’Échec et humiliation’ : Ricciardo raconte enfin ce qu’il a vécu après la F1

Il voulait déjà quitter la course avant 2024... mais envisage un retour au Mans !

’Échec et humiliation’ : Ricciardo raconte enfin ce qu’il a vécu après la F1
Auteur : Franck Drui
29 octobre 2026 - 13:38

Deux ans après son départ brutal de la Formule 1, Daniel Ricciardo porte un regard beaucoup plus apaisé sur sa carrière et sur les circonstances de sa retraite. L’Australien, qui avait quitté le paddock après le Grand Prix de Singapour 2024, reconnaît avoir traversé une période de profonde souffrance, marquée par un sentiment d’échec et d’humiliation. Désormais fier de son parcours, il admet aussi regretter son départ de Red Bull fin 2018, une décision qui lui a peut-être coûté sa meilleure chance de devenir champion du monde. Et s’il ne souhaite pas reprendre une carrière à temps plein, Ricciardo envisage une dernière aventure en compétition, pourquoi pas aux 24 Heures du Mans aux côtés de Max Verstappen.

Ancien pilote Red Bull et McLaren, Daniel Ricciardo s’est confié sur les conséquences de son départ soudain de la Formule 1 en 2024, expliquant que s’il avait initialement ressenti un profond sentiment "d’échec et d’humiliation", il était désormais fier de sa carrière.

L’Australien a été l’une des figures marquantes de la grille entre 2011, année de ses débuts en cours de saison avec HRT, et 2024. Durant cette période, il a remporté huit Grands Prix et décroché 24 autres podiums.

Réputé pour son pilotage agressif, ses freinages tardifs et sa personnalité communicative, Ricciardo a quitté la discipline immédiatement après le Grand Prix de Singapour 2024, au terme d’une saison frustrante avec Racing Bulls.

"On commence à courir très jeune et, au fil des années, on développe une certaine dureté, mais celle-ci est aussi dirigée contre soi-même", a expliqué Ricciardo dans le dernier épisode du podcast officiel de la F1, Beyond The Grid. "Vous savez, on peut être très dur envers soi-même et attendre énormément de soi."

"Je pense que je voyais les choses comme un échec de ma part, parce que je n’étais pas au niveau auquel je devais être à ce moment-là, ou parce que je n’avais pas été capable de terminer la saison, ou quoi que ce soit d’autre. Cela provoque alors un sentiment d’humiliation, comme si j’avais échoué et que je n’étais plus capable de faire ce que je savais faire autrefois. En essayant de traverser les mois qui ont suivi, j’ai compris que je cherchais simplement à me cacher de cette humiliation."

"Les gens me voyaient en public. Je passais du bon temps, je prenais un verre ou autre chose, mais en réalité, je cachais ce que je ressentais profondément, c’est-à-dire beaucoup de douleur et de tristesse. Vous savez, j’avais été ce gamin qui espérait au moins se battre pour un titre mondial et, évidemment, gagner des courses et tout le reste, mais maintenant, c’était comme si tout cela avait disparu."

Le pilote de 37 ans a reconnu avoir eu beaucoup de mal à accepter la réalité de sa situation.

"La première phase, juste après Singapour, consistait encore à essayer de garder la tête haute et de rester fort. C’est une sorte de mécanisme de défense, une manière d’essayer de montrer extérieurement que tout va bien, que tout est en ordre, alors qu’en réalité, on cache un sentiment d’humiliation. C’était cette première phase où je faisais comme si tout allait bien. Mais évidemment, au fond de moi, j’étais très, très blessé."

Ricciardo reconnaît aujourd’hui que son éviction lui a été bénéfique

Malgré la déception provoquée par la fin de sa carrière, Ricciardo admet désormais être reconnaissant envers Racing Bulls pour sa décision de le remplacer par Liam Lawson. Cette éviction lui a finalement permis de découvrir une vie en dehors de la Formule 1.

