Wolff mène une volonté de ’réforme’ des collaborations entre équipes

Haas F1 soulève des questions cette année

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Par Emmanuel Touzot

9 avril 2022 - 06:51
Wolff mène une volonté de 'réforme

Comme presque chaque année, et comme à chaque fois qu’une équipe du peloton progresse dans la hiérarchie, les questions sur les collaborations entre teams se posent en Formule 1.

Cette année, ce sont les progrès de Haas F1 qui font grincer des dents de nombreux directeurs d’équipes. Pourtant, de nombreuses équipes sont impliquées dans des collaborations, avec notamment des partages de soufflerie, avec une autre équipe.

On pense évidemment à Mercedes F1 qui partage son tunnel aérodynamique avec Aston Martin, ou encore Red Bull et AlphaTauri qui partagent celle de l’équipe de Milton Keynes. Haas F1 utilise celle de Ferrari à Maranello, et cela semble poser des problèmes.

"Je pense que le règlement doit être réformé parce que nous voulons éviter le genre de discussions que nous avons eu ces dernières semaines" a déclaré Toto Wolff, directeur de Mercedes F1. "Tout le monde mérite d’être performant et les gens devraient être crédités lorsqu’ils ont fait du bon travail."

"Mais certains changements de poste ou d’entité dans les mêmes locaux ne font que créer des discussions qui ne sont pas nécessaires pour le sport. Nous avons Aston Martin dans notre soufflerie et, il y a deux ans, cela nous a valu une tempête. Nous avons géré cela avec la plus grande diligence."

"Mais à l’avenir, si nous devions compromettre notre capacité à générer des revenus, nous devrions le faire parce qu’aucune des équipes ne devrait être en mesure de coopérer d’une manière telle que nous le voyons aujourd’hui avec certaines d’entre elles."

Steiner défend Haas F1, Szafnauer s’improvise justicier

Des rumeurs font état de la grogne de certaines équipes envers Haas F1, pour sa collaboration avec Ferrari à Maranello. Son directeur, Günther Steiner, assure que la FIA vérifie en direct le travail de l’équipe américaine.

"Nous avons la FIA chez nous plus souvent que vous ne le pensez" a déclaré Steiner. "Ils sont là pour vérifier et c’est ce que nous voulons. Laissons les détracteurs s’amuser."

Otmar Szafnauer, directeur d’Alpine F1 et ancien leader de Racing Point, a regretté la difficulté à faire appliquer une règle qu’il juge plutôt claire : "Dans un monde idéal, les règles sont assez claires et la difficulté est de les faire respecter."

"Donc si le contrôle des règles est impossible, nous devrions changer les règles pour qu’elles puissent être contrôlées et que le peloton soit égal. Il y a encore des discussions à avoir avec la FIA et peut-être un peu de réforme des règles pour qu’elles puissent être contrôlées."

Celui qui dirigeait l’équipe aux ’Mercedes rose’ se place désormais dans le rôle du juge et s’étonne des progrès de Haas : "C’est une petite équipe qui s’est bien débrouillée pendant l’hiver, passant de la dernière position à parfois la troisième place."

"Je pensais que la hiérarchie resterait pratiquement la même, car généralement, plus le changement de réglementation est important, plus il favorise ceux qui ont le savoir-faire, l’infrastructure et les outils pour exploiter les nouvelles règles."

"Il est donc un peu surprenant que Haas soit là où elle est pour une petite équipe. Mais je suis convaincu que la FIA va enquêter et arriver à la bonne conclusion entre la similitude des deux voitures."

McLaren s’interroge mais ne jalouse pas Haas

McLaren a souvent dénoncé la possibilité d’avoir des équipes A et B, elle qui est aujourd’hui un team indépendant. Andreas Seidl, le directeur de l’équipe anglaise, a précisé les questionnements actuels autour de Haas.

"Je veux qu’il soit clair que notre point de vue ne dépend pas de notre situation sportive actuelle, ou de la situation sportive de Haas" assure l’Allemand, après les difficultés de McLaren en début de saison.

"C’est une question de principe pour nous, depuis de très nombreuses années. La Formule 1 devrait être un championnat de 10 constructeurs, ou 11 ou 12, ce qui signifie qu’il ne devrait y avoir aucun transfert de propriété intellectuelle liée aux performances des voitures."

"Il est clair qu’en Formule 1, le maximum que vous devriez être autorisé à partager est le moteur et les pièces internes de la boîte de vitesses. C’est tout, il ne devrait pas y avoir de partage de l’infrastructure, etc, car dès que vous autorisez cela, il y a transfert de propriété intellectuelle du côté de la voiture."

