Antonelli se confie sur Mercedes F1, un avenir chez Ferrari et la course au titre
Pourquoi Antonelli refuse-t-il de prononcer le mot "championnat" ?
Après son triomphe à Monza et Madrid, Kimi Antonelli s’est longuement confié sur une saison 2026 qui l’a propulsé au sommet de la Formule 1. Leader du championnat, le pilote Mercedes raconte son évolution, son amitié avec Jannik Sinner et Marco Bezzecchi, son admiration pour Valentino Rossi, sa relation avec George Russell et Max Verstappen, mais aussi les raisons pour lesquelles il refuse de prononcer le mot "championnat" lorsqu’il prend place dans sa monoplace.
"Chaque fois que je monte dans la voiture, j’arrive avec quelque chose de nouveau, je sens que j’ai davantage confiance, un meilleur contrôle de la situation," confie-t-il à Automoto Italie.
Toto Wolff a comparé le leader du championnat du monde 2026 de Formule 1 à une intelligence artificielle, en référence à sa capacité à progresser en absorbant les informations recueillies en piste. Antonelli se reconnaît-il dans cette comparaison ?
"Certaines choses viennent naturellement, pour d’autres il faut faire davantage d’efforts. Pour moi, la courbe d’apprentissage est encore très importante, et il est donc normal qu’à chaque fois que je monte dans la voiture, j’apprenne quelque chose de nouveau, même si, dans certains cas, je ne m’en rends pas compte immédiatement. Ou alors je m’adapte à la monoplace et je la pilote légèrement différemment afin d’en extraire davantage de potentiel."
L’une des difficultés les moins naturelles à appréhender a été la gestion de l’énergie, véritable enjeu du règlement technique introduit en 2026.
"J’ai dû faire beaucoup plus d’efforts pour ça. La pause hivernale a été très intense. J’ai essayé de travailler pour que cela devienne naturel, afin de ne presque plus avoir à y penser et que cela devienne aussi immédiat que possible. En piste, surtout avant les changements réglementaires, il y a eu des moments où j’ai dû faire des efforts au niveau du pilotage pour aider la batterie."
À 20 ans, Antonelli aborde cette progression avec la même détermination qui caractérise son début de carrière. Il fait désormais partie d’une nouvelle génération de sportifs italiens particulièrement exposés, aux côtés notamment de Jannik Sinner et Marco Bezzecchi, deux athlètes qu’il considère comme des références.
"C’est formidable d’avoir des amis sportifs qui évoluent au plus haut niveau, qui comprennent ce que signifie gérer la pression, les moments qui précèdent une course, lorsqu’il faut avoir son propre espace. Je suis aussi très ami avec Mattia Furlani, que j’ai rencontré à Monza. C’est agréable d’avoir des liens de ce genre, parce qu’ils vous donnent une motivation supplémentaire pour faire encore mieux. Cela me fait plaisir de les voir gagner, et j’aimerais en faire autant, voire mieux. Même si faire mieux que Sinner est difficile," explique-t-il en riant.
"Je considère Bez (Bezzecchi) comme l’un de mes meilleurs amis. Nous nous soutenons mutuellement et, quand je peux, je vais à ses courses. Lorsque nous sommes tous les deux à la maison, nous sortons dîner ensemble et nos groupes d’amis se sont rapprochés. Ce qu’il fait est vraiment dingue."
À Monza, Antonelli avait rendu hommage à Valentino Rossi avec un casque spectaculaire. Le champion du monde de MotoGP représente toujours une référence majeure pour le jeune pilote Mercedes, qui aimerait lui emprunter certaines de ses qualités.
"Vale gagnait très souvent les courses avant même de prendre le départ. Il était très fort mentalement. Ce serait formidable de pouvoir ressentir la même chose."
"En tant qu’athlète, Vale était également très complet, extrêmement rapide, très fort en course, surtout lors des week-ends qui semblaient mal engagés, lorsqu’il partait de loin et parvenait à remonter. Et il a réussi à attirer un public immense. Encore aujourd’hui, on voit des gens porter ses produits dérivés lors des courses de MotoGP alors qu’il ne court plus."
