Alpine F1 dévoile les coulisses de sa victoire dans l’affaire Gasly
"Nous voulions la justice, nous l’avons obtenue"
Après avoir obtenu gain de cause dans son droit de révision concernant le Grand Prix de Monaco, Alpine savoure une victoire juridique qui permet à Pierre Gasly de retrouver son podium monégasque. Pour Steve Nielsen, directeur général de l’écurie française, cette démarche visait avant tout à obtenir des explications et à réparer une injustice.
Ce vendredi, les commissaires de la FIA ont officiellement annulé les deux pénalités de cinq secondes infligées à Pierre Gasly pour excès de vitesse dans la voie des stands. Ces sanctions avaient fait chuter le Français de la troisième à la septième place du classement publié dimanche soir. Avec cette décision, le pilote Alpine récupère sa troisième position, tandis qu’Isack Hadjar, Oscar Piastri, Liam Lawson et Arvid Lindblad reculent chacun d’un rang.
L’affaire n’est toutefois pas totalement close puisque Red Bull et McLaren ont déjà déposé une intention d’appel, première étape d’une éventuelle contestation de la décision rendue à Barcelone.
Pour Alpine, l’essentiel est néanmoins ailleurs.
"Tout ce que je peux dire, c’est que nous voulions de la clarté, nous l’avons obtenue," a déclaré Steve Nielsen. "Et nous voulions la justice, et nous estimons l’avoir obtenue. Nous en sommes heureux."
L’équipe soupçonnait déjà un problème lié au contrôle de vitesse dans la voie des stands dès les premières journées du week-end monégasque.
"Nous savions qu’il y avait eu des problèmes dans cette partie du circuit vendredi et samedi," a-t-il expliqué. "Nous avions donc quelques doutes à ce sujet et, pour cette raison, nous avions déjà prévenu nos pilotes. Quand nous avons commencé à voir toutes ces pénalités tomber pendant la course, même si nous ne savions pas exactement quelle était l’erreur, il n’était pas déraisonnable de penser qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas."
L’ancien responsable de Benetton, Renault et Lotus a souligné le caractère inhabituel de la situation.
"Cela fait quelques années que je fais ce métier. Sur une saison entière, on voit un ou deux excès de vitesse dans la voie des stands, peut-être quatre ou cinq sur toute l’année. Alors en voir six dans le même après-midi, dont trois pour notre équipe, combiné à ce que nous savions déjà du vendredi et du samedi, nous nous sommes dit : ’OK, il y a quelque chose qui ne va pas’. Même si nous ne savions pas exactement quoi, nous étions convaincus qu’il y avait un problème."
Selon Nielsen, les premiers soupçons sont également venus d’informations échangées entre équipes dans le paddock.
"Honnêtement, c’est surtout parce qu’une autre équipe nous avait dit : ’Nous pensons qu’il y a un problème à cet endroit, soyez prudents’. Une réunion a également eu lieu avec plusieurs équipes au cours de laquelle un problème, encore non identifié, a été évoqué."
Il reconnaît cependant qu’en temps normal, une pénalité pour excès de vitesse dans la voie des stands ne suscite généralement aucun débat.
"Je ne suis même pas certain que j’aurais agi différemment. Dans 99 cas sur 100, et probablement même davantage, lorsqu’on reçoit une pénalité pour excès de vitesse dans la voie des stands, on ne la remet même pas en question. Quelqu’un vous dit à la radio : ’Oui, nous le voyons dans les données’, et vous acceptez simplement la sanction. Cette fois-ci, c’était différent : nous ne le voyions pas dans nos données. C’était le plus grand signal d’alarme pour nous. Nous ne le voyions pas."
Dès dimanche soir, Alpine était persuadée de disposer d’arguments solides pour demander un droit de révision.
"Nous disposions de données embarquées très précises," a expliqué Nielsen. "Nous avons tous déjà subi des pénalités pour excès de vitesse dans la voie des stands. La plupart du temps, nous les voyons dans nos propres données avant même que la FIA ne nous les signale. Et parfois, la FIA nous prévient, nous vérifions et nous constatons effectivement l’infraction."
"Cette fois, ce qui était différent, c’est que tous nos ingénieurs en charge des systèmes de contrôle disaient qu’il n’y avait rien dans nos données. Avec les problèmes déjà identifiés vendredi et samedi, ainsi que le nombre de sanctions infligées, nous étions quasiment certains de notre innocence."
Le tournant du dossier est intervenu lorsque la Formula One Management a reconnu l’existence d’un problème dans le système de mesure des vitesses.
"Tout le mérite revient à la FOM et à la FIA," a salué Nielsen. "Ils ont fait preuve d’une totale transparence avec nous dès le début. Même si nous avions des soupçons, nous ne connaissions pas les détails de ce qui s’était passé avant de recevoir le rapport de la FOM mercredi après-midi."
"La FOM et la FIA sont des organisations très bien gérées. J’ai travaillé de nombreuses années à la FOM et les standards y sont extrêmement élevés presque tout le temps. Dans ce cas précis, il y a eu une erreur. Ils n’ont pas cherché à la cacher, ce que nous avons apprécié, et je suis certain qu’ils en tireront les leçons pour l’avenir."
Nielsen a également insisté sur les particularités de Monaco, dont l’entrée de la voie des stands rend les contrôles particulièrement complexes.
"Il faut se rappeler des spécificités de Monaco, où l’entrée de la voie des stands se situe dans une courbe, ce qui complique énormément les choses."
"Toutes les autres boucles de chronométrage de Monaco, qui sont placées en ligne droite, fonctionnaient correctement. C’était la grande variable dans cette affaire. Il existe quelques autres circuits présentant des caractéristiques similaires, même si elles sont moins extrêmes que Monaco, et les barrières peuvent être déplacées légèrement d’une année à l’autre. Monaco constitue donc un défi particulier."
"Ce n’est réellement qu’après un incident comme celui-ci que l’on commence à examiner toutes les variables possibles liées à l’entrée des stands. Pour répondre à votre question, je pense que la méthode utilisée est correcte. Je pense qu’elle fonctionne. Elle doit simplement être un peu plus robuste."
Malgré la satisfaction d’avoir récupéré la troisième place et les points associés, Nielsen reconnaît que rien ne remplacera l’émotion perdue sur le podium de Monaco.
"Absolument," a-t-il répondu lorsqu’on lui a demandé si le manque à gagner émotionnel demeurait. "Et ce n’est peut-être que mon avis, celui de Steve Nielsen, mais si je pouvais choisir, je préférerais vivre ce moment sur le podium plutôt que récupérer les points. C’est ce que nous ne pourrons jamais retrouver."
"C’est dommage pour Pierre et c’est dommage pour l’équipe. Nous avons récupéré tout ce que nous pouvions récupérer. Nous avons retrouvé la position et les points, ce qui est agréable, mais si je pouvais choisir, je prendrais le podium, cette émotion-là, parce que c’est ce qu’on ne peut pas recréer."
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