Mercedes F1 déjà dans la tourmente pour 2027 ? Pourquoi le fiasco des évolutions inquiète
Wolff fait le point sur la stratégie de développement
Les évolutions apportées par Mercedes F1 à Sepang, lors du dernier Grand Prix de Bahreïn, ont plongé l’équipe dans le doute et l’inquiétude. En effet, elles auraient pu faire perdre 3 à 5 dixièmes à la voiture… au lieu d’en faire gagner ! La conséquence a été immédiate : en essais libres à Singapour, ce vendredi, Mercedes F1 a décidé de procéder à une évaluation. George Russell conserve l’ancienne spécification, tandis qu’Antonelli a roulé avec… Mais en qualifications sprint, Mercedes F1 a aussi remis le nouvel avant au placard sur la monoplace du leader du championnat !
Le résultat des qualifications sprint est encore plus inquiétant pour Mercedes F1 : puisqu’avec les évolutions, Andrea Kimi Antonelli a fini 7e, tandis que George Russell a fini… 2e.
Le département aérodynamique de Mercedes F1 serait-il dans la tourmente ? Dans le paddock de Singapour, Toto Wolff a essayé de défendre les choix opérés par son équipe et la stratégie d’évaluer les nouvelles pièces avec les anciennes, notamment en essais libres.
« La complication est que nous avons apporté une évolution majeure… Mais (le circuit de Sepang) est si délicat et un peu atypique en termes de températures, et avec l’asphalte dégradé, que nous ne savions pas si l’évolution ne fonctionnait pas comme prévu ou si elle était influencée par les conditions de piste. C’est pourquoi nous avons décidé d’aller à Singapour avec deux spécifications de voitures différentes et de voir ce que cela donnerait, tout en sachant que Singapour est également un circuit atypique. »
« Nous avons donc fait cet exercice lors des Libres. »
Et quels sont les résultats qu’ont pu livrer cette première journée sur les évolutions ?
« Il y a une tendance, mais le plus important est de vraiment décortiquer ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas sur l’ancienne et la nouvelle spécification, puis de trouver une voie à suivre, de prendre les meilleurs éléments et de voir où la direction de développement doit nous mener pour extraire le temps au tour optimal. Cela dit, faire rouler deux voitures différentes n’est évidemment pas toujours idéal, mais c’est un compromis qu’il nous faut accepter. Nous avons donc deux pilotes d’essai. Nous devons l’accepter pour nous assurer que nous faisons les bons choix pour la suite. »
Toto Wolff n’est pas très clair : peut-il dire si oui, ou non, les évolutions de Mercedes F1 sont ratées ? Ce que laisse penser le choix, du côté d’Antonelli, de se passer de l’aileron avant lors des qualifications sprint.
« Il y a une tendance similaire : la nouvelle voiture semble être un peu plus délicate à piloter. Je ne dis pas qu’elle est nécessairement plus lente, car il y a de bonnes choses en elle, mais peut-être que nous n’avons pas encore trouvé le moyen de tout assembler et de bien la régler. L’ancienne voiture est un peu plus stable, elle a plus d’adhérence, mais ce n’est vraiment qu’un seul point de donnée. C’est une seule séance d’essais libres, et il faudra plus de temps pour arriver à des informations plus concluantes. »
Ces évolutions devaient jeter les bases de la voiture de l’an prochain. Le fiasco de la Malaisie est donc très inquiétant. Toto Wolff peut-il confirmer qu’il est très important, pour Mercedes F1, de solutionner les problèmes rencontrés, afin de bien démarrer 2027 ?
« C’est très important. Nous avons intégré plusieurs mois d’évolutions sur la voiture, pointant clairement dans une direction qui est avantageuse, et nous devons peut-être juste la calibrer un peu pour trouver la bonne voie pour 2027. »
Mercedes F1 ne paie-t-elle pas aussi les pots cassés de sa stratégie de développement ? Contrairement à Ferrari par exemple, l’équipe a décidé d’introduire une seule évolution majeure en un seul Grand Prix, au lieu de dispatcher les nouvelles pièces. Résultat des courses : quand rien ne fonctionne, il semble difficile d’attribuer à telle ou telle pièce une mauvaise performance.
« Oui, c’est un point pertinent » admet Toto Wolff.
« Nous sommes l’une de ces grandes organisations qui doit faire très attention à la façon et au moment de dépenser l’argent du plafond budgétaire. Nous avons estimé que la bonne décision stratégique était de travailler sur une évolution plus importante avant de l’introduire. Évidemment, avec le risque que si cela ne fonctionne pas comme prévu, il est assez difficile de faire marche arrière et de comprendre pourquoi cela n’a pas marché. C’est donc un aspect que nous examinerons à l’avenir en nous disant que nous ferons peut-être de plus petites étapes, et s’il y a un voyant d’alerte, il est plus facile de revenir en arrière. Mais il n’y a pas de voie évidente à ce stade, car jusqu’à présent, cela a fonctionné. »
« Je me souviens de 2022, qui s’est bien passé. Nous avions une seconde et demie que nous mettions sur la voiture, et cela s’est retourné contre nous. Mais depuis lors, chaque évolution apportée sur la voiture... souvenez-vous de Montréal qui a été un grand succès et a très bien fonctionné. Si celle-ci n’a pas marché, pourquoi ? C’est la question primordiale. Si nous arrivons à la conclusion que ce n’est pas ce qui était attendu, nous devrons évidemment y réfléchir pour l’avenir. »
Dix ans après son titre, pourquoi Wolff admire toujours Nico Rosberg
Le dernier Grand Prix de Bahreïn en Malaisie a ravivé, enfin, des mauvais souvenirs pour Mercedes F1 : la panne moteur de Lewis Hamilton dix ans plus tôt, à Sepang, ce qui lui avait coûté in fine le titre mondial, au profit de Nico Rosberg. Dix ans après le titre de ce dernier, Toto Wolff peut-il revenir sur cette époque et ses relations avec l’Allemand ?
« Il n’y a pas beaucoup de pilotes de Formule 1, à part Niki, que je connaisse et qui ont pu se réinventer dans une carrière totalement différente. Je vois beaucoup Nico. Je le respecte énormément. Nous sommes amis. Il a créé un fonds de capital-risque qui est l’un des plus performants. Il s’y consacre 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Il est très travailleur. Il est très respecté dans l’industrie technologique. Je suis heureux d’y avoir investi et d’y être associé, et il faut vraiment tirer son chapeau en voyant ce qu’il a pu accomplir depuis qu’il a quitté le sport. C’est la situation. »
« En y repensant, à cette saison 2016, j’aurais aimé avoir les 10 années d’expérience supplémentaires que j’ai, car il y a quelques petites choses que j’aurais gérées différemment et peut-être évité une partie de la controverse, en particulier lors de la dernière course où nous avons essayé de micro-gérer une situation qui n’avait pas besoin de l’être. C’était de ma faute. Alors oui, 10 ans. C’est fou à quelle vitesse le temps passe. On a l’impression que c’était il y a cinq ans, mais nous sommes passés à autre chose. Ma relation et celle de l’équipe avec Lewis sont aussi fortes que possible tout en étant des rivaux en piste, et il en va de même avec Nico. »
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