"Ce serait formidable de recréer le même effet en Formule 1 : l’estime, le soutien, les encouragements. C’est quelque chose de très beau."
L’effet Antonelli commence d’ailleurs déjà à se faire sentir. À Monza, les tifosi de Ferrari ont eux-mêmes réservé un accueil particulièrement chaleureux au pilote Mercedes sur le podium, après l’avoir soutenu tout au long de la course.
"L’énergie des supporters pendant le Grand Prix était incroyable. Cela m’a donné l’impulsion nécessaire pour essayer de faire encore mieux. Le podium de Monza est le plus beau de l’année, et entendre tout le monde chanter l’hymne à l’unisson, entonner "Sarà perché ti amo’ et crier mon nom m’a donné la chair de poule."
Ferrari ? "Je n’exclus rien"
Ces scènes ont naturellement relancé les questions sur une éventuelle arrivée future d’Antonelli chez Ferrari. L’Italien ne ferme pas complètement la porte, mais il insiste sur son attachement à Mercedes, l’écurie qui l’accompagne depuis son plus jeune âge.
"Pour l’instant, je me sens bien là où je suis. Je suis très heureux d’être chez Mercedes, notamment parce que je sens que j’ai une dette à leur rendre pour toutes les opportunités qu’ils m’ont offertes. Ce sont eux qui ont cru en moi lorsque je n’avais que 12 ans. Ils m’ont accompagné dans ce parcours de croissance et j’espère remporter beaucoup de succès avec eux à l’avenir."
"Ensuite, nous verrons. Je n’exclus rien, mais aujourd’hui l’objectif est de gagner le plus possible avec Mercedes."
Max Verstappen fait lui aussi partie des pilotes dont Antonelli apprécie particulièrement les conseils. Le quadruple champion du monde avait récemment estimé que le jeune Italien n’avait pas besoin de conseils dans sa lutte pour le titre. Antonelli n’en demeure pas moins prêt à écouter le Néerlandais.
"De la part de Max, j’accepte toujours volontiers les conseils," précise-t-il lorsqu’on lui rapporte les propos du pilote Red Bull. "Il y en a toujours besoin, surtout dans certaines occasions. Max est un grand pilote et c’est agréable de voir autant d’estime de sa part à mon égard."
"À Monza, il est venu me féliciter après la course, tout comme Lando. Ce sont ces attitudes qui montrent que Max est un champion en piste, mais aussi en dehors. Malgré les objectifs qu’il a atteints et son statut, c’est une personne exceptionnelle. Tout le monde ne perçoit pas cet aspect de sa personnalité, même si beaucoup de gens commencent à s’en rendre compte ces dernières années."
"Quand vous le connaissez vraiment, vous réalisez que c’est également une grande personne, et pas seulement un grand pilote."
La relation avec George Russell est forcément différente. Le Britannique est à la fois son équipier chez Mercedes et son principal rival dans la course au titre. La compétition s’est donc intensifiée à mesure que l’enjeu devenait maximal, sans pour autant faire disparaître le respect entre les deux hommes.
"Il y a beaucoup de compétition entre nous. Je ne nie pas que nous voulons nous battre l’un contre l’autre chaque fois que nous allons en piste, mais il y a toujours du respect entre nous."
"Notre relation a changé depuis l’année dernière, mais elle reste positive parce que nous savons tous les deux à quel point il est important de maintenir une bonne atmosphère au sein de l’équipe. La dernière chose que nous souhaitons, c’est une division interne."
"Nous ne sommes pas les meilleurs amis du monde, mais je pense que George est un très grand pilote, très complet et extrêmement rapide."
Les deux hommes affichent par ailleurs des personnalités très différentes. Russell incarne une certaine retenue britannique, tandis qu’Antonelli assume pleinement son tempérament italien. Le pilote Mercedes est notamment arrivé en Formule 1 avec une superstition très personnelle, allant jusqu’à transmettre certains de ses rituels à son ingénieur de piste, Peter Bonnington.
