroule actuellement en coulisses.

"Je pense que ce que nous avons fait va dans la bonne direction, l’équipe s’améliore et progresse, et à l’usine, beaucoup de choses se passent qui ne sont pas visibles pour les médias ou les fans," souligne-t-il.

L’objectif est donc de construire progressivement une organisation capable de soutenir les ambitions d’un constructeur comme Audi. Le projet ne se limite pas à améliorer la R26 ou son groupe propulseur : il s’agit de mettre en place les moyens humains, techniques et industriels nécessaires pour jouer régulièrement les premières places.

"Baucoup de choses se passent et nous posons honnêtement et véritablement nos fondations pour l’avenir," ajoute Binotto.

Cette transformation devra forcément s’inscrire dans la durée. L’agrandissement des infrastructures, le recrutement de nouveaux collaborateurs et la mise en place de nouveaux processus industriels ne peuvent pas être réalisés en quelques mois.

"Une expansion ne se fait pas du jour au lendemain, mais nous étudions ces projets. C’est quelque chose que nous envisageons très sérieusement et, une fois qu’une décision aura été prise, nous en informerons les gens."

Cette stratégie explique pourquoi Audi ne considère pas son classement actuel comme le principal indicateur de la réussite du projet. Le constructeur allemand a accepté de consacrer plusieurs années à la construction de son équipe avant d’espérer jouer les titres.

À ce titre, 2030 n’est pas présenté comme une simple échéance théorique ou une ambition lointaine destinée à calmer les attentes. Pour Binotto, il s’agit d’un objectif précis et atteignable.

"Je pense que ce que nous avons fait va dans la bonne direction, l’équipe s’améliore et progresse. Oui, je peux confirmer que 2030 est certainement atteignable pour se battre pour le championnat, et 2030 est un objectif concret."


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