Aston Martin F1 : la dépression nerveuse jusqu’à l’été, au moins !

De la Rosa ne promet absolument rien pour les prochains GP

Aston Martin F1 : la dépression nerveuse jusqu’à l’été, au moins !
6 juin 2026 - 07:57

Les Grands Prix passent et hélas, se ressemblent pour Aston Martin F1. L’équipe verte, malgré de lourds investissements, reste toujours engluée dans ses problèmes d’unité de puissance avec Honda, mais aussi de châssis, en raison de l’approche radicale décidée par Adrian Newey. En l’absence de ce dernier en conférence de presse (pourtant directeur d’écurie et présent à Monaco), c’est le consultant officiel d’Aston Martin F1, Pedro de la Rosa, sorte de « VRP » de l’équipe, qui a assumé la lourde tâche de répondre aux journalistes. Et il n’avait pas que de bonnes nouvelles…

Ainsi, lorsqu’il lui a été demandé si Aston Martin F1 verrait bientôt la lumière au bout du tunnel, la réponse de l’Espagnol est aussi limpide que désolante !

« Absolument pas encore. Nous en sommes là où nous en sommes. C’est un début difficile, surtout parce que nous sommes dans une position à laquelle nous ne nous attendions pas. »

Heureusement, l’espoir fait vivre… de premières évolutions chez Aston Martin F1 sont annoncées vers l’été.

« Cependant, il se passe beaucoup de choses en coulisses à l’usine qui nous portent à croire que les évolutions, tous les changements significatifs que nous introduirons autour de l’été, porteront leurs fruits. Mais nous devons parler de ce que nous avons actuellement, et ce que nous avons actuellement, c’est une voiture très difficile, des pilotes qui font de leur mieux et qui accomplissent un travail absolument incroyable pour la piloter aussi vite que possible de manière fiable et sûre. Mais c’est compliqué. Je préférerais repousser cela à plus tard, quand nous verrons la lumière, quand les évolutions réelles seront en piste et que nous pourrons nous appuyer sur des faits. On a tellement parlé de ce qui pourrait arriver et de la lumière au bout du tunnel que parfois, c’est juste un peu trop se répéter. »

Les problèmes de fiabilité, qu’on croyait quelque peu réglés, ont ressurgi lors du dernier Grand Prix : problème moteur pour Stroll et même de baquet pour Alonso… Au moins, les vibrations ont presque disparu.

« Oui. Il y a beaucoup de points positifs dans le sens où les problèmes de vibrations ont disparu, c’est du passé. Et Fernando n’a rien dit à la radio après les EL1 à Monaco, concernant son siège, ce qui est également positif. Cela signifie que tout le travail effectué, pour essayer d’adapter son siège de 2025 dans cette voiture de 2026, a fonctionné. Cependant, Lance s’est plaint de problèmes de siège, nous devons donc encore régler d’autres soucis, mais cela va dans la bonne direction. »

Pedro de la Rosa est aux premières loges pour juger de la motivation de son compatriote Fernando Alonso : comment diable le double champion du monde parvient-il à rester motivé ?

« C’est difficile pour tout le monde. Surtout pour les pilotes, car ils doivent piloter la voiture, y faire face, affronter les médias, expliquer à chaque course ce qu’il se passe, répondre à des questions très similaires sur des problèmes connus. Et nous savons que nous n’avons pas d’évolutions pour les prochaines courses. Cependant, nous voyons les évolutions arriver, mais elles sont encore loin (sic). »

« La motivation est là, mais c’est assurément... Ils ont été d’un immense soutien, ils ont travaillé extrêmement dur dans le simulateur, ils ont travaillé extrêmement dur au sein de l’équipe, dans l’équipe de course, à l’usine, en y consacrant du temps. Mais c’est difficile, car quand on n’est pas là où on l’espère, ou qu’on n’est pas là où on veut être, c’est toujours plus compliqué. »

De la Rosa a été ensuite prié de s’expliquer sur l’attitude de Newey. Invisible dans le paddock, le pourtant directeur d’écurie est-il vraiment le leader qu’il faut pour Aston Martin F1 ? Est-il le même qu’à l’époque de McLaren F1, où de la Rosa l’avait côtoyé ?