"Lorsque j’étais en karting, je montrais déjà des signes de superstition : j’utilisais toujours les mêmes chaussures, par exemple. Lorsque je suis retourné en piste après l’accident au cours duquel je me suis cassé la jambe et le pied en 2020, j’ai essayé de nouvelles chaussures, mais les premières courses ne se sont pas déroulées comme je l’aurais voulu. J’ai donc décidé de reprendre les chaussures de l’année précédente, et cela a fonctionné. Depuis, ma superstition n’a fait qu’empirer."
Importer cette mentalité au sein de Mercedes a demandé du temps.
"Il a fallu beaucoup de travail," lance-t-il en riant.
"J’apporte beaucoup d’italianité avec une bonne dose de superstition," raconte-t-il avec une pointe de fierté.
Et Toto Wolff est-il lui aussi superstitieux ?
"Un petit peu, oui. Si je ne me trompe pas, il choisit un certain type de vêtements pour certaines occasions. Mais il n’arrive pas à mon niveau."
Au-delà de la compétition et des rituels, Toto Wolff a joué un rôle essentiel dans l’ascension d’Antonelli vers le plus haut niveau. Le directeur de Mercedes a notamment apporté son soutien au jeune pilote dans les moments les plus délicats de sa première saison.
"Cela a été fondamental. Il a toujours été transparent avec moi. Il m’a toujours dit les choses telles qu’elles étaient. L’année dernière à Monza, il m’a dit que je devais me réveiller, parce que l’équipe avait besoin de ma contribution."
"Je suis très reconnaissant de pouvoir compter sur une personne comme lui, qui comprend le côté humain et le côté sportif, puisqu’il a lui-même couru. Mais il est aussi très direct. Lorsque j’ai eu mon accident en Australie, il est venu me voir et a essayé de me rassurer. Il m’a aidé à aborder les qualifications sans avoir peur d’avoir un nouvel accident."
Pourquoi Antonelli ne parle jamais du titre
Un détail revient régulièrement lorsque l’on échange avec Antonelli au sujet de sa saison : il évite systématiquement de parler explicitement du championnat du monde. Ce choix relève à la fois de la superstition et d’une volonté de préserver son état d’esprit lorsqu’il prend place dans sa Mercedes.
"Ce n’est pas seulement de la superstition, c’est aussi une question d’état d’esprit," révèle-t-il.
"Je ne parle jamais du championnat parce que je veux éviter d’y penser lorsque je monte dans la voiture. Cela me rendrait plus tendu."
"Il y a des occasions où le championnat me vient à l’esprit, par exemple lorsque je dois effectuer un dépassement et que je me demande si cela en vaut la peine, si cela peut réellement changer radicalement le résultat. Mais lorsque je suis en course, et encore plus en qualifications, je ne veux pas y penser."
"Le mieux que je puisse faire, c’est piloter aussi fort que possible. Ensuite, ce qui doit arriver arrivera."
Un an après ses débuts en Formule 1, Antonelli assure enfin avoir profondément changé dans sa perception de lui-même. Son apprentissage n’est pas seulement sportif : il concerne également sa gestion des émotions et de la pression.
"J’ai énormément appris sur moi-même. Je me vois de manière très différente par rapport à l’année dernière. Je suis plus mature, j’ai davantage de contrôle sur la situation et sur mes émotions."
"Il y a encore des moments où j’ai des accès de colère lorsqu’il y a beaucoup d’adrénaline. C’est normal. Mais je suis en paix avec moi-même."
"Je ne nie pas que l’année dernière, dans les moments les plus difficiles, j’étais stressé. Je ressentais même physiquement ce stress. Aujourd’hui, je suis plus serein."
Puis vient la phrase qui résume peut-être le mieux l’évolution du jeune Italien après une saison qui l’a placé au sommet de la Formule 1 : "Je n’ai plus beaucoup à prouver, mais la rage est toujours là. Et même plus qu’avant."
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