Budkowski annonce que Cadillac a déjà abandonné sa F1 2026
Il mise tout sur l’an prochain et le long terme
C’était une des surprises de l’été : le remplacement de Graeme Lowdon, à la tête de Cadillac, par Marcin Budkowski. L’ancien dirigeant de la FIA et d’Alpine F1 a donc été appelé à la rescousse au sein de l’équipe américaine, notamment pour résoudre ces problèmes de fiabilité de pièces. Où en sont donc les chantiers de transformation à long terme lancés par le Polonais ?
Marcin Budkowski doit cependant aussi se concentrer sur l’opérationnel et le court terme, c’est-à-dire ce premier week-end de la F1 sur le Madring. Sur le plan de la performance pure, Cadillac semble loin, très loin de la concurrence. Il semble, à entendre le patron de l’équipe américaine, que la température des pneus pose en particulier problème.
« C’est un circuit exigeant. C’est un défi pour la gestion du trafic, nous l’avons constaté pendant la séance. Il y a beaucoup d’adhérence pour une nouvelle piste, avec une succession de virages à moyenne et haute vitesse. Maintenir les pneus dans la bonne fenêtre de température s’annonce complexe, tout comme la course. C’était une première séance intéressante. »
Un mois après ses débuts, Marcin Budkowski peut-il donc faire un point sur ce qu’il a trouvé à corriger chez Cadillac ? Ou est-il encore dans une phase d’observation ? Sergio Pérez a récemment déclaré avoir été impressionné par certaines installations de Cadillac : c’est donc que le problème est moins grave que prévu ?
« Je ne souhaite pas tout partager devant mes confrères, mais ces dernières semaines ont été intenses. J’ai l’impression que cela fait plus de trois semaines et demie. On dirait plutôt trois mois et demi. C’était positif. J’ai vu beaucoup de bonnes choses dans l’équipe, ce qui est assez impressionnant compte tenu du temps dont ils ont disposé pour construire la structure et des conditions de leur engagement. Il n’y a pas d’héritage contraignant par rapport à d’autres écuries. Les discussions sont ouvertes et constructives. »
« Un certain nombre de raccourcis ont été pris, ce qui est inévitable lorsqu’on monte une nouvelle équipe dans un tel délai. Il s’agit de travailler sur certains domaines qui nécessitent plus d’attention. À court terme, c’est la fiabilité. Nous avons rencontré des difficultés dans certains domaines, et il faut amener l’excellence opérationnelle au niveau requis, qui n’est pas encore celui d’une équipe de pointe, ce qui est compréhensible. À plus long terme, des priorités claires se dégagent sur ce que nous devons faire et améliorer, principalement pour accroître notre performance et notre rythme. Je ne partagerai pas ces détails avec vous. »
Sergio Pérez, tout en louant les installations de l’équipe, a été aussi critique sur le développement apporté en cours de saison, ou plus simplement les progrès généraux de l’équipe. Faut-il donc être plus alarmiste que prévu pour Cadillac, selon son patron ? Comment gérer les attentes de deux pilotes qui ont déjà gagné des Grands Prix et couru dans des écuries de pointe par le passé ?
« Non. Il faut mettre cela en perspective avec les attentes des pilotes et la réalité de la saisonnalité en Formule 1. Avant même de commencer, après l’annonce de ma nomination, j’ai eu une brève discussion avec les deux pilotes. Sergio m’a demandé : "Qu’allez-vous faire pour Zandvoort ?", soit une semaine après mon arrivée. Je lui ai répondu : "Checo, je dois contrôler un peu les attentes". »
Marcin Budkowski annonce la couleur pour Cadillac : pour cette année, il ne faudra pas attendre grand-chose de plus niveau évolutions ! Rendez-vous est pris pour l’an prochain…
« La réalité est que nous sommes dans une phase de la saison où nous travaillons sur la voiture de l’année prochaine. Nous avons réaffecté la majorité des ressources à l’année prochaine. Nous avons un stock d’évolutions à venir qui s’épuise lentement. »
« Une grande partie de nos ressources a également été mobilisée pour régler nos problèmes de fiabilité plutôt que de travailler sur des éléments de performance. Le développement stagne donc naturellement dans cette phase de la saison. Nous avons un grand potentiel en réglant la fiabilité, l’aspect opérationnel et la qualité de la voiture. Il y a de la performance que nous pouvons encore extraire cette année. Notre priorité doit être la voiture de l’année prochaine, et tout le monde vous dira la même chose dans la voie des stands. »
Œuvrant dans l’ombre au développement technique de Cadillac, Pat Symonds a déclaré pendant l’hiver que le centre de gravité de Cadillac se déplacerait du Royaume-Uni vers les États-Unis au cours des prochaines années… mais que la voiture serait toujours au moins conçue au Royaume-Uni. Cette vision bicéphale n’est-elle pas trop complexe à mettre en œuvre dans la F1 moderne ? Et comment recruter des ingénieurs de talent pour la F1 hors du vivier européen traditionnel ?
