Mercedes valide le retour du V8 en Formule 1

Toto Wolff pointe les limites des moteurs actuels

Mercedes valide le retour du V8 en Formule 1
Auteur : Franck Drui
17 août 2026 - 09:32

Toto Wolff se montre favorable à un profond changement de philosophie pour la prochaine génération de moteurs de Formule 1. Alors que la FIA envisage de tourner la page des groupes propulseurs turbo-hybrides au début des années 2030, le patron de Mercedes F1 estime qu’un retour au V8, avec une part largement majoritaire accordée au moteur thermique, correspond davantage à sa vision "puriste" de la discipline.

Pour le prochain cycle réglementaire de la Formule 1, attendu en 2030 ou 2031, le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, a clairement affiché son ambition : réintroduire un moteur V8 atmosphérique et mettre un terme à l’ère turbo-hybride inaugurée en 2014.

Une période qui a pourtant été particulièrement fructueuse pour Mercedes. Depuis l’introduction de cette technologie, l’écurie allemande a remporté 126 Grands Prix, huit titres constructeurs et sept titres pilotes, avec une nouvelle moisson qui semble déjà se dessiner en 2026.

Mais Toto Wolff estime que la discipline doit désormais réfléchir à l’étape suivante. Le projet actuellement envisagé reposerait sur une utilisation beaucoup plus importante du moteur thermique, tout en conservant une assistance électrique. Celle-ci serait toutefois nettement moins présente, dans une philosophie pouvant rappeler les systèmes KERS utilisés à partir de 2009 puis entre 2011 et 2013, mais avec une puissance supérieure.

"Je parle avec le président de la FIA Mohammed Ben Sulayem, je parle avec le président-directeur général de la F1 Stefano Domenicali, ainsi qu’avec les autres motoristes," a déclaré Wolff à RN365.

Le patron de Mercedes F1 considère que les moteurs actuels sont devenus particulièrement "complexes" et que leur fonctionnement a profondément modifié la manière d’aborder la course.

"Ces moteurs sont actuellement tellement complexes, et nous commençons à peine à les comprendre, parce qu’ils ont changé la façon de courir. Certains aiment les dimanches et la course parce qu’il y a beaucoup de dépassements, d’autres ne les apprécient pas, mais les pilotes qui savent le mieux s’adapter gagnent," explique-t-il.

Wolff pointe également du doigt un aspect sonore des unités de puissance actuelles qui ne correspond pas à l’image qu’il se fait de la Formule 1.

"Je ne supporte pas d’entendre les voitures monter dans les tours sur la grille pendant dix secondes avant le départ, on dirait une alarme incendie," lance-t-il.

Le patron de Mercedes cite également l’exemple de Lewis Hamilton, dont l’adaptation à la nouvelle génération de monoplaces illustre selon lui l’importance de cette capacité à modifier son approche. Le Britannique a connu une évolution importante de ses performances, tandis que Kimi Antonelli, dans un contexte totalement différent, a rapidement démontré sa capacité à s’adapter.

"Regardez Lewis, il a changé, et ses performances ont énormément changé. Kimi Antonelli s’en sort très bien, et d’autres ont dû s’adapter," poursuit Wolff.

À plus long terme, Wolff se projette donc déjà vers une Formule 1 dans laquelle le moteur thermique retrouverait une place centrale. À l’horizon 2030, le scénario actuellement discuté serait celui d’un V8 développant une grande partie de sa puissance grâce à la combustion, tandis que la batterie conserverait un rôle complémentaire.

"À moyen et long terme, et en parlant d’un horizon de trois à quatre ans comme cela se présente actuellement, nous reviendrons à un moteur thermique, qui représentera plus de 50 % des performances," affirme-t-il.

L’idée défendue par Mohammed Ben Sulayem serait précisément de revenir à un V8, avec une puissance électrique plus limitée. Wolff évoque une répartition qui pourrait atteindre 80 % pour le moteur thermique contre 20 % pour la partie électrique, pour une puissance totale d’environ 1 000 chevaux.

"Ben Sulayem veut un moteur à huit cylindres, avec un beau son, et une batterie plus limitée. Je pense que ce serait environ 80/20 en termes de puissance entre le moteur thermique et la batterie, avec une puissance de 1 000 chevaux," détaille-t-il.

Wolff ne semble pas disposer de tous les éléments à ce stade, mais considère que la direction générale prise par la discipline paraît désormais relativement claire.

"Je ne sais pas si ce sera un moteur atmosphérique ou non, mais je pense que c’est là que va la Formule 1 actuellement, et moi, en tant que puriste, j’aime ça," conclut-il.

La transition commencera dès 2027

Le changement de philosophie ne devra toutefois pas attendre 2030 ou 2031. Dès 2027 et 2028, la Formule 1 doit progressivement s’éloigner de la répartition 50/50 entre puissance thermique et électrique qui constitue l’un des piliers de la réglementation introduite en 2026.

L’objectif est de parvenir progressivement à une répartition de 60/40 en faveur du moteur thermique. Cette évolution passera notamment par une augmentation du débit de carburant autorisé, afin de permettre au moteur à combustion interne de produire davantage de puissance.

Mais une transition immédiate vers 60/40 dès 2027 aurait nécessité des modifications beaucoup plus importantes de l’architecture des moteurs actuels. Wolff explique ainsi que les motoristes ont dû procéder par étapes plutôt que de bouleverser immédiatement leurs unités de puissance.

"Nous ferons une année de transition l’année prochaine avec de premières modifications, puis nous franchirons une nouvelle étape en 2028. Mais il faut redessiner le moteur," précise-t-il.

L’augmentation du débit de carburant permet mécaniquement d’accroître la puissance produite par le moteur thermique, mais elle implique également d’adapter certains éléments matériels afin de supporter cette évolution.

"Si vous ajoutez davantage de débit de carburant, ce que nous sommes en train de faire, vous obtenez davantage de chevaux, et il y a alors certains éléments matériels qu’il faut adapter," explique Wolff.

"Nous aurions voulu 50 kW de puissance moteur supplémentaires l’année prochaine, mais Ferrari a bloqué cela, donc nous aurons une étape de 20 kW, puis en 2028 une étape de 50 kW," révèle Wolff en conclusion.


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