BP et Audi : pourquoi la F1 est redevenue incontournable pour le géant des carburants

"Ce n’est pas juste un autocollant sur une voiture"

BP et Audi : pourquoi la F1 est redevenue incontournable pour le géant des carburants
Auteur : Franck Drui
23 août 2026 - 13:21

Après plusieurs décennies loin des grilles, BP a effectué son grand retour en Formule 1 en 2026 aux côtés d’Audi. Mais bien plus qu’un simple partenariat commercial, l’association avec le constructeur allemand repose sur une véritable collaboration technologique autour du carburant et des lubrifiants, portée respectivement par BP et sa marque Castrol. Et alors que l’équipe commence déjà à inscrire des points, le groupe britannique estime que les premiers bénéfices de ce retour se font sentir bien au-delà de la piste.

Le choix de revenir en Formule 1 n’est d’ailleurs pas le fruit du hasard. BP avait quitté la discipline à la fin des années 1960 avant d’y effectuer un bref retour avec Toleman en 1983, puis de soutenir d’autres équipes jusque dans les années 1990. Le groupe avait ensuite disparu de la grille avant de réapparaître brièvement comme partenaire carburant d’Alpine dans les années 2010.

Son activité en sport automobile est toutefois restée particulièrement visible en Championnat du monde des Rallyes, tandis que Castrol possède une histoire extrêmement riche, notamment en Formule 1 avec Alpine et McLaren, mais aussi en Endurance et en Rallye avec Audi.

Alors, pourquoi revenir précisément maintenant ?

"L’opportunité de travailler avec une équipe qui entre en Formule 1 dès le départ et de construire cela ensemble est ce qui a rendu ce partenariat si attractif," explique Nicola Buck, vice-présidente senior du marketing et de la transformation de BP.

"C’est une occasion pour nous de mettre en avant nos compétences technologiques, notre capacité d’innovation et notre aptitude à construire des partenariats."

La collaboration entre Audi et BP va en effet nettement plus loin qu’un partenariat traditionnel. BP fournit le carburant de la monoplace allemande tandis que Castrol apporte les lubrifiants, faisant des deux marques des composantes essentielles du programme moteur d’Audi pour cette nouvelle ère réglementaire.

"Du point de vue technologique, il s’agit d’un véritable parcours de co-ingénierie," souligne Buck. "Ce n’est pas simplement un autocollant sur une voiture. C’est l’opportunité de développer ensemble le groupe propulseur afin de proposer quelque chose de vraiment unique qui, nous l’espérons, donnera à l’équipe la puissance supplémentaire nécessaire pour gagner en piste."

Cette dimension est particulièrement importante avec la profonde refonte réglementaire entrée en vigueur cette année. Les nouvelles règles moteur ont offert à Audi, nouveau constructeur engagé comme motoriste à part entière, une véritable page blanche sur laquelle BP et Castrol pouvaient également construire leur propre programme.

Et les premiers résultats obtenus par Audi ont déjà contribué à donner de la visibilité à ce partenariat. Après avoir inscrit des points dès ses débuts en Grand Prix, l’équipe a également obtenu trois autres arrivées dans le top 10 à Silverstone, Spa-Francorchamps et Budapest.

Pour BP, cette compétitivité précoce constitue déjà un atout commercial considérable.

"Pour nous, être dans un véritable partenariat technologique avec une équipe qui réalise de si bonnes performances dès sa première saison a un effet considérable sur la visibilité de la marque," estime Buck.

Les performances d’Audi permettent notamment à BP et Castrol de mettre directement en avant leurs produits auprès du grand public.

Buck explique que les résultats permettent de mieux communiquer sur "la qualité exceptionnelle de nos carburants et de nos lubrifiants auprès du grand public, et de promouvoir les produits dont nous sommes si fiers".

Un partenariat qui dépasse Audi

L’intérêt de cette collaboration ne s’arrête toutefois pas à la Formule 1. Le rapprochement avec Audi permet également à BP de renforcer ses liens commerciaux avec l’ensemble du groupe Volkswagen et d’envisager la fourniture de produits à d’autres constructeurs appartenant au groupe allemand.

BP suit par ailleurs très précisément la manière dont le partenariat est perçu dans les différents marchés.

Les premières retombées médiatiques autour de l’association entre BP et Audi, notamment lors de son lancement en mars 2026, se sont révélées très positives. Le groupe britannique avait notamment été l’un des premiers fournisseurs à homologuer son carburant pour la nouvelle réglementation moteur de la Formule 1.