"Le parcours de chacun est différent. Je pense qu’en réalité, la peur que j’avais, avec le recul et maintenant que j’ai découvert à quel point je suis heureux de ne plus avoir tout cela, c’est de me demander ce qui se serait passé s’ils avaient continué à prolonger mes contrats. Est-ce que j’aurais continué ? Est-ce que j’aurais un jour été capable de fermer le robinet ?"

"Je sais qu’il y a eu des moments où j’ai voulu arrêter. Je peux vous dire qu’à Monaco, en 2022, après la course, j’étais dans mon appartement en train de parler avec mon équipe et je leur ai dit : ’Je ne veux plus faire ça. J’arrête’."

"Et j’ai eu ce genre de conversations plus d’une fois au fil des années. Silverstone 2015 en était une autre. Bien sûr, il y a des moments difficiles et tout le reste, mais il y a eu des moments où j’ai simplement voulu m’éloigner de tout ça. Mais la réalité, c’est : est-ce que je l’aurais vraiment fait ?"

"Je pense aussi qu’il y a des gens autour de vous qui vous racontent une belle histoire, qui vous disent que vous pouvez encore y arriver, et vous finissez par croire beaucoup de ces voix. Je sais qu’ils ne veulent pas vous faire de mal, mais vous n’avez pas vraiment l’occasion d’avoir vos propres pensées."

"Je pense que cela aurait probablement continué et que je serais peut-être encore en train de courir aujourd’hui, ce qui est aussi une pensée effrayante. Je n’aime toujours pas la manière dont cela s’est terminé, mais une partie de moi leur est également reconnaissante d’avoir pris cette décision, parce que je ne voudrais pas être encore en train de faire ça aujourd’hui."

Son départ de Red Bull en 2018 reste son plus grand point d’interrogation

Daniel Ricciardo a également reconnu qu’il aurait préféré rester chez Red Bull plutôt que de quitter l’écurie à la fin de la saison 2018.

L’Australien a confirmé que Red Bull souhaitait le conserver et admis qu’avec le recul, il aurait pris une décision différente.

"Si je dois répondre brièvement, oui. Je suppose que j’aurais aimé rester, n’est-ce pas ? Je dis ’je suppose’, ça ne semble pas très convaincant. J’aurais aimé rester, mais je ne sais pas, à l’époque, je suis aussi parti parce que j’avais l’impression de commencer à être un peu trop à l’aise, un peu trop installé dans ma routine. Je pense que j’avais envie d’essayer autre chose. Donc je ne sais pas, ce n’est pas aussi simple que ça."

Il estime que cette décision lui a probablement coûté sa meilleure occasion de se battre pour un championnat du monde.

"Si j’avais pu devenir champion du monde, est-ce que c’était ma meilleure opportunité ? Oui, absolument. Donc, de ce point de vue, je me dis : ’Oui, j’aurais adoré connaître une autre réalité, celle où je serais resté’. Je ne veux pas dire que cela me hante, mais c’est la grande inconnue qui m’intrigue énormément : savoir comment les choses se seraient déroulées."

Ricciardo s’est toutefois gardé d’affirmer qu’il aurait battu Verstappen, estimant qu’il serait "injuste" de le prétendre. Il a néanmoins insisté sur le fait qu’il était encore au sommet de son art à cette époque, comme en témoignaient sa victoire au Grand Prix de Monaco et sa pole position au Mexique en 2018.

"Je ne doute pas de mes capacités à avoir continué à rivaliser avec Max. Il est clair qu’à partir de ce moment-là, oui, ma carrière a pris une tournure... disons que la rivière est devenue un peu sinueuse et agitée. Donc oui, cela a été un moment décisif. Si je pouvais revivre cette période, est-ce que je resterais ? Et est-ce que je suis absolument curieux de savoir ce qui se serait passé ? Oui, la réponse est oui. Donc, si vous voulez appeler ça un regret, de la curiosité ou autre chose, alors je dirai oui."

