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Rebellion : 2014 au cœur de nos pensées...

Entretien avec Stephan Gervais

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4 février 2013 - 08:14
Rebellion : 2014 au cœur de nos (...)

Ils ne sont plus que quelques irréductibles, luttant avec leurs armes dans la cour des grands. Il ne reste plus que deux équipes privées à lutter en LMP1 face à Audi et Toyota. Rebellion Racing figure au rang de ces valeureux guerriers qui souhaitent se maintenir dans la catégorie de pointe des épreuves d’endurance. Contre vents et marrées. La soirée de présentation des 24 Heures du Mans et du WEC 2013 a permis de s’assurer que deux Lola Toyota seraient bien alignées au départ de la classique mancelle. Elle nous a également donné l’occasion de parler avec Stephan Gervais, le responsable de le communication de l’équipe suisse.

Stephan, que penses-tu des récents ajustements en faveur des concurrents privés LMP1 ?

« Je pense qu’ils vont simplement nous permettre de maintenir l’écart de l’année dernière avec les constructeurs, pas plus. Malheureusement, cela s’accompagne également d’augmenter les coûts puisque c’est une nouvelle fois à nous de faire des efforts au lieu de le demander à ceux qui ont plus de moyens. Mais cela montre également un désir de nous aider un peu au niveau de la performance. Ceci dit, le sujet n’est peut-être pas qu’une histoire de performance. C’est aussi une question d’environnement et l’on voit bien aujourd’hui qu’avec trois voitures privées LMP1 au Mans et deux en Championnat du Monde, on a un vrai problème de modèle économique. Aujourd’hui, un team privé a de plus en plus de mal à trouver les fonds nécessaires pour être présent. »

La situation serait-elle plus simple pour vous si vous pouviez accéder à une voiture de constructeur ?

« Je ne sais pas. Mais cela transformerait nos équipes dans le sens ou il nous faudrait désormais louer une voiture. Car je ne pense pas qu’il nous la vendrait pas. De plus, il nous faudrait nous appuyer sur les moyens humains de ces constructeurs pour faire fonctionner les systèmes hybrides et autres que nous ne maitrisons pas. Honnêtement, je ne sais pas quelle est la meilleures solution. A terme, je pense que le LMP1 restera effectivement la chasse-gardée des constructeurs avec de très gros budgets. L’idéal serait d’avoir deux ou trois autres constructeurs qui viennent se joindre aux trois qui seront présents l’an prochain... »

Post-2013, il n’y a pas de visibilité pour vous, privés, en LMP1 ?

« Si, nous avons des plans, des envies. Mais la réalité économique fait que 2014 est un gros passage en terme de budget et il nous faut donc travailler d’arrache-pied pour trouver des partenaires financiers ou un partenaire constructeur pour mettre en place un plan qui soit durable. Car nous ne pouvons pas nous lancer uniquement pour 2014. Nous devons le faire sur plusieurs années. »

Courir en LMP2, est-ce une possibilité pour un team tel que Rebellion Racing ?

« A titre très provisoire, oui, mais pas sur du moyen terme. Ce n’est pas dans nos envies. »

Mais si cet avenir ne passe finalement pas par un constructeur usine, existe-t-il aujourd’hui une solution de repli en s’appuyant sur un fournisseur de châssis privé ? On n’entend pas beaucoup parler d’une possible LMP1 client disponible à la vente en 2014...

« (Sourire...) Pour l’instant, 2014 est un gros chantier dont on parle tous les jours mais sur lequel je ne peux pas dire plus... »

Est-ce que la difficulté actuelle des P1 privées s’explique uniquement par le différentiel technique avec les usines ou la dure crise économique est-elle un facteur majeur dans cet état de fait ?

« Je pense que le problème est avant tout financier pour les privés à l’heure actuelle. Par rapport au début 2012, Pescarolo Team a disparu, JRM qui annonçait à Shanghaï la possibilité d’engager deux voitures, n’en aligne finalement aucune, OAK Racing qui se replie pour l’instant sur le LMP2, tout cela prouve bien la difficulté. Notre logique est donc que nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes et que les financements, c’est à nous de les trouver. Nous devons séduire des partenaires et c’est aussi pour cette raison que nous sommes présents en ALMS. Cela nous permet de répartir nos investissements et d’élargir le champ des sponsors. »

C’est plus facile de motiver un sponsor pour aller gagner des courses aux USA plutôt que pour faire au mieux 5ème en WEC ?

