Verstappen sur le départ, la F1 fait face à un scénario impensable
L’avenir de Max en question face aux règles 2026
L’hypothèse d’un départ de Max Verstappen de la Formule 1 prend de l’ampleur. En toile de fond, les controversées réglementations 2026, de plus en plus critiquées, pourraient peser lourdement dans la décision du quadruple champion du monde.
À Suzuka, le pilote Red Bull Racing a lui-même reconnu qu’il réfléchirait à son avenir dans les jours à venir, au plus tard dans les semaines et mois qui suivent s’il "ne tire pas de conclusion claire" pendant la pause. Une déclaration qui a immédiatement ravivé l’attention autour d’une clause bien connue de son contrat, lui permettant potentiellement de quitter l’équipe s’il ne figure pas dans le top 3 au moment de la pause estivale.
Dans le cadre de la compétitivité actuelle de son équipe, cette clause pourrait être évidemment activée sans souci.
Dans les médias, l’idée d’une Formule 1 sans Verstappen n’est plus taboue. Le quotidien italien La Gazzetta dello Sport souligne l’importance capitale du Néerlandais pour la discipline : « Toutes les parties prenantes ont intérêt à trouver une solution. Pour des raisons économiques et de visibilité pour le sport, Verstappen est crucial, et la Formule 1 risque de perdre l’un de ses pilotes emblématiques. »
Le principal intéressé n’a d’ailleurs laissé que peu de place au doute sur ses attentes vis-à-vis des instances dirigeantes.
"Ils savent ce qu’ils doivent faire," a-t-il lancé à propos de la FIA, de la F1 et de Liberty Media.
Le clan Verstappen estime que le message est entendu. Son père, Jos Verstappen, se montre confiant : "Ils l’écoutent vraiment, j’en suis convaincu."
"Il se peut qu’ils modifient quelques petits détails dans les règlements cette année, mais cela ne fera pas la différence. J’espère qu’il y aura des changements majeurs pour la saison prochaine, ou si nécessaire pour l’année suivante."
"C’est aussi un jeu politique. Ce n’est pas toujours facile de faire évoluer les règles."
Dans ce contexte, Toto Wolff et Mercedes F1 pourraient ne pas être pressés de voir évoluer la réglementation.
"Toto Wolff et Mercedes voudront conserver ces règles aussi longtemps que possible. C’est leur droit, bien sûr. Ils peuvent en tirer profit actuellement. Mais Toto a dit lui-même que les qualifications ne sont pas bonnes. J’espère que tout le monde jouera le jeu."
Les inquiétudes se sont aussi renforcées après l’accident spectaculaire d’Oliver Bearman à Suzuka, lié aux écarts de vitesse importants entre les voitures en phase de recharge et celles en déploiement d’énergie. Un prétexte de sécurité que la FIA peut utiliser pour imposer des changements sans avoir l’accord des équipes.
Pour Mika Salo, la situation nécessite une réaction rapide : « Il faut faire quelque chose, et je pense qu’ils ont les outils pour le faire. Au-delà de la sécurité, cela donne une mauvaise image quand les différences de vitesse sont aussi importantes. »
Réduire ces différences reviendrait à réduire essentiellement la quantité d’énergie à récupérer par tour. De quoi ralentir les F1 mais aussi garantir qu’elles puissent faire des tours à fond sur la plupart des circuits du calendrier. Une pierre, deux coups.
Une inquiétude réelle en interne
En coulisses, même Red Bull s’interrogerait sur l’état d’esprit de son pilote. Le journaliste néerlandais Erik van Haren, très proche du clan Verstappen, a révélé les réactions suscitées par les propos de Max après la course.
"Beaucoup de journalistes anglais m’ont appelé, et j’ai aussi été contacté par Red Bull. A-t-il vraiment dit ça ?" a-t-il raconté.
"Je ne pense pas que ce soit une sorte de menace pour mettre la pression. Bien sûr, il espère que quelque chose va changer, mais j’ai honnêtement le sentiment que c’est une sorte de promesse : il arrêtera vraiment si rien ne change dans la direction prise l’an prochain ou l’année suivante."
Enfin, la question qui est aussi posée est celle de savoir si la F1 peut se permettre de perdre Verstappen ?
Pour Christijan Albers, consultant pour la télévision néerlandaise, la réponse est claire : la Formule 1 fera tout pour retenir sa star.
"Oui, à 100 %. Vous avez toujours besoin de grands noms. Nous l’avons vu avec Michael Schumacher et Lewis Hamilton."
"Hamilton n’a plus ce petit quelque chose, parce que j’ai l’impression que Leclerc a désormais l’ascendant. Donc ils ne peuvent pas perdre Max."
"Ils feront tout ce qu’ils peuvent pour le garder."
A noter que certains anciens pilotes comme Heinz-Harald Frentzen ont réagi aux propos du Néerlandais et conseillent à Verstappen de ne pas s’accrocher s’il ne ressent plus de motivation à 100 %.
"Si vous perdez votre motivation en F1, comme il le dit, il vaut mieux arrêter, ou au moins faire une pause. C’est ce que j’ai fait. Ce sport est trop dangereux si vous perdez votre concentration."
Ce à quoi Damon Hill a répondu : "Des mots plein de sagesse."
"Je pense que si on n’est pas heureux de faire quelque chose, on peut arrêter et faire autre chose. Je veux dire, je ne pense pas qu’on doive se sentir obligé de le faire."
"S’il dit ça pour avoir un ascendant sur la situation actuelle, je ne pense pas que ça marchera. Je pense que cette approche, où les gens disent simplement ’Max, va-t’en et reviens quand tu y réfléchiras peut-être’ est vouée à l’échec."
