Amnesty International accuse la F1 de ’sportswashing’ après son accord avec le Rwanda

"Un bilan épouvantable en matière de droits humains"

Amnesty International accuse la F1 de ’sportswashing’ après son accord avec le Rwanda
Auteur : Franck Drui
16 octobre 2026 - 08:03

Le retour annoncé de la Formule 1 en Afrique, plus de trois décennies après sa dernière apparition sur le continent, suscite déjà une vive controverse. Alors que le championnat a conclu un accord de dix ans avec le Rwanda pour organiser un Grand Prix à partir du début des années 2030, Amnesty International dénonce une opération de communication destinée à améliorer l’image des autorités rwandaises. L’organisation de défense des droits humains reproche à la F1 de privilégier son expansion internationale sans tenir suffisamment compte des accusations de violations des droits fondamentaux visant son nouveau partenaire.

Annoncé mardi, l’accord entre la Formule 1 et le Rwanda prévoit l’organisation d’un Grand Prix d’Afrique pendant dix ans, sur un nouveau circuit spécialement construit pour accueillir la discipline.

L’infrastructure doit voir le jour à Bugesera, à environ 40 kilomètres au sud de Kigali, la capitale rwandaise.

Cette arrivée au calendrier, prévue au début des années 2030, marquera le retour de la F1 sur le continent africain pour la première fois depuis le Grand Prix d’Afrique du Sud 1993, disputé à Kyalami.

Pour le championnat, ce projet représente une étape importante dans sa stratégie de développement international, avec l’ambition de toucher un public africain considérable.

Mais cette expansion suscite de fortes réserves parmi les organisations de défense des droits humains, qui accusent le Rwanda d’utiliser les grandes compétitions sportives pour améliorer son image internationale.

Face aux critiques, la Formule 1 défend les perspectives offertes par son arrivée au Rwanda et met en avant la capacité du sport à rassembler les populations.

Un porte-parole du championnat a ainsi déclaré : "Nous avons l’occasion d’inspirer 100 millions de personnes à travers l’Afrique et de leur faire partager la passion de la F1. Le sport peut également être une force positive au service du bien commun."

Une justification qui ne convainc pas Amnesty International.

Felix Jakens, responsable des campagnes d’Amnesty International au Royaume-Uni, estime que cet accord contribue directement à la stratégie de communication internationale des autorités rwandaises.

"Un Grand Prix organisé pendant dix ans et présenté par Visit Rwanda constitue une récompense en matière de sportswashing pour les autorités rwandaises."

Pour Amnesty International, l’accord avec la F1 s’inscrit dans une succession d’investissements du Rwanda dans des événements et partenariats sportifs de premier plan.

"Arsenal, Aston Villa, les Championnats du monde de cyclisme et maintenant la Formule 1 : le Rwanda investit dans les plus grands sports du monde pour redorer son image et détourner l’attention de son bilan épouvantable en matière de droits humains."

L’organisation conteste également l’argument avancé par la F1 selon lequel le sport pourrait contribuer positivement au développement des sociétés.

"La Formule 1 affirme que le sport peut être une ’force positive au service du bien commun’. Cet argument sonne creux si la F1 ferme les yeux sur l’identité de ses partenaires."

Felix Jakens rappelle enfin les accusations visant directement les autorités rwandaises concernant la situation des libertés fondamentales dans le pays.

"Les autorités rwandaises recourent largement aux détentions arbitraires, à la torture et à la répression de la liberté d’expression. Ce sont des violations commises à l’intérieur même du pays."

Les accusations de l’ONU concernant le conflit en RDC

Au-delà de la situation intérieure du Rwanda, l’accord avec la Formule 1 intervient également dans un contexte de fortes tensions régionales.

Les Nations unies ont accusé le gouvernement rwandais de soutenir le groupe rebelle M23, actif dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Dans un rapport publié en septembre de l’année précédente, l’ONU décrivait une campagne de violences et d’intimidations attribuée à ce groupe armé.

Selon les conclusions citées dans ce rapport, le M23 avait "mené une campagne d’intimidation et de répression violente, caractérisée par des exécutions sommaires répétées, des actes de torture, des détentions, des disparitions forcées et des recrutements forcés".

Les membres du groupe ont également été accusés de violences sexuelles de grande ampleur.

Le rapport évoquait des actes commis "systématiquement", notamment des "violences sexuelles généralisées, principalement sous la forme de viols collectifs, ainsi que d’autres formes de violences sexuelles, dont l’esclavage sexuel".

Ces accusations contribuent à alimenter les critiques internationales concernant le rôle présumé du Rwanda dans le conflit qui touche la République démocratique du Congo.

Les tensions diplomatiques ont également entraîné des mesures internationales à l’encontre du Rwanda.

Des sanctions des Nations unies ont été prises plus tôt cette année, tandis que le gouvernement britannique avait suspendu une partie de son aide au pays en février de l’année précédente.

L’ancien ministre britannique des Affaires étrangères David Lammy avait précisé qu’avant ces mesures, le Rwanda recevait chaque année environ 38 millions d’euros d’aide bilatérale du Royaume-Uni.


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