Après Alpine F1, Otro Capital s’intéresse désormais au Grand Prix de Miami

Un projet construit jusqu’en 2041 qui attire

Après Alpine F1, Otro Capital s’intéresse désormais au Grand Prix de Miami
Auteur : Franck Drui
6 octobre 2026 - 15:51

Otro Capital pourrait renforcer de manière inattendue sa présence en Formule 1. Alors que le fonds d’investissement cherche toujours à céder les 24% qu’il détient dans Alpine F1, il serait parallèlement en discussions pour acquérir jusqu’à 20% du Grand Prix de Miami. Une opération qui suggérerait que sa volonté de quitter l’écurie française relève davantage d’une opportunité de réaliser une importante plus-value que d’un désintérêt pour la F1. Elle illustrerait aussi l’attractivité acquise en seulement cinq ans par Miami, désormais solidement installé au calendrier jusqu’en 2041 et engagé dans une nouvelle phase d’investissements.

Selon Front Office Sports, Otro Capital discute avec Stephen Ross, propriétaire du Grand Prix de Miami, en vue de prendre une participation dans l’événement. Celle-ci pourrait atteindre 20%.

Les organisateurs du Grand Prix n’ont pas souhaité commenter ces informations, mais des sources proches indiquent qu’elles sont fondées. Aucun accord n’aurait toutefois encore été conclu.

L’intérêt d’Otro Capital est particulièrement notable au regard de sa situation actuelle en F1. Le fonds cherche en effet depuis quelque temps à céder sa participation de 24% dans Alpine.

Plusieurs parties se sont intéressées à ces actions sans qu’une transaction puisse jusqu’ici être finalisée. Des discussions avaient notamment progressé avec Mercedes avant que le constructeur allemand ne se retire. L’ancien directeur de Red Bull Christian Horner s’était lui aussi montré intéressé, mais les échanges avaient ensuite été interrompus après la décision de Renault, propriétaire d’Alpine, de mettre les discussions en attente.

La participation d’Otro resterait néanmoins disponible à la vente.

Un éventuel investissement à Miami apporterait donc un nouvel éclairage à cette volonté de sortir du capital d’Alpine. Il pourrait s’agir moins d’un désir de quitter la Formule 1 que d’une occasion de concrétiser la très forte appréciation de la valeur des écuries depuis l’investissement initial.

En 2023, Otro avait déboursé 200 millions de dollars pour entrer au capital d’Alpine dans le cadre d’une opération valorisant alors l’écurie aux alentours de 900 millions de dollars. Lors des discussions avec Mercedes, il était apparu que le fonds visait désormais une valorisation supérieure à 700 millions de dollars pour sa seule participation, conséquence de l’envolée de la valeur des équipes de F1 ces dernières années.

Voir un groupe d’investissement de cette importance réinjecter une partie de son capital dans le Grand Prix de Miami constituerait ainsi un signe de confiance notable dans les perspectives à long terme de l’événement, mais également de la Formule 1 elle-même.

Miami, de nouveauté de la F1 à rendez-vous installé

Le parcours de Miami offre justement un cas d’étude intéressant sur les ingrédients nécessaires pour pérenniser un nouveau Grand Prix dans la F1 de l’ère Liberty Media.

L’histoire récente du championnat regorge d’épreuves arrivées avec de grandes ambitions avant de disparaître quelques années plus tard. L’Inde, la Corée du Sud ou encore Valence figurent parmi les exemples les plus marquants.

Miami a pour sa part réussi, en cinq années seulement, à passer du statut de nouveauté à celui de rendez-vous solidement installé. Le Grand Prix bénéficie désormais d’un contrat courant jusqu’en 2041, soit le plus long engagement actuellement conclu au calendrier à égalité avec l’Autriche.

Les organisateurs ne considèrent pourtant pas que cette sécurité contractuelle, associée à une fréquentation importante, leur permet de simplement reproduire la même formule année après année.

Katharina Nowak, présidente du Grand Prix de Miami et plus jeune promotrice d’une épreuve de F1, revendique au contraire une volonté de remettre régulièrement en question le modèle de l’événement.

"Notre stratégie pour le Grand Prix de Miami consiste à toujours innover, à toujours remettre en question le statu quo," confie-t-elle à The Race.

"Dans notre manière d’envisager notre site, nous le considérons comme un nouveau départ chaque année. Nous prenons en compte les retours et chaque donnée que nous pouvons recueillir, puis nous nous disons : ’Soyons stratégiques sur la manière dont nous allons construire l’année suivante’."

La nature temporaire d’une grande partie des installations constitue paradoxalement un avantage dans cette recherche permanente d’évolution.

