La FIA sévit dans les usines de F1 : bureaux séparés et accès surveillés pendant trois ans !

Pour empêcher les contournements du plafond budgétaire

La FIA sévit dans les usines de F1 : bureaux séparés et accès surveillés pendant trois ans !
Auteur : Franck Drui
21 octobre 2026 - 09:16

La FIA a décidé de durcir considérablement les règles encadrant le plafond budgétaire de la Formule 1 à partir de 2027. Dans une nouvelle réglementation approuvée cette semaine par le Conseil Mondial du Sport Automobile, la fédération impose une séparation physique et informatique entre les activités F1 des écuries et leurs autres divisions technologiques. Bureaux distincts, accès électroniques contrôlés, interdiction de travailler dans les espaces communs et restrictions sur les transferts de personnel : les mesures sont particulièrement contraignantes. L’objectif est d’empêcher les équipes de bénéficier indirectement de ressources humaines ou de connaissances techniques financées en dehors de leur plafond budgétaire.

La lutte contre les éventuels contournements du plafond budgétaire franchit une nouvelle étape en Formule 1. Après plusieurs années de surveillance et de modifications réglementaires, la FIA entend désormais fermer les dernières possibilités permettant aux écuries de profiter du travail réalisé par leurs divisions extérieures au championnat.

Le sujet fait depuis longtemps l’objet de soupçons dans le paddock. Certaines grandes équipes possèdent en effet des structures spécialisées dans le développement de technologies destinées à d’autres secteurs que la Formule 1, notamment le nautisme, le cyclisme ou différents projets d’ingénierie avancée.

Red Bull dispose ainsi de Red Bull Advanced Technologies, Mercedes de Mercedes Applied Science et Aston Martin de Performance Technologies. Ferrari s’est plus récemment engagée dans le développement de son projet de voilier Hypersail, tandis que McLaren possédait auparavant une division Applied Science, depuis cédée à un groupe d’investissement privé.

Ces activités permettent aux constructeurs de valoriser leur savoir-faire au-delà de la compétition automobile. Mais elles ont également alimenté des interrogations concernant la possibilité de faire travailler certains ingénieurs sur des projets officiellement extérieurs à la F1, tout en permettant à l’équipe de course de bénéficier indirectement de leurs connaissances.

L’intérêt financier d’un tel fonctionnement serait évident : rémunérer du personnel en dehors du plafond budgétaire tout en profitant de ses contributions techniques pour améliorer la monoplace. Aucune irrégularité de cette nature n’a toutefois été formellement démontrée dans les cas évoqués. Les mesures de la FIA visent donc à prévenir les contournements potentiels plutôt qu’à sanctionner des pratiques établies.

La FIA avait déjà tenté de fermer plusieurs failles

La fédération ne découvre pas cette problématique. Depuis l’introduction du plafond budgétaire, elle a progressivement renforcé ses règles afin d’éviter que les écuries puissent répartir artificiellement certaines dépenses entre leurs différentes activités.

En 2023, la directive technique TD45 avait notamment imposé que toute propriété intellectuelle transférée d’une division technologique vers une équipe de Formule 1 soit intégralement prise en compte dans les dépenses soumises au plafond budgétaire.

La FIA s’est ensuite attaquée à la répartition des salaires. Certaines organisations pouvaient théoriquement employer une personne à temps partagé entre l’écurie de F1 et une division chargée de projets spéciaux, en ne comptabilisant qu’une partie de sa rémunération dans le plafond budgétaire.

Pour empêcher les équipes de sous-estimer le travail réellement consacré à la compétition, la fédération a décidé que toute personne apportant une contribution à l’activité F1 devait voir l’intégralité de son salaire comptabilisée dans les dépenses réglementées.

Mais ces mesures n’ont pas suffi à dissiper toutes les inquiétudes. La FIA estime qu’il reste nécessaire d’empêcher plus directement les échanges informels de connaissances et les contributions indirectes de collaborateurs officiellement affectés à des activités extérieures à la Formule 1.

Des bureaux séparés et des accès contrôlés pendant trois ans

C’est dans cette perspective qu’une nouvelle section de douze pages a été ajoutée au règlement opérationnel de la F1 pour 2027. Son principe est simple : les équipes doivent désormais organiser une séparation particulièrement stricte entre leurs activités F1 et non-F1.

La première conséquence concerne directement l’organisation des usines. Les écuries devront diviser physiquement leurs installations en zones distinctes, avec des espaces réservés exclusivement au personnel travaillant en Formule 1 et d’autres accessibles aux collaborateurs des activités extérieures.

L’accès à ces zones devra obligatoirement être sécurisé par des dispositifs électroniques. Les équipes seront également tenues de conserver pendant trois ans l’historique complet des accès, afin de permettre à la FIA de procéder à des vérifications.

Une conséquence immédiate de cette nouvelle réglementation est que les employés affectés à la F1 et ceux travaillant sur des projets extérieurs ne pourront plus partager les mêmes bureaux. Cette séparation s’appliquera également à certaines installations techniques, même si des aménagements spécifiques seront autorisés.

Les souffleries, simulateurs et bancs d’essai pourront ainsi être classés comme des "zones partagées à accès restreint". Ces installations pourront continuer à servir aux deux types d’activités, mais jamais avec du personnel F1 et non-F1 présent simultanément. Aucun échange d’informations ne devra non plus avoir lieu entre les deux groupes.

