De l’accident de Monza au sommet de la F1 : Antonelli se confie sur son évolution

Pourquoi Kimi est lui-même "surpris" par son niveau en 2026

De l’accident de Monza au sommet de la F1 : Antonelli se confie sur son évolution
Auteur : Franck Drui
26 septembre 2026 - 09:22

Kimi Antonelli avait compris dès ses premiers tours au volant de la Mercedes W17 que quelque chose avait profondément changé. Huit mois plus tard, l’intuition du jeune Italien s’est transformée en une saison exceptionnelle en cours : huit victoires en 14 Grands Prix et 81 points d’avance sur George Russell. Mais derrière cette spectaculaire progression se cache surtout une transformation mentale, née des difficultés de 2025 et d’un accident à Monza qui l’avait marqué beaucoup plus profondément qu’il ne l’avait alors laissé paraître.

À seulement 20 ans et pour sa deuxième saison complète en Formule 1, Antonelli domine désormais le championnat du monde. Une situation diffiilement imaginable quelques mois auparavant tant sa première campagne avait été compliquée face à Russell.

Le premier indice que 2026 pourrait être différent est pourtant apparu très tôt. Lors d’une journée de janvier typiquement froide et humide à Silverstone, Antonelli n’a eu besoin que de quelques tours pour ressentir un changement. La nouvelle Mercedes semblait prometteuse, mais c’est surtout son propre état d’esprit qui lui a sauté aux yeux.

"Ce n’étaient que quelques tours sur le mouillé, mais je me suis simplement senti mieux dans la voiture, bien mieux que l’année dernière. La voiture était également bonne, mais je me sentais surtout mieux mentalement dans la voiture. Moins tendu, plus détendu et plus mature," confie-t-il à la BBC à Bakou.

Son constat sur sa première saison est aujourd’hui particulièrement sévère. Antonelli estime qu’il n’avait alors jamais réellement réussi à exploiter toutes ses capacités.

"Ce n’était pas génial. Je pilotais de manière très tendue la plupart du temps, je n’étais pas capable d’extraire tout mon potentiel."

"Cette année, c’est très différent. Le changement d’état d’esprit a été le plus important."

Huit mois plus tard, les conséquences sont spectaculaires. Après 14 Grands Prix, et alors que huit ou neuf épreuves restent encore à disputer selon l’évolution de la guerre au Moyen-Orient et ses conséquences sur le calendrier, Antonelli possède 81 points d’avance sur Russell.

Au-delà des chiffres, l’Italien donne surtout l’impression de contrôler ses week-ends : rapide, calme et constamment présent parmi les protagonistes de chaque Grand Prix. Sa marge au championnat est telle qu’il faudrait désormais un sérieux retournement de situation pour remettre sa position en question.

Pourtant, Antonelli assure être encore en phase d’apprentissage. "Je cherche encore ma voie."

Et même lui se dit "surpris" par l’ampleur de sa progression.

Melbourne, la deuxième confirmation

La différence avec 2025 est d’autant plus frappante qu’Antonelli avait été largement dominé par Russell lors de sa première saison. Lorsque Mercedes est apparue comme la référence au début de la nouvelle réglementation, le Britannique s’était donc naturellement présenté comme l’un des principaux prétendants au titre.

Russell s’est d’ailleurs imposé dès l’ouverture de la saison en Australie. Mais Antonelli n’était qu’à moins de trois secondes sous le drapeau à damier, malgré un week-end loin d’avoir été idéal.

Pour l’Italien, Melbourne a constitué la deuxième confirmation, après Silverstone, que sa saison pourrait prendre une dimension complètement différente.

"J’ai eu un très, très gros accident en EL3. Mais ensuite, grâce aux mécaniciens - qui ont fait un travail incroyable pendant toute la saison, mais qui, à cette occasion précise, ont accompli un véritable miracle - j’ai pu remonter dans la voiture, attaquer à nouveau dans les virages rapides et me rapprocher de la limite."

"L’accident a clairement un peu compromis les qualifications et la course parce que nous n’avons pas pu régler correctement la voiture. Je veux dire, la voiture restait très rapide. Mais ce n’était pas facile."

