Antonelli pénalisé à Monza : le pari calculé et expliqué par Mercedes F1
L’Italien devra remonter le peloton mais cela devrait être plus facile qu’avant
Kimi Antonelli s’apprête à vivre un Grand Prix d’Italie particulièrement délicat. Le leader du championnat du monde devra en effet s’élancer depuis le fond de la grille à Monza, Mercedes ayant choisi de lui installer une unité de puissance entièrement neuve et peut-être évoluée, dépassant les quotas autorisés par le règlement. Un sacrifice conséquent pour le pilote italien, qui bénéficiera toutefois d’un circuit réputé favorable aux dépassements pour tenter de limiter les dégâts.
La décision de Mercedes est directement liée à la gestion de son stock de composants, déjà largement entamé alors que la saison de Formule 1 n’a franchi que la moitié de son parcours. Les pilotes disposent d’un nombre limité de pièces de chaque élément de l’unité de puissance pour l’ensemble de la saison, et Antonelli a déjà atteint la limite autorisée pour plusieurs d’entre elles.
L’Italien a ainsi utilisé quatre moteurs à combustion interne, quatre échappements, trois batteries et trois systèmes électroniques de contrôle. Il a donc atteint le quota réglementaire pour ces quatre composants. Seuls le turbocompresseur et le MGU-K lui offrent encore une marge avant de dépasser leur allocation.
Mercedes a néanmoins décidé d’introduire de nouveaux éléments dans le stock d’Antonelli dès Monza. Une stratégie qui entraînera une pénalité sur la grille et devrait contraindre le leader du championnat à prendre le départ depuis l’arrière du peloton, un scénario particulièrement frustrant pour sa course à domicile, devant ses supporters italiens.
Ce que l’histoire ne dit pas encore, et que Mercedes F1 refuse de confirmer ou infirmer à ce stade, c’est que ce V6 thermique pourrait être évolué. A sa grande surprise après le Canada, le motoriste allemand était classé derrière Red Bull Ford. Il dispose donc d’une possibilité d’évolution pour cette année et une autre pour l’année prochaine. Il se dit que Mercedes en aurait profité mais ce n’est pas encore confirmé à ce stade.
"Pour Monza, nous nous attendons à ce que Kimi parte depuis le fond de la grille," a confirmé Bradley Lord, directeur adjoint de Mercedes.
Le choix peut paraître surprenant compte tenu de l’importance symbolique de la course pour Antonelli, mais Mercedes estime que le tracé italien constitue précisément l’un des meilleurs endroits pour absorber une telle pénalité. Monza est en effet caractérisé par de longues lignes droites et plusieurs zones de dépassement, ce qui devrait permettre à une voiture suffisamment performante de remonter rapidement dans le classement.
La situation aurait été nettement moins favorable sur des circuits où les dépassements sont plus complexes ou où la défense reste particulièrement efficace, comme le Madring, encore inédit au calendrier, ou des tracés tels que Bakou et Sepang. À Monza, Mercedes considère donc que la perte de positions au départ peut être en grande partie compensée en course.
Cette nécessité de renouveler le matériel est la conséquence directe des problèmes de fiabilité rencontrés par Mercedes plus tôt dans la saison. Le constructeur basé à Brixworth a notamment connu des difficultés avec certaines batteries, qui ont affecté ses deux pilotes. Antonelli avait ainsi abandonné dans les derniers tours du Grand Prix d’Espagne, tandis que George Russell avait connu une mésaventure similaire alors qu’il menait le Grand Prix du Canada.
"George devrait lui aussi avoir besoin d’un jeu supplémentaire de composants à un moment donné," a ajouté Lord. "C’est l’héritage des problèmes de fiabilité rencontrés plus tôt dans la saison."
Antonelli deviendra ainsi le premier pilote Mercedes depuis quatre ans à subir une pénalité sur la grille à Monza. Lewis Hamilton avait dû s’élancer de la 19e position en 2022 pour des raisons similaires, tandis que Valtteri Bottas avait connu le même sort en 2021. Malgré leur recul sur la grille, les deux hommes avaient réalisé de solides remontées : Hamilton avait terminé cinquième en 2022, tandis que Bottas avait décroché la troisième place en 2021.
Le contexte technique a toutefois profondément changé avec l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation sur les unités de puissance en 2026. Mercedes estime donc que les enseignements tirés de ces précédentes pénalités à Monza ne sont plus nécessairement applicables.
"Nous avons regretté d’avoir pris des pénalités à Monza par le passé," a reconnu Andrew Shovlin, responsable de l’ingénierie en piste de Mercedes.
"La dégradation a souvent été faible, les voitures roulaient avec peu d’appui et généraient donc moins d’aspiration, tandis que l’effet du DRS était limité puisque les ailerons arrière étaient déjà très peu braqués."
"Cette année, cependant, Monza est un circuit où l’énergie est particulièrement limitée, avec quatre zones de dépassement. Un pilote ne peut pas défendre dans toutes ces zones, donc une voiture plus rapide devrait être capable de progresser relativement facilement."
Pour Mercedes, le véritable enjeu n’est donc pas tant la pénalité elle-même que le moment où les nouveaux composants doivent être introduits. Le constructeur sait qu’il devra renouveler certaines pièces avant la fin de la saison, notamment après avoir perdu des moteurs à combustion interne relativement peu kilométrés.