"Nous avons la flexibilité nécessaire pour le faire parce que nous devons tout construire, puis tout démonter à nouveau."

"Nous ne sommes donc pas obligés de reconstruire les choses de la même manière. Nous avons la possibilité de continuer à changer et à innover."

Pour un nouveau promoteur, parvenir à inscrire son Grand Prix au calendrier représente évidemment la première difficulté. Mais réussir une première édition grâce à l’effet de nouveauté ne garantit en rien sa pérennité.

Les nouveaux événements bénéficient souvent d’un intérêt particulièrement important lors de leur lancement, avant que cet effet ne s’estompe. La difficulté consiste alors à conserver cette dynamique et, surtout, à transformer des visiteurs occasionnels en spectateurs réguliers.

Miami a suivi une trajectoire assez particulière puisque sa première édition a sans doute été la plus compliquée, avec notamment des difficultés concernant la piste et le paddock. La situation s’est progressivement stabilisée tandis que la popularité de l’événement augmentait.

Pour Nowak, le principal défi consiste désormais à constituer un véritable noyau de spectateurs fidèles.

"Je dirais que le plus grand défi pour n’importe quel promoteur consiste à commencer à construire une base de fans qui vont devenir votre noyau dur, qui viennent chaque année et qui vous suivent."

"Nous avons passé les cinq dernières années à nous concentrer sur l’identité réelle de notre public."

"En réalité, nous ne regardons même plus les données de la première ou de la deuxième année, parce que tous ceux qui ont obtenu un billet la première année étaient là à cause de la peur de manquer quelque chose, et tous ceux de la deuxième année étaient ceux qui n’avaient pas réussi à obtenir un billet la première année et qui voulaient toujours voir la course à Miami !"

Une offre revue en fonction du nouveau public

La réussite ne dépend donc pas uniquement du nombre de spectateurs présents, mais de la capacité à proposer des produits correspondant réellement aux attentes de ceux qui viennent désormais au circuit.

"Chaque promoteur possède sa propre stratégie dans ce domaine et je pense que notre manière de l’aborder consiste à nous assurer que, quoi qu’il arrive, nous proposons un produit dont la valeur correspond au prix que nous demandons."

"Nous passons trois mois entiers pendant l’été à analyser en profondeur les données concernant nos acheteurs et nos spectateurs pour nous demander : ’D’accord, que recherchent-ils ? Quels produits proposons-nous qui n’ont plus de sens pour ce public et que nous devons désormais faire évoluer ?’"

"Nous retirons donc certaines offres qui ne fonctionnent plus pour le public que nous avions construit lors de la première année, parce que nous avons désormais un public complètement différent à l’approche de la sixième année."

Cette transformation s’accompagne d’une donnée particulièrement importante pour la pérennité de l’événement : une très grande partie des spectateurs vient désormais de la région.

"Deux tiers de notre public viennent en réalité de l’État de Floride."

Pour Nowak, disposer d’une telle clientèle locale réduit la dépendance envers un public touristique devant supporter le coût supplémentaire du transport et de l’hébergement.

"C’est extrêmement enthousiasmant pour nous parce que, lorsque nous parlons de continuer à construire une activité durable et de la développer dans une perspective à long terme, vous voulez une communauté de personnes qui vont revenir année après année sans avoir à se soucier de réserver un hôtel, un vol ou quoi que ce soit d’autre, parce qu’un court trajet en voiture suffit pour venir au Grand Prix."

La présidente du Grand Prix y voit donc l’un des principaux indicateurs de la solidité du modèle de Miami.

"C’est un très bon signe pour nous : nous sommes en train de construire ici une communauté sur le long terme."

Un nouveau nom et des surfaces supplémentaires

Les organisateurs ont également montré leur volonté de réagir rapidement lorsqu’un problème était identifié.

Après une première édition difficile, l’offre du Paddock Club avait rapidement été améliorée. Face aux critiques concernant l’exiguïté du paddock initial, les structures des équipes avaient ensuite été déplacées sur la pelouse du Hard Rock Stadium.

Et les transformations vont se poursuivre. À partir de 2027, le Grand Prix disposera d’un nouveau partenaire-titre, Hard Rock récupérant les droits de dénomination de l’épreuve. Cet accord s’accompagnera notamment d’une rénovation du célèbre Beach Club.

Le Paddock Club sera lui aussi agrandi jusqu’au virage 1. Une extension de trois étages ajoutera environ 10700 m², à la zone d’hospitalité et permettra d’accueillir 3200 invités supplémentaires.

Un tel investissement représente évidemment un coût important. Mais la visibilité offerte par le contrat avec la F1 jusqu’en 2041 permet aux organisateurs de raisonner sur une période beaucoup plus longue.

