Haas F1 justifie pourquoi Bearman aura le nouveau moteur Ferrari et pas Ocon
Komatsu a dû trancher entre ses deux pilotes
Haas se retrouve dans une situation pour le moins inhabituelle à l’occasion du Grand Prix d’Italie : l’écurie américaine ne dispose que d’une seule unité de puissance Ferrari bénéficiant de la dernière évolution "ADUO 2" alors que ses deux pilotes auraient évidemment intérêt à profiter du gain de performance attendu à Monza. Face à ce choix imposé par la disponibilité des moteurs, Ayao Komatsu et son équipe ont décidé d’en faire bénéficier Oliver Bearman, laissant Esteban Ocon avec l’ancienne spécification.
Ferrari introduit à Monza son évolution ADUO 2 pour Lewis Hamilton et Charles Leclerc, dans le cadre du mécanisme Additional Development and Upgrade Opportunities (ADUO) qui permet aux motoristes de développer leurs unités de puissance en cours de saison. Mais les équipes clientes de la Scuderia ont été informées qu’une seule unité de cette nouvelle spécification était actuellement disponible pour chacune d’entre elles.
Cadillac a choisi de ne monter cette évolution sur aucune de ses deux monoplaces en Italie. Haas, en revanche, a estimé que l’occasion de disposer de davantage de puissance sur le circuit très rapide de Monza était trop intéressante pour être ignorée.
L’écurie s’est alors retrouvée confrontée à un problème inhabituel : lequel de ses deux pilotes devait bénéficier du nouveau moteur ?
Le choix s’est finalement porté sur Oliver Bearman. Ayao Komatsu a expliqué que cette décision était notamment liée à la priorité accordée à Esteban Ocon lors des précédentes évolutions apportées à la Haas.
Avant la trêve estivale, les améliorations concernant les freins et la direction assistée avaient ainsi été introduites en priorité sur la monoplace du Français. Haas a donc considéré qu’il était logique que Bearman bénéficie cette fois de l’unité de puissance améliorée à Monza.
"La dernière fois, nous n’avions pas fait cela, nous avions attendu d’avoir suffisamment de moteurs pour les introduire sur les deux voitures en même temps," a rappelé Komatsu.
"Mais cette fois, évidemment, Monza est un circuit très sensible à la puissance, donc c’est dommage d’avoir de la performance qui reste dans un garage, non ? Mais oui, bien sûr, c’est très compliqué de n’en avoir qu’une seule de disponible."
Pour l’écurie américaine, disposer de deux unités de la nouvelle spécification aurait évidemment constitué la meilleure solution. Mais Haas doit également composer avec les contraintes auxquelles Ferrari est confronté pour produire cette évolution.
"Il aurait été préférable d’avoir au moins deux moteurs disponibles. Mais, encore une fois, Ferrari pousse comme un malade pour obtenir autant de performance que possible sur le moteur," a expliqué Komatsu.
"Bien sûr, ils voulaient l’introduire à Monza pour les raisons que je viens de vous expliquer. Cela signifie donc qu’ils ont la quantité minimale nécessaire pour satisfaire au règlement."
Une décision expliquée en toute transparence
Conscient que la situation pouvait être délicate à gérer humainement, Komatsu a insisté sur la nécessité d’expliquer clairement à ses deux pilotes pourquoi l’un d’entre eux bénéficiait de cette évolution et pas l’autre.
"Il faut simplement être transparent à ce sujet," a-t-il déclaré. "Nous fonctionnons de la manière la plus transparente et la plus équitable possible."
"Bien sûr, on ne peut pas faire plaisir à tout le monde à chaque fois, mais nous n’avons aucun agenda caché, aucun agenda personnel pour l’un ou l’autre des pilotes."
"Nous avons construit cette relation au fil du temps, donc évidemment, Esteban ne sera pas content de ne pas avoir immédiatement l’unité de puissance numéro quatre. Mais c’est ce qu’il y a de mieux pour l’équipe et c’est donc la manière la plus équitable de procéder."
La position au championnat a-t-elle compté ? Le choix de Bearman pouvait également être interprété à travers la hiérarchie actuelle du championnat. Le Britannique compte en effet 18 points, contre seulement trois pour Ocon.
"Oui, bien sûr, cela fait partie des éléments pris en compte," a répondu Komatsu.
"Mais encore une fois, lors des deux dernières évolutions, disons qu’il ne s’agissait pas d’évolutions aérodynamiques mais d’éléments que nous avions, comme le test des freins Carbone Industrie, Esteban avait en fait davantage de difficultés avec les blocages de roues, etc."
"Nous avons décidé de donner l’évolution des freins à Esteban en premier. Également, en ce qui concerne la direction assistée, nous avions une autre évolution avant l’arrêt à Budapest. Nous avons décidé de la donner à Esteban parce que, là encore, il s’était davantage exprimé à ce sujet et il avait davantage de difficultés avec le ressenti de la direction assistée."
Le principe de rotation a donc finalement conduit Haas à privilégier Bearman cette fois.
"Les deux dernières évolutions, nous les avons données à Esteban, donc cette fois, c’est au tour d’Ollie," a résumé Komatsu.
Ce que prévoit réellement le règlement
Si Haas ne dispose que d’une seule unité de puissance Ferrari améliorée, ce n’est donc pas parce que Ferrari serait tenu de fournir deux moteurs de la nouvelle spécification à chacune de ses équipes clientes.
Le règlement technique de la Formule 1 prévoit en effet qu’un constructeur n’a pas l’obligation de fournir davantage qu’une seule unité de la nouvelle spécification à ses écuries clientes lorsqu’une nouvelle étape d’homologation entre en vigueur.
Le texte précise que lorsqu’une nouvelle étape d’homologation est introduite, le motoriste doit la rendre "disponible pour chaque équipe de F1 fournie par le constructeur de l’unité de puissance lors de la compétition où elle est introduite pour la première fois, avec au moins une unité de puissance de la nouvelle spécification d’homologation".
L’objectif est de garantir qu’une équipe cliente puisse bénéficier d’un niveau de performance comparable à celui de l’écurie officielle lorsqu’un constructeur introduit une modification sur son moteur.
En revanche, imposer deux nouvelles unités de puissance à chaque équipe cliente aurait des conséquences importantes pour les constructeurs qui motorisent plusieurs écuries.
Un motoriste fournissant un grand nombre d’équipes devrait en effet produire beaucoup plus de moteurs dès l’introduction d’une nouvelle spécification. Cette contrainte supplémentaire pourrait alors retarder le déploiement d’une évolution, ce qui irait à l’encontre de l’objectif du dispositif ADUO.
Dans le cas de Ferrari à Monza, Haas respecte donc parfaitement le cadre prévu par le règlement en utilisant une seule unité de puissance ADUO 2. L’écurie a simplement dû déterminer lequel de ses deux pilotes devait bénéficier de cette opportunité. Cadillac disposant aussi d’un V6 évolué, le règlement est aussi respecte, même si l’équipe a décidé de ne pas l’utiliser.
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