McLaren : après le recadrage de Norris, une sanction par le portefeuille ?

Des excuses sincères mais une approche à revoir

McLaren : après le recadrage de Norris, une sanction par le portefeuille ?
Auteur : Franck Drui
17 octobre 2026 - 09:03

L’accrochage entre Lando Norris et Oscar Piastri lors du Sprint du Grand Prix de Singapour continue de provoquer des réactions, bien au-delà des conséquences sportives immédiates pour McLaren. Après avoir initialement refusé d’assumer sa responsabilité, Norris a radicalement changé de discours le lendemain, au point de susciter des interrogations sur la sincérité de ses excuses. Günther Steiner estime que l’intervention d’Andrea Stella a été déterminante, tandis qu’Otmar Szafnauer propose de modifier les contrats des pilotes pour éviter que de tels incidents ne se reproduisent.

La tension est montée d’un cran chez McLaren après le contact entre ses deux pilotes dans le dernier tour du Sprint disputé à Singapour.

En tentant une attaque tardive au virage 5, Lando Norris a touché le pneu arrière droit de la monoplace d’Oscar Piastri, provoquant un tête-à-queue de l’Australien et son abandon immédiat.

Norris a pu poursuivre sa course et terminer huitième, inscrivant ainsi le dernier point disponible.

Dans les instants qui ont suivi, le Britannique a refusé d’endosser la responsabilité de l’accrochage, préférant rejeter la faute ailleurs lorsqu’il a été interrogé par les médias.

Les commissaires sportifs ont finalement considéré qu’il s’agissait d’un incident de course, sans infliger de sanction. Mais cette décision n’a pas suffi à apaiser les tensions au sein de McLaren.

Andrea Stella, directeur de l’écurie, n’a pas caché son mécontentement et aurait clairement fait comprendre à Norris qu’un tel accrochage entre équipiers était inacceptable.

Le lendemain, à l’issue du Grand Prix, le discours du Britannique avait complètement changé. Quatrième à l’arrivée, juste devant Piastri, qui avait remonté le classement jusqu’à la cinquième place, Norris a cette fois reconnu l’entière responsabilité de l’incident. Il avait également apporté son soutien à son équipier par radio pendant la course pour l’encourager dans sa remontée.

Un revirement suffisamment spectaculaire pour susciter des interrogations sur les raisons de ce changement d’attitude.

Günther Steiner a reconnu qu’il était difficile de déterminer avec certitude si les excuses de Norris étaient spontanées ou motivées par la volonté d’apaiser la situation. L’ancien directeur de Haas estime néanmoins que la discussion entre le pilote britannique et Andrea Stella a probablement joué un rôle essentiel.

"C’est difficile de savoir exactement ce qu’il en est. Je pense qu’il s’est excusé auprès de tout le monde, sauf de Piastri, pour cet incident."

"Le lendemain, dimanche, on avait presque envie de dire : ’Oh là, oh là, oh là !’ Maintenant, tu en fais trop dans l’autre sens. Un jour, tu te comportes comme un connard, et le lendemain, tu es exactement l’inverse. Donc je n’en suis pas certain."

Pour l’Italo-Américain, la capacité de Stella à gérer ce type de situation constitue toutefois un facteur important.

"Il s’est assis avec Andrea, et je pense qu’Andrea est très bon dans ce genre de situation. Moi, je ne serais pas aussi bon. Et je pense qu’il lui a fait comprendre qu’il s’était comporté comme un abruti."

"Il lui a simplement expliqué que ce genre de chose ne devait pas se produire."

Malgré ses réserves initiales sur le caractère spectaculaire du revirement de Norris, Steiner ne pense pas que le Britannique ait présenté ses excuses uniquement pour des raisons d’image. Selon lui, le pilote McLaren a réellement réfléchi à son comportement et compris que sa réaction après l’accrochage était tout aussi problématique que la manœuvre elle-même.

"Je ne pense pas que Lando ait fait cela simplement pour des raisons politiques, pour se dire : ’Bon, maintenant je m’excuse et tout rentre dans l’ordre’. Je pense qu’il y a réellement réfléchi et qu’il est arrivé à la conclusion que ce qu’il avait fait était franchement assez stupide."

"Ce n’était pas nécessaire, surtout sa réaction après coup. Parce que lorsque vous faites cela, lorsque vous percutez votre équipier, vous ne devriez pas le faire, mais cela peut arriver."