« C’est plus facile de vendre un projet à des partenaires lorsque vous êtes en mesure de viser la victoire au général, que ce soit dans une course ou dans un championnat, plutôt que de devoir expliquer que vous vous battez pour une victoire de catégorie et que celle-ci, malgré tous les efforts financiers et humains qu’elle représente ne permet pas d’obtenir de grosses retombées médiatiques. L’année dernière, tout le monde a reconnu que nous avions un problème de visibilité médiatiques du WEC et un effort va être fait pour 2013 ce qui est une bonne chose. Mais les médias restent intéressés avant tout par les têtes d’affiche, Toyota et Audi, et il reste très difficile d’exister derrière eux. On le voit même en F1. Les écuries de second plan y ont toujours plus de mal à vivre. »

Si, très artificiellement, par des brides encore plus grandes et un réservoir encore plus gros, on vous plaçait à 2 secondes au tour seulement des usines au lieu des 6 à 8 auxquelles vous allez vous retrouver, cela changerait-il la donne quant à l’approche des sponsors ?

« Ca nous permettrait surtout d’être un peu plus en mesure de jouer le podium. Cela nous permettrait aussi de ne pas devoir expliquer aux gens pourquoi nous sommes si loin alors que sur les autres circuits, nous sommes à deux secondes des Audi. Ce serait effectivement mieux pour nous. Ceci dit, même avec le gros écart qui nous sépare des usines, nous partons cette année au Mans avec l’espoir de rééditer la performance de l’an passé ou nous avons pu briser le quadruplé Audi. Nous voulons à tout prix intercaler une de nos voitures au milieu des usines. Car sur une course de 24 Heures, beaucoup de choses peuvent se passer. La performance est une chose, la fiabilité et la régularité en est une autre. »

Est-ce que le Trophée Endurance FIA pour les LMP1 privés remporté l’an passé vous apporté une aide dans votre approche de partenaires éventuels ?

« Cela nous a apporté une crédibilité supplémentaire. Nous avions gagné le championnat Le Mans Series en 2011, nous avions été la meilleure équipe privée en ILMC la même année, terminant troisième équipe derrière Audi et Peugeot. Cela est donc venu renforcer le sérieux de l’équipe d’autant que c’est un Championnat du Monde malheureusement, nous nous pouvons pas nous targuer d’être Champions du Monde. La victoire au Petit Le Mans nous a également fait beaucoup de bien. Car à défaut d’avoir le même retentissement au niveau mondial, elle nous a apporté une couverture médiatique énorme en une seule fois. Et cela nous a permis de monter le programme 2013, justement en raison de cette visibilité médiatique beaucoup plus importante que ce que nous avions pu connaître jusque là. »

Vos partenaires ALMS ne seront donc pas forcément les mêmes que ceux du WEC ?

« Il y aura des partenaires communs mais il se peut aussi que certains soient spécifiques à l’ALMS... »

Vous aurez deux voitures à Sebring ?

« Oui mais nous y amènerons les trois. Celle qui disputera le championnat ALMS restera dans le paddock ainsi elle sera neuve et fraîche pour la deuxième manche. Les deux autres voitures seront ramenées en Europe ou elles rouleront toutes les deux à Silverstone, Spa et Le Mans. »

La décision de n’engager qu’une seule Lola à l’année en WEC est due à l’engagement en ALMS ? Problème d’approvisionnement en pièces détachées ?

« Non, c’est tout simplement lié au fait qu’il était plus rentable d’investir le budget dont nous disposons dans un programme ALMS. De plus, nos ressources humaines et techniques ne sont pas extensibles et même si la logique aurait voulu que nous engagions deux voitures en WEC pour réaliser des économies d’échelle, ce n’est pas la voie que nous avons choisie. »

Où en est Lola après sa reprise par Multimatic ? Est-ce toujours un partenaire sur lequel vous pouvez vous appuyer ?

« Au niveau de la fabrication des pièces, il n’y a pas de soucis, il y a une réelle continuité du service. Nous travaillons avec eux et d’autres intervenants afin de développer la voiture. Car le but n’est pas d’utiliser la voiture de 2012 sans évolution sinon, nous risquerions un petit déficit de performance. Nous avions cette volonté de développer l’auto ce que nous avons fait durant l’hiver et que nous continuons à faire durant quelques mois. »

Alors qu’allons-nous voir de nouveau sur l’auto ?

« (Rires) Vous le verrez lorsque nous présenterons les photos ! »

L’alignerez-vous dès Sebring ou, comme l’an passé, vous contenterez-vous de la voiture de l’an passé pour les 12 Heures ?

« Normalement, vous devriez en voir une partie dès Sebring... »

Est-il question d’hybride pour la voiture cette année ?

« La voiture le permet de par sa conception. Nous allons voir si c’est nécessaire mais à ce jour, cela ne figurait pas dans nos priorités. »

Avez-vous quelques craintes quant à la concurrence avec la HPD qui va désormais disposer elle-aussi des pneus larges ?

« Nous verrons bien comment ils vont s’en sortir avec cette nouvelle donne. Nous le savons bien pour être passé par là : tous les teams qui sont passés aux pneus larges ont connu un petit choc. Il faut savoir s’y adapter... »

Propos recueillis par Laurent Chauveau

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