ADUO, V8 et même un moteur FIA : Tombazis lève le voile sur les grands projets de la F1
Face aux critiques, le directeur des monoplaces contre-attaque
La Formule 1 traverse une période charnière avec l’application du premier mécanisme ADUO, les ajustements des groupes propulseurs actuels et les réflexions déjà engagées sur les règlements moteurs de demain, avec le retour du V8 en ligne de mire. Directeur des monoplaces de la FIA, Nikolas Tombazis est au cœur de ces dossiers sensibles et détaille les raisons qui ont conduit l’instance à prendre ces décisions.
L’introduction du système ADUO, les modifications réglementaires prévues pour 2027 et 2028 ainsi que les débats autour de l’avenir des groupes propulseurs ont placé Nikolas Tombazis sous les projecteurs ces derniers jours. Une période intense que le responsable grec de la FIA relativise toutefois.
"Je suis plutôt soulagé," confie-t-il à SoyMotor. "Cela a été assez intense, mais j’ai connu beaucoup de périodes intenses dans ma carrière. Cela fait partie du jeu. J’ai vécu des luttes pour le championnat jusqu’à la dernière course lorsque je travaillais en équipe, et j’ai aussi connu d’autres périodes très chargées à la FIA. Ce n’est rien d’inhabituel."
"C’est normal, parce que les gens sont très compétitifs et cherchent toujours à obtenir ce qui est le mieux pour leur sport mais aussi pour leur équipe. Cela rend le processus assez difficile."
Tombazis est revenu en détail sur la naissance du mécanisme ADUO, conçu initialement pour éviter que les nouveaux motoristes ne soient durablement distancés par les constructeurs déjà établis. Mais certains comme Red Bull contestent déjà les premières conclusions.
"Lorsque ce règlement a été négocié il y a quatre ou cinq ans, il y avait un effort important pour attirer de nouveaux noms dans le sport," rappelle-t-il. "Il existait aussi une inquiétude selon laquelle les nouveaux venus resteraient toujours derrière les motoristes les plus établis."
Avec l’arrivée du plafonnement budgétaire, la FIA craignait qu’un constructeur en difficulté ne puisse plus rattraper son retard comme Honda avait pu le faire auparavant.
"Avec le plafond budgétaire, vous ne pouvez plus dire : ’Dépensons tout, recrutons davantage de personnes’. Votre marge de manœuvre est très limitée. Il existait la crainte que si vous commenciez derrière, vous soyez pratiquement condamné à une misère permanente."
"Cette misère permanente aurait conduit ces constructeurs automobiles à quitter le sport. Ils ne vont évidemment pas rester s’ils terminent toujours derniers et que tout le monde dit qu’ils sont mauvais. C’est ainsi qu’est né le concept de l’ADUO."
Pourquoi seule la partie thermique est concernée
Le dirigeant de la FIA a également expliqué pourquoi le système se concentre exclusivement sur le moteur à combustion interne et non sur la partie électrique.
"À l’époque, tout le monde considérait que le principal champ de bataille serait la partie électrique du groupe propulseur," explique-t-il. "On nous disait en 2021 que plus personne ne construirait jamais de moteur thermique ultra optimisé sur fond de guerre des motoristes, ce qui était évidemment une position erronée."
"C’est normal, parce que les gens sont très compétitifs et cherchent toujours à obtenir ce qui est le mieux pour leur sport mais aussi pour leur équipe. Cela rend le processus assez difficile."
La FIA avait même proposé de standardiser davantage le moteur thermique.
"Nous avons dit : ’Si vous pensez que seule la partie électrique compte, rendons la partie thermique quasiment standard et donnons-vous toute la liberté possible sur la partie électrique’. Mais ils n’ont pas voulu non plus."
La logique a donc été de réserver l’ADUO à la seule composante thermique.
"On considérait que la partie électrique serait l’endroit où se déroulerait la vraie compétition. La partie thermique ne devait pas être une bataille aussi importante. C’est cette philosophie qui a conduit à concentrer l’ADUO uniquement sur le moteur à combustion interne."
Tombazis a ensuite détaillé le fonctionnement du système de mesure.
"Le principal outil est un capteur de couple homologué placé entre le moteur et la boîte de vitesses," explique-t-il. "On applique ensuite une correction pour retirer la partie électrique, ce qui nous permet d’obtenir la puissance du moteur thermique."
"Ce n’est pas la puissance maximale qui compte, mais la puissance dans toutes les zones du circuit où le pilote est à pleine charge."
Les données sont ensuite pondérées selon leur importance sur le temps au tour.
"Si vous avez dix chevaux supplémentaires au début d’une ligne droite, ils sont plus précieux que dix chevaux supplémentaires dans les cent derniers mètres. Les équipes le savent parfaitement."
Après un traitement statistique des données de course, la FIA établit un classement des motoristes.
"Nous prenons normalement six Grands Prix, mais en raison de courses annulées, nous avons utilisé cinq épreuves pour cette première période. Nous calculons ensuite la moyenne afin d’établir la hiérarchie."
"Nous continuons à analyser les données. Nous voulons être certains de pouvoir expliquer l’ensemble des performances observées sur les voitures."