« Je ne pense pas que le vivier de talents se trouve exclusivement en Europe. Le vivier de talents se trouve partout, et nous devons en tenir compte. La F1 a parfois tendance à être un peu centrée sur elle-même et à former un milieu fermé. Il y a beaucoup de talents partout dans le monde, et particulièrement aux États-Unis, quand on voit toutes les entreprises technologiques et spatiales qui s’y créent et connaissent un succès incroyable. »
« En dehors de cela, nous venons d’ouvrir une nouvelle usine à Silverstone. Quiconque doute qu’il s’agisse d’une installation temporaire devrait venir la visiter, car elle est très impressionnante. Valtteri et Checo sont venus pour des réunions techniques et pour parler au personnel, et ils ont été très impressionnés. Je l’ai été aussi le premier jour où j’y ai mis les pieds. Nous construisons également des installations aux États-Unis. Nous allons développer progressivement une empreinte aux États-Unis, que ce soit par des capacités de fabrication ou autres, ce que je ne détaillerai pas ici. Pour le moment, toutes les rumeurs selon lesquelles l’équipe déménagera là-bas sous peu sont totalement infondées. Quiconque en doute devrait venir nous rendre visite à Silverstone, car nous y avons construit une installation vraiment impressionnante. »
Une fin de saison trop intense pour la fragile Cadillac ?
Marcin Budkowski, après quelques années en dehors du sport, a donc retrouvé le quotidien harassant d’un directeur d’écurie dans le paddock. Comment s’est-il fait à ce nouvel environnement ?
« C’est une question intéressante. Il y a plusieurs aspects. Ce qui frappe en premier, c’est le rythme de la Formule 1, que je connaissais bien. Après quelques années en dehors du sport, c’est un petit choc pour l’organisme, car c’est un milieu au rythme incroyablement rapide, intense, qui exige beaucoup de travail, particulièrement lorsqu’on débute dans une nouvelle équipe et un nouveau projet. »
« L’autre élément que je mentionnerais, c’est la première fois que je me suis assis de nouveau sur le muret des stands en EL1 à Zandvoort, avec 12 canaux radio qui hurlaient dans mes oreilles. Il a fallu un peu de temps à mon cerveau pour s’y remettre. En revenant aux principes fondamentaux, il s’agit d’humain, de construire l’équipe, de placer les bonnes personnes aux bons postes, de faire travailler tout le monde ensemble, de définir les processus et, en termes de leadership, de donner une vision pour aligner tout le monde dans cette direction. Cela n’a pas changé. Les réglementations ont évolué. Les équipes sont devenues encore plus professionnelles. L’intensité de la compétition est encore plus forte qu’auparavant. Le plafond budgétaire a créé une grande proximité en termes de performances, même si l’écart s’est un peu creusé cette année avec le nouveau règlement. »
« Nous avons 11 équipes très professionnelles et compétitives. C’est un cadre différent avec de nouvelles règles, mais l’intensité reste la même. Comme toujours dans ce sport, il faut que tout soit parfait pour être aux avant-postes et gagner. Nous avons pas mal de choses à travailler avant d’y parvenir. »
Le calendrier est en effet harassant en cette deuxième moitié de saison, avec plusieurs triplés de courses. N’est-ce pas trop pour une nouvelle équipe comme Cadillac, qui n’a pas encore atteint sa taille critique ? Et qui peine à produire assez de pièces pour être totalement sereine ?
« La première moitié de l’année a été particulièrement difficile pour nos équipes. C’est une nouvelle écurie, tout est nouveau. La qualité des pièces et leur livraison n’étaient pas toujours conformes aux normes pour acheminer le matériel sur le circuit dans les meilleures conditions. La séance n’est pas retardée si vous n’êtes pas prêt. Nos équipes sur le circuit ont travaillé très dur pendant la première phase de la saison. De mon point de vue, nous devons leur montrer en tant qu’équipe que ces aspects progressent. En tant qu’êtres humains, si la situation s’améliore d’une course à l’autre, nous sentons que la dynamique va dans la bonne direction, ce qui est motivant. C’est là où nous commençons à arriver avec l’équipe de course. Le simple fait de voir que la situation s’améliore et que leur travail est un peu moins difficile les aidera à traverser la deuxième partie de la saison. Ce sera cependant assez intense. »
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