"La FIA nous a appris que c’est difficile à contrôler, et si quelque chose est impossible à contrôler, il faut l’interdire. Pour deux raisons, parce que cela rend les équipes B trop compétitives par rapport à des équipes comme nous. Et en même temps, les équipes A en profitent aussi."

"C’est encore plus inquiétant pour nous. Nous espérons simplement qu’avec tout le dialogue qui a lieu avec la F1 et plusieurs équipes, nous verrons enfin une action dans les prochaines années afin de corriger cette situation."

AlphaTauri ne veut pas de changement de règlement

AlphaTauri, qui a longtemps été sous le feu des critiques lors de sa période Toro Rosso, travaille toujours avec Red Bull. Franz Tost, le directeur de l’équipe italienne, ne voit pas le problème et assure respecter le règlement, qu’il ne veut pas faire changer.

"Nous avons un règlement et ce règlement est assez bon" a déclaré Tost. "Si la FIA contrôle tout, et c’est ce qu’elle fait, je ne pense pas qu’il soit nécessaire de faire un changement de règlement. C’est une bonne façon de travailler avec une autre équipe."

"Dans le passé, par exemple, nous concevions notre boîte de vitesses, nous avions notre propre soufflerie et c’était un gaspillage d’argent. Aller dans la direction où chaque équipe doit maintenant avoir sa propre soufflerie, c’est un gaspillage absolu d’argent et ce n’est pas équilibré avec la durabilité."

"Je ne peux parler que du côté d’AlphaTauri. Nous respectons les règles à 100%. Nous partageons une soufflerie avec Red Bull Technology, mais il n’y a absolument aucun échange d’informations techniques. Il n’y a rien."

"Nous sommes là trois jours, le samedi, le dimanche et le lundi. Les autres jours, Red Bull Racing est là et c’est tout. Nous respectons les règles et si quelqu’un pense que ce n’est pas le cas, il devrait nous envoyer la FIA. Pas de problème, nous pouvons prouver que nous respectons tout."

Des collaborations qui sauvent des emplois, selon Horner

Christian Horner, le directeur de Red Bull, soutient lui aussi le partage de soufflerie avec AlphaTauri. Le Britannique ne voit aucun problème, et explique que cela permet de sauver des emplois en période de mise en place du plafond budgétaire.

"Avec une soufflerie, il est logique de partager cet atout. Je pense que presque toutes les équipes sur la grille le font maintenant" a déclaré Horner. "C’est une question très délicate parce que si vous regardez le personnel, les grandes équipes ont dû réduire leurs effectifs."

"Dans notre propre équipe, nous avons malheureusement dû nous séparer d’environ 100 personnes afin de respecter le plafond budgétaire. Et bien sûr, ce que la FIA n’a pas la capacité de faire, c’est de dire à quelqu’un où il doit ou ne doit pas travailler. Cela entraînerait toutes sortes de problèmes."

"Il serait tout à fait naturel, étant donné que nous devons dire au revoir à certains membres du personnel qui travaillent depuis très longtemps au sein du groupe, de mentionner à Franz qu’il y a du personnel technique qui est disponible et qui pourrait l’intéresser."

"Inévitablement, cela arrive et les équipes ont dû se réajuster et se rééquilibrer pour s’adapter au scénario du plafond budgétaire. Ce qui n’arrive pas dans ce scénario, c’est le transfert de la propriété intellectuelle, ce qui serait évidemment une violation totale du règlement."

"Lorsque les ingénieurs et les techniciens passent dans n’importe quelle équipe sur la grille, ils ne peuvent emmener avec eux que ce qu’ils ont dans la tête, pas sur un morceau de papier ou toute donnée physique ou propriété intellectuelle. Il s’agit donc d’une question délicate à gérer pour la FIA, mais l’équilibre actuel est raisonnable."

Horner pense que la suppression des souffleries, que soutient aussi Tost, serait une solution. Mais cette possibilité a été totalement rejetée par plusieurs directeurs d’équipe.

"La question que Franz a soulevée sur la pertinence des souffleries à plus long terme, nous l’avons soulevée, nous en avons discuté et malheureusement elle a été rejetée. Le sentiment est que les souffleries font partie de l’avenir de la Formule 1."

"Personnellement, j’aurais aimé que l’on mette davantage l’accent sur la CFD et certains des outils de simulation émergents que nous considérons comme l’avenir. Mais il n’y a aucun problème avec la réglementation actuelle, en tout cas en ce qui concerne le personnel."

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