Il souligne que la puissance moteur n’est qu’un facteur parmi d’autres.
"L’aérodynamique, la traînée, l’appui, les pneus, le poids ou encore le pilote influencent également les performances. Nous voulons disposer d’une vision globale."
Et si une erreur était détectée ?
"Si nous trouvons une erreur, nous l’admettrons et nous la corrigerons. Si nous n’en trouvons pas, tant mieux. Nous ne voulons pas avoir une vision dogmatique de la performance. Nous voulons garder l’esprit ouvert."
Concernant l’avenir de l’ADUO, aucune décision n’est encore arrêtée.
"Nous sommes encore dans la première période de la première saison de cette analyse. Nous devons déterminer quelle est la meilleure façon de procéder pour le sport."
Une réglementation 2026 qui fonctionne mieux qu’on ne le dit
Interrogé sur les critiques adressées aux nouvelles règles techniques, Tombazis estime que les jugements sont parfois excessifs.
"Je ne pense pas que le mot ’échec’ soit approprié," affirme-t-il. "C’est une vision très binaire, et je n’aime pas les déclarations de ce type."
"À l’exception de Monaco, qui a toujours été un problème particulier, nous avons eu des courses très spectaculaires et très intéressantes. Je ne me souviens pas d’une autre saison avec des courses aussi disputées."
"Mercedes est clairement devant et a remporté toutes les courses sauf une. Mais malgré cela, chaque Grand Prix a été très serré."
La FIA a récemment modifié l’équilibre entre l’énergie électrique et thermique afin de répondre aux critiques des pilotes.
"Les pilotes se plaignaient de situations contre-intuitives, notamment en qualifications," explique Tombazis. "Ils pouvaient passer très vite dans un virage puis perdre du temps dans la ligne droite suivante à cause de l’énergie disponible."
"Cela fait 18 mois que nous essayons de faire évoluer les choses. Ce n’est pas quelque chose apparu il y a deux mois à Miami."
Des courses légèrement raccourcies en 2027
La hausse du débit de carburant prévue pour 2027 pourrait entraîner une légère réduction de certaines distances de course.
"Très peu, pour être honnête," assure Tombazis. L’augmentation prévue n’est que de 5 % en 2027.
"Cela pourrait représenter une ou deux boucles de moins sur certaines courses, et pas sur toutes. Ce sera une mesure temporaire."
"À partir de 2028, les équipes disposeront du temps nécessaire pour adapter leurs monocoques et leurs réservoirs. Elles auront le temps de planifier cela et pourront choisir un réservoir plus grand."
Le V8 se rapproche
Enfin, Tombazis a confirmé que la FIA travaille sérieusement sur l’idée d’un retour au V8, sans abandonner totalement l’hybridation.
"Il existe clairement un objectif déclaré d’aller vers un V8, et notre président apprécie beaucoup ce scénario."
"Nous ne parlons pas de supprimer l’hybride. L’idée est qu’il y ait toujours une partie électrique, peut-être plus petite qu’aujourd’hui, mais toujours présente."
L’objectif est multiple : réduire les coûts, préserver l’attractivité du sport et alléger les monoplaces.
"Nous pensons pouvoir avoir des voitures pesant moins de 700 kilos, ce qui représenterait un énorme progrès par rapport à aujourd’hui et serait extrêmement excitant à piloter comme à regarder."
La possibilité d’un moteur développé sous l’égide de la FIA reste également à l’étude.
"Si cela permet de protéger le sport et de disposer d’un filet de sécurité dans l’hypothèse où nous manquerions de motoristes, alors c’est un très bon objectif," estime Tombazis.
"La participation des motoristes reste extrêmement importante pour nous. Mais la manière dont nous construirons ce filet de sécurité est actuellement en discussion."
Comment suivre au mieux l’actualité de notre site ?
Vous appréciez nos actus ? Alors sélectionnez Nextgen-Auto.com comme source privilégiée sur Google, pour voir davantage de news F1 de ce site dans vos résultats d’actualités. Vous ne manquerez plus aucune information et serez parmi les premiers à lire nos interviews et analyses.
S’abonner est simple : il vous suffit de cliquer sur ce lien et de cocher les sources Nextgen-Auto.com.
Vous pouvez aussi vous abonner à notre chaîne WhatsApp Nextgen-Auto.com pour recevoir en temps réel les "breaking news" et quelques informations exclusives avant leur publication !
Nous suivre sur notre Profil Google afin que nos news vous soient présentées en priorité dans votre fil d’informations sur votre smartphone ! Il suffit de cliquer sur "Suivre sur Google".
FIA
- ADUO, V8 et même un moteur FIA : Tombazis lève le voile sur les grands projets de la F1
- Les performances d’Aston Martin F1 à Barcelone jugées ’inacceptables’
- Officiel : Mercedes F1 retire son recours dans l’affaire des pénalités de Monaco
- Le dossier Monaco a mis la FIA face à un casse-tête ’sans solution simple’
- Red Bull conteste l’évaluation ADUO des moteurs et réclame ’des preuves’ et ’des explications’