"Nous avons des programmes de suivi pour déterminer si ce partenariat nous aide à renforcer l’association avec notre marque auprès de nos publics cibles à travers le monde," explique Buck.

La mesure des retombées ne concerne d’ailleurs pas uniquement les consommateurs. BP s’intéresse également à l’effet du programme sur ses propres salariés.

"Une autre raison pour laquelle nous faisons ce genre de choses est de développer la fierté au sein de notre organisation vis-à-vis de nos partenariats, de notre technologie et des produits exceptionnels que nous possédons," poursuit-elle. "Et c’est quelque chose que nous pouvons mesurer très rapidement."

La présence de BP et Castrol sur les circuits permet également aux deux marques d’échanger directement avec leurs partenaires et leurs clients, notamment grâce au laboratoire carburant installé au bord de la piste.

Les activations impliquent également les pilotes Audi F1 Nico Hülkenberg et Gabriel Bortoleto, ainsi que la pilote de F1 Academy Emma Felbermayr.

Mais l’un des bénéfices les plus importants du programme se trouve sans doute dans les échanges techniques internes à BP. Luc Jolly, responsable de la technologie sport automobile du groupe, souligne ainsi que le projet Audi permet à ses ingénieurs d’accéder à des compétences qui ne pourraient pas nécessairement être réunies au sein de la seule équipe dédiée à la Formule 1.

"Nous puisons dans l’ensemble des compétences technologiques de BP pour accéder à des savoir-faire et à des spécialisations qu’il serait difficile d’avoir intégralement au sein de mon équipe principale," explique Jolly.

"Les enseignements partagés sont bien réels. Nous ne parlons peut-être pas encore de tous ces éléments, mais cela fera partie de cette aventure au cours des prochaines années."

L’héritage Audi comme point de départ

Si BP et Castrol ont pu construire aussi rapidement cette collaboration avec Audi, c’est également grâce à une histoire commune particulièrement riche.

Castrol a déjà remporté de nombreuses victoires avec Audi dans plusieurs disciplines, notamment en Championnat du monde d’Endurance, en DTM, sur le Dakar et en Formule E. Cette expérience commune a donc fourni une base solide au nouveau programme de Formule 1.

"Lorsque nous sommes en mesure de parler à nos clients, la crédibilité apportée par cette relation intégrée, pour évoquer l’histoire, l’héritage et expliquer pourquoi il s’agit de la génération suivante, est vraiment puissante," souligne Buck.

Jolly insiste lui aussi sur les bénéfices de cette expérience passée, notamment sur les enseignements organisationnels accumulés durant la période glorieuse d’Audi en LMP1.

"Ayant déjà travaillé avec Audi, nous savons, en tant que deux organisations, comment travailler ensemble et tirer le meilleur l’une de l’autre," explique-t-il. "Certains membres des équipes sont d’ailleurs toujours les mêmes. Il existe donc naturellement le sentiment que nous ne partons pas de zéro."

Reste une question fondamentale : BP aurait-il réellement effectué son retour en Formule 1 sans la transformation commerciale opérée par la discipline depuis l’arrivée de Liberty Media en 2017 ?

La réponse de Buck est sans ambiguïté.

"Je pense que la réponse simple est non, n’est-ce pas ?"

"Si vous remontez quatre ou cinq ans en arrière, les chiffres de la F1 étaient en baisse. Ce n’était pas un sport qui connaissait la croissance qu’il connaît aujourd’hui. C’était un sport dont nous remettions en question l’intérêt d’une implication à long terme."

Le changement de dimension de la Formule 1 a toutefois profondément modifié son attractivité.

"Aujourd’hui, d’un point de vue commercial, cela signifie que l’audience a considérablement évolué. Il y a un élément de page blanche."

"Beaucoup de ces nouveaux fans de 17 ou 18 ans n’ont aucun souvenir du partenariat avec Le Mans," rappelle Buck.

"Pour eux, il s’agit d’une approche très moderne d’un sport tourné vers l’avenir dont nous pouvons être vraiment fiers, tout en nous appuyant sur cet héritage."

Le véritable retour sur investissement du partenariat entre BP, Castrol et Audi nécessitera évidemment davantage de temps pour être pleinement mesuré. Mais le groupe britannique semble déjà avoir trouvé dans la nouvelle réglementation moteur, l’arrivée d’Audi en Formule 1 et l’élargissement spectaculaire du public de la discipline trois raisons particulièrement solides de croire à la pertinence de son retour.


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