Piastri alerte la F1 : ’une recette pour un désastre’ sans ajustements avant Melbourne
Le pilote McLaren s’inquiète des départs et du manque d’appui
À l’issue de la première des deux semaines d’essais hivernaux à Bahreïn, les avis divergent fortement dans le paddock sur les nouvelles Formule 1 de l’ère 2026. Tandis que Max Verstappen a résumé la nouvelle réglementation par une formule choc, "de la Formula E sous stéroïdes", et que Lando Norris a jugé les voitures "très amusantes à piloter", Oscar Piastri a livré une analyse bien plus nuancée et surtout teintée de fortes inquiétudes qu’il a voulu partager avec les médias, en écho à ce que son directeur, Andrea Stella a déjà exprimé hier soir (à lire ici).
Interrogé sur les profonds changements imposés par cette nouvelle génération hybride, le pilote McLaren ne nie pas la rupture avec le passé.
"Les voitures sont clairement différentes, c’est certain," explique-t-il. "Je pense que dans les virages lents, les sensations sont assez similaires, voire un peu meilleures, parce que la voiture est un peu plus légère. Mais évidemment, en haute vitesse, le niveau d’appui est nettement inférieur à celui de l’an dernier."
"Ensuite, nous avons beaucoup appris cette semaine sur la manière de tirer le maximum des groupes propulseurs, ce qui est assez inhabituel. Mais c’est un nouveau défi, pour le moment. Je ne serai donc pas aussi critique que Max car tout progresse très vite."
Sur le plan de la hiérarchie pure, l’Australien estime que peu de choses ont changé à l’avant du peloton, même si les certitudes restent limitées.
"Je ne sais pas vraiment où nous nous situons dans la hiérarchie. J’ai l’impression que les quatre meilleures équipes restent les quatre mêmes, mais je ne sais pas exactement où nous nous plaçons à l’intérieur de ce groupe."
L’un des sujets majeurs de cette première semaine d’essais a concerné les départs de course, rendus plus complexes par la disparition du MGU-H. Désormais, atteindre un régime moteur optimal peut prendre jusqu’à dix secondes, ce qui impose une procédure beaucoup plus délicate aux pilotes.
Les inquiétudes se sont cristallisées lors de la dernière journée à Bahreïn, quand plusieurs pilotes sont restés immobiles sur la grille lors d’un départ d’entraînement. Piastri tient toutefois à dissocier cet incident d’un problème technique.
"Je pense que le départ simulé que nous avons fait hier était simplement une confusion dans les consignes. On m’a dit d’attendre que la voiture devant moi soit partie... et visiblement, d’autres avaient reçu des instructions différentes, de faire un vrai départ. Cela n’avait donc rien à voir avec les unités de puissance."
Malgré cela, le pilote McLaren rejoint les préoccupations exprimées par Stella, qui a appelé la FIA à se pencher rapidement sur les implications en matière de sécurité.
"Les départs doivent être abordés," martèle Piastri. "Comme on l’a tous vu, c’est désormais un processus très compliqué pour avoir un départ sûr, sans même parler d’un départ compétitif."
"C’est quelque chose dont nous allons parler d’ici Melbourne, j’en suis sûr. Il y a énormément de sujets à traiter."
À quelques jours de la fin des essais, Piastri se montre néanmoins confiant quant à la capacité du paddock à trouver des solutions.
"Tout le monde voudra ou aura besoin de choses différentes pour les départs. Pour être honnête, je ne suis pas certain que qui que ce soit sache exactement ce dont nous avons besoin. L’an dernier, la différence entre un bon et un mauvais départ, c’était un peu de patinage ou un mauvais temps de réaction. Cette année, ça pourrait ressembler à une course de F2, avec presque un anti-calage."
"Et là, vous ne perdez pas cinq mètres : vous pouvez perdre six ou sept places."
Autre changement majeur : la disparition du DRS, remplacé par un système de boost énergétique nécessitant une gestion stratégique de la récupération et du déploiement électrique. Un défi supplémentaire pour les dépassements.
"Le DRS était un avantage pur," rappelle Piastri. "Maintenant, avec le boost d’énergie, il faut récupérer cette énergie supplémentaire quelque part, puis la déployer. Et avec certaines règles en place, ce n’est pas toujours simple."
Il estime toutefois que le comportement en trafic n’a pas radicalement changé.
"Honnêtement, le fait de suivre une autre voiture est assez similaire à l’an dernier, ce qui ne me surprend pas vraiment. Mais il y a clairement beaucoup de choses à discuter et à régler avant Melbourne."
Au-delà des aspects techniques, Piastri insiste sur la nécessité pour les pilotes de repenser leur manière de courir. Avec moins d’appui, lever le pied en ligne droite pour gérer l’énergie devient parfois indispensable - un réflexe totalement contre-nature pour un pilote de F1.
"C’est juste très complexe. Il y a énormément de choses que nous n’avons jamais eu à faire auparavant, et elles sont naturellement difficiles parce qu’elles ne sont pas instinctives. Quand vous pilotez d’une certaine manière depuis quinze ans, c’est très compliqué de désapprendre certains automatismes."
"Les références récentes étaient exceptionnelles. Les voitures de l’an dernier étaient, sur certains circuits, les F1 les plus rapides de l’histoire. Donc tout ce qui est moins performant semblera forcément moins amusant au début."
S’il estime que les monoplaces conservent "les sensations qu’une F1 doit avoir" en termes d’adhérence, la puissance en sortie de virage reste délicate à exploiter.
"La quantité folle de puissance en sortie de virage est parfois très difficile à gérer," reconnaît-il.
Enfin, interrogé sur son principal sujet de préoccupation en matière de sécurité, Piastri ne cache pas son inquiétude.
"Les départs sont probablement le point le plus évident pour l’instant. Mais avoir un peloton de 22 voitures qui ne s’élance pas de manière plus ou moins uniforme, avec plusieurs centaines de points d’appui aéro en moins, ça ressemble à une recette pour le désastre."
"Il y a énormément de choses, même d’un simple point de vue sécurité, qui doivent être clarifiées en piste et qui nécessitent d’être traitées."
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