"Le fait d’avoir quand même réussi à rester proche malgré cela m’a fait penser : ’OK, vous savez, ce ne sera pas une promenade de santé. Ça va être très difficile’ mais je savais déjà que l’histoire était différente de l’année dernière."

"Si cela s’était produit l’année dernière, je n’aurais pas été capable de surmonter ça."

Le traumatisme de Monza 2024

Cette dernière phrase résume peut-être mieux que toute autre la transformation d’Antonelli. Car la première saison du jeune Italien en F1 avait été marquée par un événement survenu avant même ses débuts comme titulaire.

Lors du Grand Prix d’Italie 2024, au lendemain de l’annonce officielle de son arrivée chez Mercedes pour remplacer Lewis Hamilton, en partance pour Ferrari, Antonelli avait été aligné en EL1 à Monza.

Extrêmement rapide dès son premier tour lancé, il avait ensuite lourdement accidenté la Mercedes lors du suivant. À l’époque, Toto Wolff avait minimisé l’incident. Le directeur de Mercedes savait qu’un pilote aussi jeune commettrait nécessairement des erreurs en découvrant la Formule 1.

Mais intérieurement, Antonelli avait vécu cet accident de manière très différente. L’épisode l’a poursuivi pendant une grande partie de sa première saison.

"Monza est resté dans ma tête pendant très longtemps. Je pense pendant toute la saison dernière, au moins. Cela a clairement été quelque chose d’important qui, d’une certaine manière, me ralentissait."

"Ce souvenir, cette peur de commettre une erreur, et aussi le fait que je traversais une période difficile [au milieu de la saison 2025], rendaient ce souvenir encore plus présent dans ma tête, si vous voyez ce que je veux dire."

"Parce que c’était déjà une période difficile et je me disais : ’Si en plus je commets une erreur ou que j’ai un accident, ce sera encore pire’."

"Donc oui, c’est quelque chose qui m’a beaucoup perturbé l’année dernière. Cette année, j’ai réussi à simplement laisser cela derrière moi."

Un important travail mental durant l’hiver

Pour y parvenir, Antonelli a effectué un important travail durant l’intersaison. Il a analysé 2025, cherché à comprendre ce qui avait fonctionné ou non et tenté d’identifier les raisons de ses difficultés.

La préparation physique et technique a été particulièrement intense, mais Antonelli a aussi beaucoup travaillé avec son préparateur mental.

L’objectif n’était pas de penser au championnat ou aux résultats qu’il pourrait obtenir avec une Mercedes compétitive, mais précisément de s’en détacher.

"L’état d’esprit en abordant cette saison consistait principalement à essayer d’être capable d’extraire davantage de mon potentiel. Essayer, tout d’abord, de faire un meilleur travail que l’année précédente. Mais aussi essayer de mieux assembler tous les éléments."

"La préparation que j’ai effectuée pendant l’intersaison a été très, très intense. Mais elle m’a beaucoup aidé à arriver prêt pour cette saison."

"En plus de cela, j’ai beaucoup travaillé avec mon préparateur mental. J’ai essayé de mettre de l’ordre dans ma tête, dans mes pensées, de comprendre l’objectif et de comprendre que le plus important était d’être prêt et de rester concentré sur le moment présent."

"Ne pas essayer de penser aux résultats finaux ou à ce qui se passerait si je ne les atteignais pas. Mais simplement essayer d’être présent et de faire du mieux possible avec ce que vous pouvez faire à cet instant."

Même avec cette préparation, Antonelli reconnaît qu’il ne s’attendait pas à réaliser un bond en avant aussi spectaculaire. Il se dit "clairement surpris" par sa propre progression.

"Je savais que j’allais être meilleur que lors de ma première année. Évidemment, parce que je pense que l’année dernière, vers la fin de la saison, j’ai commencé à mieux assembler les choses, à commencer à extraire davantage de performances. Mais malgré tout, ce n’était toujours pas génial."

"Alors que cette année, c’est très différent. Et puis, avec la première victoire, la première pole, cela m’a enlevé un poids énorme des épaules."

Antonelli a-t-il progressé ou Russell a-t-il reculé ?

Pendant que l’Italien s’épanouissait, Russell rencontrait davantage de difficultés.