"Lorsque nous avons réalisé cet investissement, il s’agissait vraiment d’une vision à long terme, avec un bâtiment capable de répondre à la demande jusqu’en 2041."

Le Fan Fest pour attirer les spectateurs de demain

Mais les investissements ne concernent pas uniquement les infrastructures du circuit.

Lors de la précédente édition, les organisateurs avaient également installé un Fan Fest à South Beach pendant le week-end du Grand Prix. L’objectif dépassait largement l’animation ponctuelle : Miami voulait atteindre un nouveau public susceptible de devenir progressivement client de l’événement.

L’expérience a permis d’attirer plusieurs milliers de personnes pendant cinq jours.

"Nous avons vu plusieurs milliers de fans venir nous rendre visite au cours de ces cinq jours. Et ce qui était enthousiasmant pour nous avec le Fan Fest, c’est que plus de 95% des participants ne figuraient pas dans la base de données que nous avions constituée au cours des cinq dernières années."

"Ce sont donc de toutes nouvelles personnes qui sont venues goûter à l’expérience du Grand Prix de Miami, ce qui nous enthousiasme énormément."

"Une partie de notre plan de croissance consiste à continuer à accompagner ces nouveaux fans."

Nowak décrit ainsi une progression sur plusieurs années, depuis la première découverte de l’événement jusqu’aux produits les plus haut de gamme.

"L’année suivante, ils achètent des accès au site ou des billets de tribune pour une journée. L’année d’après, ils reviennent pour l’intégralité du week-end. L’année suivante encore, ils deviennent des clients de nos offres d’hospitalité, et ainsi de suite."

Le Fan Fest constitue ainsi la porte d’entrée d’un processus commercial beaucoup plus large.

"Nous continuons à alimenter le haut de notre entonnoir afin d’attirer du public et de développer notre audience dans le sud de la Floride."

Miami assume son positionnement haut de gamme

Miami reste néanmoins l’une des épreuves urbaines mises en avant par Liberty Media avec une partie importante de son offre positionnée sur le segment premium.

Les organisateurs ne cherchent pas à s’en cacher.

"Nous ne cherchons pas à nous éloigner des expériences luxueuses que vous pouvez retrouver partout à Miami, et c’est précisément pour cela que nous avons construit une expérience de luxe incroyable."

Mais cette offre haut de gamme évolue elle aussi. Miami cherche notamment à proposer des espaces plus intimistes aux spectateurs souhaitant bénéficier d’un niveau de service supérieur à celui d’une tribune traditionnelle sans nécessairement intégrer de très grands espaces d’hospitalité.

"C’est dans nos produits d’hospitalité que nous constatons la plus grande flexibilité, donc nous avons effectué beaucoup d’ajustements au cours des cinq dernières années."

Les dimensions mêmes des loges ont ainsi évolué.

"Alors que nous avions auparavant beaucoup de suites accueillant 20 à 30 personnes, nous en avons encore quelques-unes aujourd’hui, mais nous proposons également des suites pour dix personnes."

Cette nouvelle formule répond à une demande identifiée chez des groupes beaucoup plus restreints.

"Nous avons constaté qu’il existe un public composé simplement de groupes d’amis qui veulent être un cran au-dessus de la tribune, disposer de leur propre espace d’hospitalité et bénéficier d’une zone privée."

L’expansion du Paddock Club et le développement de l’hospitalité ne signifient toutefois pas que Miami souhaite uniquement se concentrer sur les entreprises ou les spectateurs disposant des budgets les plus importants.

L’offre Campus Pass doit notamment permettre d’accéder à l’événement avec un budget très différent de celui nécessaire pour les prestations premium.

"Pour notre Campus Pass, nous voulons nous assurer que vous puissiez venir découvrir le Grand Prix de Miami même si vous disposez d’un budget plus restreint."

"Notre priorité est de nous assurer que nous développons l’ensemble de notre base et que nous continuons à proposer une meilleure expérience à chaque fois."

Cette volonté d’élargir le public tout en développant fortement les prestations premium permet de mieux comprendre l’intérêt que pourrait susciter Miami auprès d’un investisseur comme Otro Capital.

Si les discussions avec Otro Capital aboutissaient, elles offriraient également une lecture différente de la vente des 24% détenus par le fonds dans Alpine. Après avoir investi 200 millions de dollars en 2023 et alors que la valeur de cette participation a considérablement augmenté, Otro pourrait chercher à concrétiser cette plus-value tout en réinvestissant ailleurs dans un écosystème F1 dont il continuerait ainsi à anticiper la croissance à long terme.


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