"Mais sa réaction ne ressemblait pas à celle de Lando, lorsqu’il disait en substance : ’C’est moi le numéro un’, et toutes ces choses. Ce n’est pas lui, à mon avis."

"Il a donc compris qu’il avait été un peu trop arrogant à ce sujet et qu’il devait adopter une attitude complètement différente."

Szafnauer veut faire passer les intérêts de McLaren avant ceux des pilotes

L’incident a également suscité une réflexion plus large sur les moyens dont disposent les écuries pour empêcher leurs pilotes de compromettre les résultats collectifs. Otmar Szafnauer, ancien directeur d’Aston Martin et d’Alpine, estime que McLaren devrait notamment revoir la manière dont les contrats de Norris et Piastri récompensent leurs performances.

Son intervention fait suite aux déclarations d’Andrea Stella, qui a confirmé que les discussions internes sur la conduite à adopter après l’accrochage n’étaient "pas terminées".

Le directeur de McLaren avait qualifié l’incident d’inacceptable, tandis que Zak Brown, directeur général de McLaren Racing, l’avait jugé inutile.

Interrogé sur le discours qu’il tiendrait aux deux pilotes s’il dirigeait l’écurie britannique, Szafnauer estime qu’il faudrait d’abord leur rappeler les véritables enjeux sportifs de la fin de saison.

"Il faut simplement leur rappeler qu’ils ne se battent pas pour le championnat. Vous n’allez pas remporter le championnat du monde. Notre grande bataille, c’est la troisième place du championnat des constructeurs, et cette manœuvre n’allait absolument pas aider l’équipe."

"C’est le dernier tour, vous n’améliorez absolument pas notre position au championnat. Même si vous échangez vos places, cela ne change rien pour nous. C’est une mauvaise appréciation de la situation. Et la seule raison pour laquelle vous l’avez fait, c’est pour gagner un point sur votre équipier, et ce n’est pas ce qui compte. Pas maintenant. Il faut le leur faire comprendre."

Pour Szafnauer, la meilleure manière de responsabiliser les pilotes serait de faire dépendre une partie importante de leur rémunération des résultats collectifs de l’écurie.

"La différence entre la troisième et la quatrième place du championnat représente une somme d’argent importante."

"Je pense donc que, dans ces contrats, il faut lier la position au championnat à une belle prime pour les deux pilotes, afin qu’ils réfléchissent à deux fois. Parce que si l’équipe perd, ils perdent aussi. Avec ce genre d’incitation, peut-être qu’ils y réfléchiraient à deux fois."

Szafnauer reconnaît néanmoins qu’il est difficile de demander à des pilotes de course de renoncer à une opportunité de dépassement lorsqu’ils estiment pouvoir aller plus vite que leur équipier.

"Ce sont des compétiteurs, et s’ils voient une ouverture, qu’ils sont derrière leur équipier, qu’ils pensent être plus rapides et qu’ils se disent : ’Il me reste un tour pour le dépasser’, alors, si rien dans leur contrat ne les en dissuade, je comprends pourquoi ils tentent leur chance. Ce sont des pilotes de course."

Rob Smedley, ancien ingénieur de course et responsable technique en Formule 1, a abondé dans le sens de Szafnauer en s’appuyant sur son expérience au sein de différentes écuries.

"Tu as raison," a-t-il répondu.

"J’ai travaillé dans des équipes où la structure des primes des pilotes dépendait de la position au championnat des constructeurs, et dans d’autres où leurs primes dépendaient du nombre de points marqués avec leur propre voiture et de leur position au championnat du monde. Je pense que cela peut encourager de mauvais comportements."

Szafnauer a alors précisé qu’il avait lui-même négocié des contrats associant les deux approches.

"J’ai déjà établi des contrats combinant les deux. Les pilotes recevaient de l’argent pour chaque point marqué, des milliers de livres sterling par point, mais ils étaient également récompensés si l’équipe terminait parmi les quatre premiers du championnat, parmi les trois premiers, deuxième ou première."

Selon lui, l’essentiel est de veiller à ce que la réussite collective représente une part plus importante de la rémunération variable.

"Il faut simplement s’assurer que la plus grande partie de l’argent dépend de la position finale de l’équipe, parce que c’est cela qui détermine vos revenus provenant de la Formule 1. Il faut donc accorder davantage d’importance à cet aspect qu’aux points individuels."

"Et dans une course Sprint, il ne s’agissait que d’un seul point. C’était inutile."


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