Antonelli semble capable de réagir à presque toutes les situations. Lorsqu’il perd des positions, ses remontées sont rapides et propres. Ses dépassements sont généralement immédiats et décisifs, tandis qu’aucun circuit n’a véritablement révélé de déficit majeur de rythme jusqu’ici.

Russell, de son côté, a reconnu ses difficultés. Sans chercher à minimiser les performances de son équipier, qu’il n’hésite pas à complimenter, le Britannique estime que son style de pilotage correspond moins bien aux caractéristiques des nouvelles monoplaces.

Dès lors, une question se pose : quelle part de la situation actuelle vient de la progression d’Antonelli, et quelle part vient des difficultés de Russell ?

"C’est une question très difficile. J’ai clairement franchi un cap," répond Antonelli.

"Cette année, évidemment, tout est nouveau. Cela demande donc également une approche un peu différente. Et il faut essayer de s’adapter à une voiture différente, ce qui n’a pas été facile."

Antonelli attribue également sa régularité au fait d’avoir trouvé "un bon rythme dans la saison", notamment grâce à des routines qu’il cherche désormais à reproduire chaque week-end.

"J’essaie toujours de suivre mes routines, ma manière d’aborder le week-end. J’essaie de l’aborder tout le temps de la même façon."

"Je cherche encore ma voie, mais j’ai trouvé une manière de faire qui m’aide à être régulier et qui m’aide également à être systématiquement prêt lorsque je monte dans la voiture."

Cette nouvelle maturité n’empêche pas quelques erreurs d’appréciation. Antonelli cite notamment le Grand Prix de Barcelone-Catalogne, disputé quelques jours après son impressionnante victoire à Monaco, l’une des plus dominatrices vues depuis plusieurs années en Principauté.

Porté par ce succès, il reconnaît avoir voulu en faire trop.

"Monaco a été un moment très fort de ma saison, puis je suis allé à Barcelone et j’étais probablement un peu trop enthousiaste, particulièrement sur un tour."

"Donc je surpilotais, je courais après le chrono et le résultat n’est pas venu en qualifications. Je me suis retrouvé assez loin et je n’ai pas réalisé un bon tour."

"Mais c’était parce que j’essayais d’en faire un peu trop après un moment très fort de ma carrière. Et ensuite, j’ai compris que ce n’était pas la bonne manière de faire."

Une leçon qu’il n’a pas oubliée après l’une des victoires les plus marquantes de sa saison : son succès à domicile à Monza après être parti 19e.

Pour Wolff, ce résultat avait permis de "boucler la boucle" après l’accident de 2024. Pour Antonelli, il fallait surtout éviter de reproduire l’erreur commise après Monaco.

"Après Monza, je me suis rappelé : ’Ne commets pas la même erreur qu’après Monaco’."

Sept jours plus tard, il remportait le Grand Prix d’Espagne, portant son bilan à huit victoires en 14 courses.

Une notoriété qu’il faut désormais apprendre à gérer

Une telle réussite entraîne inévitablement une exposition médiatique et publique beaucoup plus importante. À 20 ans, Antonelli découvre également cet aspect de la vie d’un pilote de premier plan.

"La vie a beaucoup changé. Je ne vais pas mentir. Cela a été un grand changement, mais c’est agréable de voir autant de soutien. D’un côté, c’est vraiment très agréable, mais de l’autre, il faut être prudent. Il faut se protéger un peu plus parce qu’évidemment, vous êtes davantage exposé."

Depuis le début de l’année, Antonelli s’est efforcé de parler davantage de processus que de résultats, préférant se concentrer sur ce qu’il peut accomplir chaque jour plutôt que sur l’objectif final. Mais avec 81 points d’avance, la perspective de devenir champion du monde est désormais impossible à ignorer.

Un sacre ferait de lui le plus jeune champion du monde de l’histoire de la Formule 1. Et pour la première fois, Antonelli reconnaît ouvertement qu’il y pense.

"Oui, j’y ai pensé après Madrid. Mais encore une fois, en y réfléchissant, j’arrive toujours à la même conclusion : plus tôt j’en aurai terminé avec tout ça, mieux ce sera."

"Donc je dois simplement continuer à attaquer. Continuer à faire du mieux que je peux à chaque course. Parce que oui, c’est comme ça. Il faut simplement continuer jusqu’au bout. Et tant que ce n’est pas fait, ce n’est pas terminé."


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