Ricciardo est désormais fier de sa carrière en Formule 1

Même s’il ne sait pas encore s’il reprendra un jour la compétition dans une autre catégorie, Ricciardo reconnaît qu’avec le recul, il est désormais capable de regarder sa carrière en Formule 1, marquée notamment par ses victoires spectaculaires à Monaco et à Monza, avec une véritable fierté.

"Après tout ce qui s’est passé, j’utilise les mots ’échec’ et ’humiliation’ pour parler de ces choses, et je comprends qu’une grande partie de ce que j’ai dit puisse sembler très négative ou pesante," a-t-il résumé.

"Mais maintenant que j’ai dépassé tout cela, que je comprends mieux la vie et beaucoup de choses qui l’entourent, je regarde aujourd’hui mon parcours avec beaucoup plus le sourire qu’il y a deux ans."

"Je suis vraiment fier. Je pense que parfois, on ne veut pas non plus trop regarder en arrière, surtout quand on court encore, parce qu’on finit presque par se faire peur. Si je me dis : "Oh, waouh, j’ai fait ça", je me reprends immédiatement : non, je ne peux pas penser à ça. Je dois simplement rester concentré, parce que tout cela me paraissait étrange."

"Peut-être que tous les pilotes de F1 ressentent cela, je ne sais pas, mais nous sommes si peu nombreux. Ce n’est pas le syndrome de l’imposteur, parce que je suis convaincu que j’avais largement le niveau pour être là et tout le reste, mais c’est plutôt : comment est-ce arrivé ? Vous savez, comment se fait-il que je sois l’un des 20 ?"

"J’ai gagné des courses. Cela peut être bouleversant de regarder tout cela avec du recul. Mais maintenant que je suis dans un état d’esprit, disons, bon et équilibré, je suis extrêmement fier, et à bien des égards stupéfait que tout cela se soit réellement produit."

Les 24 Heures du Mans avec Verstappen pour tourner définitivement la page ?

Ricciardo a également révélé qu’il envisagerait une participation ponctuelle aux 24 Heures du Mans et qu’il choisirait en priorité son ancien équipier chez Red Bull, Max Verstappen, pour partager sa voiture.

L’Australien n’a plus disputé de course depuis son départ de la Formule 1 après le Grand Prix de Singapour 2024. Mais dans le podcast, le vainqueur de huit Grands Prix a expliqué qu’il aimerait avoir la possibilité de mettre un terme à sa carrière de pilote selon ses propres conditions.

"Il y a un an, j’aurais dit que je ne remettrais plus jamais de casque. J’ai terminé. C’est fini. Mais il y a quelque chose en moi qui me dit que ce serait bien de pouvoir aussi terminer ma carrière en compétition un peu plus à ma manière."

"Faire quelque chose qui me permette, lorsque j’enlève mon casque, d’avoir le sourire et d’être heureux. Et peut-être que c’est la dernière chose dont j’ai besoin pour vraiment tourner la page."

Ricciardo a précisé qu’une saison complète ne l’attirait toujours pas, mais qu’une participation unique au Mans était une possibilité qu’il pouvait envisager. L’un des attraits de l’endurance, pour l’ancien pilote Red Bull, serait de partager une voiture avec ses équipiers, plutôt que de les affronter comme des rivaux en Formule 1.

"Partager une voiture avec d’autres pilotes et avoir de véritables équipiers avec lesquels partager les données et s’entraider. J’apprécierais vraiment cela. Ce serait une forme de pilotage et de camaraderie qui me plairait énormément."

Interrogé sur les pilotes avec lesquels il aimerait partager une voiture lors de cette course d’endurance, Ricciardo a immédiatement évoqué Verstappen.

"Je ne veux pas lui mettre la pression, mais évidemment, Max est un nom qui figurerait tout en haut de la liste."

"Nous avons évidemment parlé de Red Bull en 2018 et de ce qui aurait pu se passer, et j’essayais de revenir dans l’équipe à la fin de ma carrière. Alors peut-être que ce serait une manière de, oui, disons, donner aux gens ce qu’ils veulent."


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