« La seule différence, en réalité, c’est que je ne pilote plus ses voitures, malheureusement. Mais je ne vois aucune différence chez Adrian. Il travaille d’arrache-pied. Son éthique de travail est exceptionnelle. C’est l’un de ces ingénieurs qui écoute toujours le pilote, plus que quiconque avec qui j’ai travaillé, ce qui est vraiment magnifique à voir en tant qu’ancien pilote. Aujourd’hui, dans ce monde moderne où les données prennent le dessus, vous parlez parfois avec un ingénieur et il regarde l’écran, il regarde votre visage, et il ne sait pas si ce sont les données qui ont raison ou si c’est vous. Avec Adrian, il se contente de noter vos commentaires dans un carnet. »

« Je me souviens de l’Australie en 2005, par exemple, quand je pilotais la troisième voiture, vous vous rappelez quand nous avions la troisième voiture lors des essais libres ? J’ai fait quelques tours et il ne m’a posé qu’une seule question. Il a dit : "Pourquoi ne peux-tu pas aller plus vite dans le virage 1 ?" J’ai répondu : "Eh bien, j’arrive dans le virage 1, je tourne le volant et la voiture sous-vire, donc je ne peux pas aller plus vite". Il a ajouté : "Montre-moi à quel point tu braques dans ce virage, au point de corde". J’ai fait un geste avec les mains, plus ou moins. Et il a dit : "D’accord, ça fait six degrés". Puis il a expliqué : "En soufflerie, nous ne pouvons pas dépasser six degrés, car si nous allons au-delà, nous ne pouvons pas faire tourner la voiture et générer ce lacet et cette direction". Il a conclu : "Mais j’ai quelques idées". Il a pris des notes et, à la course suivante, il avait apporté des modifications à l’aileron avant et la voiture était beaucoup moins sensible à la direction. C’est tout Adrian, simplement écouter le pilote. Et ce qui le rend spécial, c’est qu’il obtient des résultats. »

« Quoi qu’il en soit, c’est vraiment génial de l’avoir dans l’équipe. C’est un grand leader et quelqu’un de véritablement inspirant pour nous tous et pour les nombreux jeunes ingénieurs qui ont rejoint Aston Martin. »

Un accident étrange pour Alonso en EL1

À Monaco, Aston Martin F1 a vécu un début de week-end difficile. Fernando Alonso a fini dans le mur en EL1 à la chicane. Un problème de boîte de vitesses, un des nombreux points noirs d’Aston Martin F1 cette année, est-il à craindre ? Comment expliquer cet accident assez étrange ?

« Je ne sais pas vraiment ce qu’il s’est passé dans le sens où il y a eu un blocage des roues arrière, mais je l’ignore, car je n’ai pas pu consulter les données pour savoir si c’était lié au rétrogradage ou non. Fernando a l’air de dire que oui. Soit. C’était manifestement un énorme problème de blocage à l’arrière. Il a relâché les freins à un moment donné juste pour récupérer la voiture, sinon cela aurait été un tête-à-queue complet, il s’en est donc très bien sorti avec seulement un petit aileron avant cassé. C’est tout. J’imagine que cela fait partie du même problème global, la maniabilité, la prévisibilité de la voiture au freinage, le rétrogradage, qui affecte la répartition du freinage, puis on la déplace vers l’arrière d’une manière qui affecte encore plus le rétrogradage. »

« Mais je n’ai pas regardé les données, je n’ai pas parlé avec Fernando, pour être franc. C’est en tout cas une voiture qui n’est pas facile à piloter. Quand on voit Fernando bloquer l’arrière en arrivant à la chicane de cette manière, on peut imaginer à quel point cela doit être difficile sur un tour complet, car on arrive très vite à la chicane, mais il y a une grande zone de dégagement. Il n’y a pas beaucoup d’échappatoire au Casino, par exemple, au virage 3, quand on rentre et qu’on freine jusqu’au point de corde. C’est donc un point sur lequel nous travaillons : la souplesse de conduite, la prévisibilité. »

« Cette année, il est encore plus difficile pour les équipes et les unités de puissance de fournir un couple constant lors des rétrogradages. Les pilotes essaient d’utiliser un rapport très court aux points de corde juste pour recharger davantage la batterie, ce qui aggrave les choses si tout le processus de rétrogradage n’est pas assez fluide. C’est là où nous en sommes. Nous travaillons très dur. En observant ce qui est arrivé à Fernando, je ne sais pas si c’était le freinage, le blocage ou le rétrogradage en premier. Peu importe. La voiture reste trop difficile à piloter, nous avons donc encore beaucoup de travail à accomplir. »


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