"Il n’est pas obligé de faire ça. Il a gagné énormément d’argent. Il est père, et jeune papa en plus. Il fait ça depuis longtemps. Je pense qu’à un moment donné, on finit par se lasser. Alors, peut-être qu’il a besoin d’une pause."
Que souhaite voir Verstappen pour rester en F1 ?
Une question centrale émerge : quels changements souhaite réellement le quaduple champion du monde concernant la réglementation 2026 ?
Derrière sa phrase lourde de sens "Ils savent ce qu’ils doivent faire" se dessine une critique globale d’un système qu’il juge peu satisfaisant, tant sur le plan du pilotage que du spectacle.
Le cœur du problème réside dans la philosophie des nouvelles unités de puissance, basées sur une répartition 50/50 entre moteur thermique et électrique.
Cette architecture impose aux pilotes une gestion permanente de leur batterie, avec deux conséquences majeures : lever le pied pour recharger (lift and coast) et subir des phases de recharge automatique (« super clipping »), où la voiture ralentit d’elle-même.
Ce fonctionnement a été directement mis en cause lors de l’accident d’Oliver Bearman à Suzuka, lorsqu’il a dû éviter la monoplace de Franco Colapinto, en phase de recharge.
Ce que Verstappen veut changer ici c’est réduire la dépendance à la recharge en piste, limiter les écarts de vitesse dangereux entre voitures et redonner plus de contrôle au pilote plutôt qu’aux automatismes énergétiques.
Autre point de friction : le style de course actuel, marqué par des dépassements suivis de redépassements immédiats, liés aux différences de déploiement d’énergie. La fin du « yo-yo racing » (je te passe, tu me repasses) ne semble pas garantie même si elle dépend beaucoup des circuits.
Sur ce point, Verstappen n’a toutefois pas beaucoup d’alliés, à part peut-être Lando Norris et Carlos Sainz. Certains pilotes influents comme Lewis Hamilton, Charles Leclerc ou George Russell y trouvent leur compte.
Ce que Verstappen remet en cause c’est la qualité du dépassement. "Un dépassement qui n’a de valeur que s’il est durable, un système où attaquer signifie immédiatement s’exposer ou une course dictée par l’énergie plutôt que par le pilotage pur, ce n’est pas ce qu’on souhaite."
Le problème ne se limite pas à la course. Les qualifications elles-mêmes sont affectées. Les pilotes ne peuvent plus attaquer librement, sous peine de perturber leur gestion énergétique. Charles Leclerc a ainsi expliqué qu’aller plus vite dans certains virages pouvait lui faire perdre du temps.
Tout le monde est assez unanime sur ce point à régler, y compris les patrons d’équipe. Permettre aux pilotes d’attaquer à 100 % en qualifications, découpler performance pure et gestion énergétique et retrouver une logique simple : le plus rapide doit être devant.
La FIA a déjà tenté un premier ajustement au Japon en modifiant les limites de recharge, sans réel succès.
Des discussions sont prévues le 9 avril à Londres, mais les marges de manœuvre restent étroites. Toute modification nécessite des simulations complexes. Certaines équipes, comme Mercedes F1, pourraient bloquer des changements qui leur sont favorables comme des constructeurs comme Audi ou Honda, qui ont rejoint ou poursuivi en F1 précisément pour cette électrification accrue.
Selon Andrea Stella, "une solution simple n’existe pas", et les vraies évolutions pourraient attendre 2027.
Des pistes existent néanmoins, comme l’augmentation du débit de carburant pour redonner du poids au moteur thermique. Mais certains ingénieurs motoristes ont déjà répondu à Suzuka que ce n’était pas faisable sans compromettre la fiabilité des moteurs actuels. Il faudrait alors autoriser plus de moteurs thermiques neufs par saison, ce qui ferait aussi grimper les coûts...
Un débat aussi lié aux performances de Red Bull ?
Difficile enfin d’ignorer le contexte sportif. En difficulté avec Red Bull Racing, Verstappen enchaîne les résultats en retrait. Le patron de Mercedes F1, Toto Wolff, a même évoqué un cauchemar chez Red Bull pour expliquer ces critiques.
Un point que son propre directeur, Laurent Mekies, nuance à peine : "Nous avons beaucoup de travail, mais dès que nous lui donnerons une voiture rapide, il sera un Max beaucoup plus heureux."
Verstappen, lui, rejette ce raccourci : "Certains diront que je me plains parce que la voiture n’est pas bonne. Peut-être. Aujourd’hui, les gens peuvent facilement dire : ’Ouais, enfin, vous avez gagné tellement de championnats et de courses, et maintenant, juste parce que la voiture n’est pas bonne, vous vous plaignez’. Vous pouvez peut-être le voir comme ça. Mais moi, je vois les choses différemment."
Au-delà de la situation immédiate, Verstappen semble poser une question plus large : veut-il continuer dans une F1 qui ne lui procure plus de plaisir ?
Entre son intérêt croissant pour le GT3, son engagement en sim racing et sa vie personnelle, le Néerlandais n’a jamais caché qu’il ne souhaitait pas s’éterniser en Formule 1, contrairement à Lewis Hamilton ou Fernando Alonso.
Ainsi, ses prises de position actuelles pourraient dépasser le simple cadre de 2026 : elles s’inscrivent aussi dans une réflexion sur l’avenir de la discipline et sur son propre engagement jusqu’à la fin du cycle réglementaire prévue en 2030.
La balle est désormais dans le camp de la FIA et de la Formule 1 avec la réunion du 9 avril. Car derrière les critiques d’un pilote, c’est peut-être l’équilibre même du sport qui est en jeu.
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