"Le facteur principal est de savoir quand le matériel est nécessaire," a poursuivi Shovlin. "Nous avons perdu des moteurs à combustion interne avec un kilométrage relativement faible, donc nous savons que nous devons introduire de nouveaux composants à un certain moment."
"Si cela tombe sur un circuit où partir depuis l’arrière serait particulièrement coûteux, nous pouvons choisir d’avancer le changement. Nous menons également les deux championnats, donc il est logique d’accepter la douleur maintenant plutôt que d’ajouter de la pression si les écarts se resserrent plus tard dans la saison."
Mercedes dispose par ailleurs d’un précédent récent pour étayer sa stratégie.
"La course de George à Budapest constitue en effet une référence utile," a souligné Shovlin. "Il est retombé au fond du classement après le problème au départ, mais il est revenu relativement confortablement dans les points, et Budapest n’est pas un circuit où les dépassements sont faciles."
Cette expérience renforce l’idée qu’il peut être plus pertinent pour Mercedes de concentrer plusieurs changements de composants sur une seule course plutôt que de multiplier les pénalités de 5 ou 10 places sur la grille au fil de la saison.
"Si un pilote peut récupérer une grande partie du terrain perdu, il existe un argument en faveur de l’introduction en une seule fois de tout le matériel nécessaire plutôt que d’accepter une pénalité plus faible à plusieurs reprises."
Antonelli sera donc le premier à payer le prix de cette stratégie à Monza, mais Russell n’échappera pas lui non plus à une pénalité avant la fin de la saison. Le Britannique conserve toutefois davantage de marge sur certains composants : il dispose encore d’un moteur à combustion interne, d’un turbocompresseur et d’un MGU-K supplémentaires par rapport à son équipier. En revanche, ses batteries et ses systèmes électroniques de contrôle sont déjà à la limite de leur allocation.
"Nous n’avons pas encore finalisé l’endroit où George prendra sa pénalité, mais les deux pilotes seront concernés," a confirmé Lord.
Mercedes doit donc désormais trouver le meilleur compromis pour éviter qu’un problème de fiabilité ne transforme une pénalité stratégique en perte de points bien plus importante.
"George a abandonné au Canada, Kimi a abandonné en Espagne, et George s’est également arrêté à la fin des qualifications en Hongrie," a rappelé Lord.
"Si cela s’était produit pendant la course, l’impact aurait pu être beaucoup plus important. Nous devons gérer les épreuves restantes afin que les deux voitures arrivent à la fin de la saison avec le matériel le plus récent et le plus performant possible."
"C’est un compromis permanent entre le risque de faire rouler des composants à fort kilométrage et le coût en points d’une pénalité sur la grille, puis de remonter à travers le peloton."
Shovlin insiste néanmoins sur le fait que Mercedes ne peut jamais être totalement certaine de la fiabilité de son matériel. Chaque nouveau Grand Prix apporte du kilométrage supplémentaire, mais aussi de nouvelles informations permettant d’affiner les décisions concernant les unités de puissance.
"Il existe toujours une probabilité de défaillance plutôt qu’une certitude absolue," a expliqué l’ingénieur britannique. "Chaque course ajoute du kilométrage et des enseignements pour Mercedes et les équipes clientes."
"Les composants sont contrôlés en permanence et nous évaluons si les mesures de précaution prises précédemment ont permis de résoudre les problèmes à leur origine."
"Notre confiance dans le fait de faire fonctionner une unité de puissance lors d’une sixième ou d’une septième épreuve pourrait être plus élevée dans quelques courses qu’elle ne l’est aujourd’hui, donc les plans sont réévalués après chaque week-end."
Le debriefing du GP des Pays-Bas
Avec un peu de retard, nous tiendrons notre debriefing du Grand Prix ce mardi 1er septembre à 20h30. Ce sera aussi l’occasion de revenir sur tous les nouveaux contrats des pilotes prolongés !
Comment suivre au mieux l’actualité de notre site ?
Vous appréciez nos actus ? Alors sélectionnez Nextgen-Auto.com comme source privilégiée sur Google, pour voir davantage de news F1 de ce site dans vos résultats d’actualités. Vous ne manquerez plus aucune information et serez parmi les premiers à lire nos interviews et analyses.
S’abonner est simple : il vous suffit de cliquer sur ce lien et de cocher les sources Nextgen-Auto.com.
Vous pouvez aussi vous abonner à notre chaîne WhatsApp Nextgen-Auto.com pour recevoir en temps réel les "breaking news" et quelques informations exclusives avant leur publication !
Nous suivre sur notre Profil Google afin que nos news vous soient présentées en priorité dans votre fil d’informations sur votre smartphone ! Il suffit de cliquer sur "Suivre sur Google".
Mercedes F1
- Antonelli pénalisé à Monza : le pari calculé et expliqué par Mercedes F1
- Wolff a fait la paix avec Abu Dhabi 2021 : ’Max est un champion du monde méritant’
- Six victoires, 59 points d’avance : Antonelli se confie sur sa recette pour réussir en F1
- Wolff : Mercedes aurait pu ’gérer’ Verstappen malgré son statut forgé chez Red Bull
- Mercedes F1 a repéré des faiblesses inédites à corriger sur sa W17