Antonelli ’ne reçoit pas le respect qu’il mérite’, toujours dans l’ombre de Ferrari en Italie

Steiner regrette le manque de soutien national de son pays

Antonelli ’ne reçoit pas le respect qu’il mérite’, toujours dans l’ombre de Ferrari en Italie
Auteur : Franck Drui
4 novembre 2026 - 15:30

Kimi Antonelli vient de mettre fin à 73 années d’attente pour le sport automobile italien en devenant, à seulement 20 ans et 68 jours, le plus jeune champion du monde de l’histoire de la Formule 1. Pourtant, selon Günther Steiner, le pilote Mercedes ne bénéficie pas encore de toute la reconnaissance qu’il mérite dans son propre pays, où Ferrari continue d’occuper une place prépondérante. L’ancien directeur de Haas estime que l’Italie doit apprendre à célébrer son nouveau champion, tandis que Bernie Ecclestone voit déjà en lui les qualités qui ont permis à Max Verstappen de dominer la discipline. Pour l’ancien patron de la F1, Antonelli pourrait même devenir un pilote du même calibre que le Néerlandais d’ici deux ou trois ans.

Le sacre de Kimi Antonelli au Grand Prix de Mexico a marqué un tournant historique pour la Formule 1 italienne. En terminant troisième de la course, le pilote Mercedes a assuré son premier titre mondial, devenant à 20 ans et 68 jours le plus jeune champion de l’histoire de la discipline.

L’Italie attendait un tel succès depuis Alberto Ascari, dont le dernier titre remontait à 1953. Une attente de 73 ans qui illustre le paradoxe d’un pays passionné de Formule 1, mais dont l’identité sportive reste avant tout associée à Ferrari.

Pour Günther Steiner, ancien directeur de Haas, originaire de Merano et désormais à la tête de sa propre équipe de MotoGP, cette particularité explique pourquoi le sacre d’Antonelli ne suscite pas encore nécessairement l’engouement qu’il devrait provoquer.

Interrogé par RacingNews365, l’Italien a d’abord insisté sur la portée historique de cet accomplissement.

"Soixante-treize ans ! C’est sacrément long ! Si l’on regarde ce chiffre, c’est incroyable qu’il ait fallu attendre aussi longtemps. Et qu’est-ce que cela signifie pour l’Italie ? Cela représente énormément. Mais même si l’Italie n’a pas eu de pilote champion du monde depuis si longtemps, elle a eu Ferrari, et elle a toujours Ferrari, qui est l’équipe nationale."

Steiner considère que l’attachement des Italiens à la Scuderia a profondément influencé leur manière de vivre la Formule 1. Pendant plusieurs générations, les supporters ont essentiellement soutenu Ferrari, faute de disposer d’un pilote italien capable de se battre pour le championnat du monde.

L’arrivée d’Antonelli au sommet de la discipline représente donc un changement culturel auquel le public doit encore s’habituer.

"Je pense que nous devons attendre de voir ce que cela va provoquer, parce que j’ai parfois le sentiment que Kimi ne reçoit pas le respect qu’il mérite de la part de son pays. Évidemment, le pays a l’habitude de soutenir Ferrari, et non l’un de ses pilotes, parce qu’il n’en a pas eu depuis très longtemps, du moins pas au niveau d’un championnat du monde."

"Je pense que beaucoup de gens doivent s’y habituer, parce que pour eux, ils ne voient que la Scuderia, c’est elle qu’ils soutiennent, et Kimi mérite un peu plus de soutien de la part des gens là-bas."

L’ancien dirigeant de Haas établit notamment un parallèle avec Jannik Sinner, devenu l’une des plus grandes vedettes du sport italien grâce à ses performances en tennis. Malgré une personnalité publique plutôt réservée, qui lui avait initialement valu certaines critiques dans la presse italienne, Sinner a progressivement acquis le statut de héros national.

"Je veux dire, l’Italie compte maintenant deux grands champions, Jannik Sinner et Kimi Antonelli. Jannik reçoit énormément d’amour de la part du pays, et j’espère que Kimi recevra désormais le même amour lui aussi."

Une ascension fulgurante jusqu’au titre mondial

La réussite d’Antonelli est d’autant plus remarquable que son parcours vers la Formule 1 a été particulièrement rapide.

Intégré au programme de jeunes pilotes Mercedes en 2019, l’Italien a franchi les différentes catégories de promotion sans même passer par la Formule 3. Son ascension lui a permis d’obtenir directement un volant chez Mercedes pour la saison 2025, en remplacement de Lewis Hamilton, parti rejoindre Ferrari.

Cette promotion précoce avait suscité de nombreuses interrogations, notamment concernant sa capacité à supporter la pression associée à une équipe de premier plan.