Les espaces communs des usines resteront accessibles à l’ensemble des collaborateurs. Les cantines, couloirs, parkings et espaces consacrés au bien-être pourront donc toujours être utilisés par les employés des différentes divisions. En revanche, il sera interdit d’y effectuer son travail principal. Cette disposition vise notamment à empêcher que des collaborateurs officiellement séparés puissent contourner les restrictions en travaillant ensemble dans des espaces ouverts.

Une séparation informatique totale

La FIA ne se limite pas aux déplacements physiques et à l’utilisation des bureaux. Les systèmes informatiques devront également être entièrement séparés entre les activités de Formule 1 et les autres divisions. Aucun des deux groupes ne pourra accéder aux systèmes réservés à l’autre.

Les équipes ne pourront pas davantage contourner ces restrictions par l’utilisation de messageries, de supports de stockage externes, de montages contractuels ou de changements artificiels d’affectation du personnel. Le règlement prévoit toutefois une distinction importante concernant les transferts de connaissances.

Dans certaines circonstances limitées, des informations pourront être transmises par l’équipe de Formule 1 vers les activités extérieures de l’organisation. En revanche, le transfert d’informations dans le sens inverse sera interdit en toutes circonstances.

Autrement dit, une division technologique pourra, sous certaines conditions, bénéficier des connaissances développées par l’équipe de F1, mais elle ne pourra pas transmettre ses propres travaux ou découvertes à cette dernière. Cette asymétrie constitue l’un des éléments centraux du nouveau dispositif.

Elle doit empêcher qu’une écurie bénéficie d’innovations développées avec des ressources humaines ou financières qui échappent au plafond budgétaire.

Trois mois d’inactivité avant de rejoindre une équipe de F1

Les transferts de personnel entre les différentes divisions seront également soumis à des restrictions particulièrement sévères. Lorsqu’un employé travaillant sur des activités extérieures souhaitera rejoindre l’équipe de Formule 1, il devra d’abord respecter une période de transition de trois mois.

Pendant cette période, il ne pourra exercer aucune activité liée à la F1 ou aux projets non-F1. Il devra également être privé de tout accès aux systèmes informatiques restreints. Cette interruption obligatoire vise à limiter le risque qu’un collaborateur transfère immédiatement vers l’équipe de course des connaissances acquises dans une division technologique extérieure.

Une fois intégré à l’équipe de F1, son nouveau contrat devra prévoir une période d’au moins douze mois exclusivement consacrée à des activités de Formule 1.

Les mouvements dans l’autre sens seront eux aussi strictement encadrés. Un employé quittant l’équipe de F1 pour rejoindre une division chargée de projets spéciaux devra signer un nouveau contrat et recevoir de nouvelles autorisations informatiques.

Il devra notamment disposer d’une nouvelle adresse électronique, activée au plus tard à la fin de la journée de travail précédant son transfert. Son nouveau contrat devra également prévoir qu’il se consacre exclusivement à des activités non-F1 pendant les douze mois suivants.

Et même après son départ de l’équipe de course, son salaire devra continuer à être comptabilisé dans le plafond budgétaire de la saison concernée. Cette dernière mesure vise à empêcher les écuries de réaliser des économies artificielles en déplaçant certains collaborateurs vers d’autres divisions au cours de l’année.

La FIA entend ainsi rendre beaucoup plus difficile toute stratégie consistant à faire circuler des employés entre plusieurs structures pour optimiser les dépenses réglementées ou transférer des connaissances techniques.

Plusieurs équipes auraient contesté la sévérité des mesures

Le caractère particulièrement contraignant de cette nouvelle réglementation aurait suscité des résistances de la part de plusieurs écuries. Les restrictions sur l’utilisation des locaux, la séparation des systèmes informatiques et les périodes obligatoires de transition risquent en effet de compliquer le fonctionnement d’organisations qui ont développé de nombreuses activités technologiques autour de leur équipe de Formule 1.

La FIA aurait néanmoins tenu à faire adopter ces dispositions dans leur forme actuelle. Des sources proches de la fédération estiment que leur portée obligera certaines équipes à revoir leurs méthodes de fonctionnement afin de respecter pleinement les nouvelles exigences.

Les conséquences pourraient être importantes pour les constructeurs dont les activités F1 et non-F1 sont aujourd’hui étroitement liées, notamment lorsqu’ils partagent des infrastructures, des moyens techniques ou des collaborateurs.

Le règlement impose désormais une distinction beaucoup plus nette entre ces différentes structures, aussi bien sur le plan matériel que contractuel et informatique.

Avec cette réforme, la FIA ne cherche plus seulement à vérifier la comptabilisation des dépenses après coup.

Elle entend également contrôler les conditions mêmes dans lesquelles les équipes travaillent, afin d’empêcher qu’une contribution technique échappe aux règles financières.

Pour les grandes écuries disposant de divisions technologiques particulièrement développées, l’entrée en vigueur de ces nouvelles obligations en 2027 pourrait donc nécessiter une réorganisation significative des usines et des méthodes de travail.

La fédération espère ainsi renforcer l’équité du championnat en s’assurant que les performances obtenues sur la piste ne bénéficient pas de ressources dissimulées derrière des activités extérieures à la Formule 1.


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