Toto Wolff, directeur de Mercedes, avait d’ailleurs appelé les médias italiens à ne pas imposer une pression excessive au jeune pilote, notamment en évitant les comparaisons prématurées avec des légendes comme Ayrton Senna.

Mais Antonelli a rapidement démontré qu’il était capable de répondre aux attentes, jusqu’à décrocher le titre mondial dès sa deuxième saison dans la catégorie reine.

Pour Steiner, sa capacité à s’imposer face à George Russell constitue l’un des aspects les plus impressionnants de sa réussite.

"Incroyable ! Je pense que nous savions tous qu’il était plutôt bon d’après ce que nous avions vu l’année dernière, mais il y a beaucoup de pilotes talentueux aujourd’hui. Cependant, la manière dont il a assumé son rôle chez Mercedes et battu George, alors que George est un bon pilote, il est loin d’être mauvais... Courir comme il l’a fait à 20 ans, en commettant très peu d’erreurs et sans jamais sembler stressé, c’est fantastique."

L’ancien directeur de Haas souligne également la maîtrise mentale affichée par Antonelli tout au long de la saison.

"Je pense que nous nous attendions tous à ce que, peut-être, dans la deuxième moitié de cette saison, il se passe la même chose que l’année dernière chez McLaren avec Oscar [Piastri] et Lando [Norris]. Mais non, il a gardé son sang-froid. Et il est aussi très calculateur. S’il sait qu’il ne peut pas gagner, il tire le meilleur de la situation, ce qui se traduit généralement par un podium."

"Il est tellement mature pour un jeune de 20 ans. C’est agréable de voir que les jeunes peuvent aussi être comme lui sur le plan humain. C’est vraiment un bon garçon, et c’est plaisant à constater de l’extérieur."

Ecclestone voit déjà en Antonelli un futur Verstappen

L’admiration pour le nouveau champion du monde ne se limite pas à Günther Steiner. Bernie Ecclestone, qui a dirigé la Formule 1 pendant quarante ans avant de quitter ses fonctions de directeur général en 2017, estime lui aussi qu’Antonelli possède des qualités exceptionnelles.

À 96 ans, le Britannique a côtoyé plusieurs générations de champions et considère que le jeune Italien présente des caractéristiques comparables à celles de Max Verstappen, quadruple champion du monde.

"Il y a deux personnes dont j’ai espéré, à un moment donné, qu’elles remporteraient le championnat. L’une est Max, l’autre est lui."

"Même si je ne le connais pas aussi bien que Max, je pense qu’il va devenir un autre Max. Il possède tout ce que Max possède : il veut gagner et il gagnera quoi qu’il arrive. Il est comme Max dans le sens où il monte dans la voiture avec une seule idée en tête : gagner la course."

Max Verstappen a grandi sous la supervision particulièrement exigeante de son père Jos, ancien pilote de Formule 1.

Ce dernier lui avait imposé un entraînement rigoureux dès ses années de karting, notamment en le faisant rouler avec des pneus slicks dans des conditions de froid ou sur piste humide afin de développer sa maîtrise de la voiture.

Cette approche stricte a largement contribué à forger la détermination et la résistance mentale du Néerlandais.

Le parcours familial d’Antonelli apparaît différent. Son père Marco, lui-même impliqué dans le sport automobile à travers sa structure AKM Motorsport et ses liens avec Kart Republic, a accompagné les premières années de compétition de son fils.

Il a toutefois laissé une part importante de la gestion de sa carrière au programme de jeunes pilotes Mercedes, qui a encadré sa progression vers la Formule 1.

Ecclestone voit dans cette différence d’approche un élément susceptible d’influencer encore le développement du jeune champion italien.

"Quand Max était enfant, son père était un peu strict avec lui, mais il l’a obligé à se réveiller et à se mettre au travail."

"Alors que le père de Kimi semble être à l’opposé : il le comprend, le soutient et essaie de le garder un peu calme. Mais nous sommes encore très loin d’avoir vu le meilleur de lui. Je pense que nous serons surpris de voir à quel point il va devenir bon. Vous verrez, il va devenir un autre Max d’ici deux ou trois ans. Il a besoin de traverser quelques moments difficiles pour se perfectionner un peu, et ensuite, attention à lui."

Interrogé sur la manière dont Antonelli pourrait poursuivre sa progression, Ecclestone est revenu sur l’exemple de la formation de Verstappen.

"La meilleure chose à faire serait de reprendre une bonne partie de ce que le père de Max a fait avec lui, et de lui faire comprendre que la vie n’est pas aussi simple. Il faut accepter les mauvais moments autant que les bons, et faire en sorte que les mauvais ne se reproduisent pas."

"Il vient tout juste de sortir de l’adolescence, donc il lui faudra encore un peu de temps pour prendre pleinement la mesure de ce qu’il vient de devenir : un champion du monde. Et pour quelqu’un d’aussi jeune, il pourrait facilement battre tous les records, oui, oui, absolument."


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