Sursis donné à Mercedes F1 : la FIA s’explique sur l’affaire des moteurs
Une bonne nouvelle pour l’équipe allemande
C’était la grande polémique du début de saison, et elle n’est d’ailleurs pas tout à fait close…
Alors que la nouvelle réglementation abaisse le taux de compression autorisé à 16:1, Mercedes est soupçonnée de contourner la règle.
L’écurie exploiterait ses moteurs avec une compression proche de 18:1 en piste, profitant d’un point réglementaire disposant que cette mesure s’effectue uniquement à température ambiante.
Face à la pression des constructeurs rivaux, menés apparemment par Audi, qui réclamaient des sanctions immédiates avant même le premier Grand Prix, le directeur des monoplaces de la FIA, Nikolas Tombazis, a privilégié le compromis.
Un vote électronique sur dix jours a été lancé auprès du comité consultatif (PUAC) regroupant la FIA, la FOM, et les motoristes, pour introduire un nouveau test de mesure de compression, un test "à chaud". Son adoption nécessite une supermajorité de six voix sur sept avant d’être ratifiée par le Conseil Mondial. C’est-à-dire que si seul Mercedes F1 s’y oppose, cette opposition pourra être contournée.
Si cet amendement est validé, la FIA a tout de même une bonne nouvelle pour Toto Wolff : il n’entrera cependant en vigueur que le 1er août, après le Grand Prix de Hongrie. Au lieu de pénaliser massivement Mercedes et ses équipes clientes (McLaren, Williams, Alpine) dès le coup d’envoi du championnat à Melbourne, ce sursis de mi-saison laisserait donc aux motoristes le temps d’effectuer les modifications techniques nécessaires pour se mettre en conformité - si besoin - avec ce nouveau protocole.
Mais pourquoi un sursis de six mois ? Si un moteur était vraiment suspecté d’illégalité, pourquoi laisser passer une moitié de saison avant de sévir ?
« Il y a beaucoup de nuances lorsqu’on discute d’un tel sujet, car il y a ce que le règlement est censé être » a expliqué Nikolas Tombazis dans le paddock de Bahreïn.
« Maintenir le taux de compression à 16:1 était l’un des objectifs fondamentaux lorsque le règlement a été discuté avec les motoristes en 2022 et lors de sa finalisation. »
« Il y a aussi la question de ce qui est exactement écrit dans le règlement et il est devenu évident que, selon ce qui était écrit, il pourrait y avoir des moyens d’obtenir un taux plus élevé. »
Tombazis vise à calmer le jeu : la FIA ne suspecte pas Mercedes F1 de tricherie !
« Ainsi, quant à savoir s’il y a la moindre discussion sur quelqu’un qui tricherait ou enfreindrait les règles… cela n’a jamais été le sujet de discussion. »
« Il y a eu beaucoup d’émotion sur le sujet, mais la FIA n’a jamais pris la position que quelqu’un fait quelque chose d’illégal. »
« Les règles telles qu’elles sont écrites atteignent-elles pleinement l’objectif et l’approche générale lorsque les règles doivent être améliorées ? »
« Parce que, si elles n’atteignent pas pleinement l’objectif, nous essayons d’apporter des amendements car nous voulons que les règles restent concentrées sur l’objectif initial et ne pas évoluer progressivement lorsque des interprétations les étirent peut-être un peu dans une direction ou dans l’autre. »
Assez philosophe, Tombazis relativise et précise qu’il était inévitable que certaines zones grises apparaissent, étant donné l’ampleur de la révolution réglementaire de 2026.
« Il y a peut-être 15 ou 20 personnes qui s’occupent du règlement à la FIA. Nous avons très fréquemment des réunions avec les équipes, les motoristes, les directeurs techniques et ainsi de suite. »
« Chaque équipe compte 200 ou 300 personnes concentrées sur la performance, sur des éléments de conception, essayant de trouver de l’appui ou de la performance. Et il en va de même pour les motoristes. »
« Il est inévitable qu’avec de nouveaux règlements, il y aura des domaines où des solutions seront trouvées qui vont au-delà de ce que les règles prévoyaient. »
« Ce que nous essayons de faire avec ce vote électronique, c’est de clore ce sujet et, espérons-le, d’aboutir à une solution. Ce n’est pas une position unilatérale de la FIA – un vote électronique nécessite que les gens votent, dans ce cas, les motoristes. Et nous verrons ce qui en ressortira. »
« Le processus est que, pour les questions liées aux unités de puissance, les motoristes votent et, bien sûr, la FIA et la FOM. Et si cela aboutit, alors cela va au Conseil Mondial. »
« Nous avons donc un processus lancé en ce moment avec les motoristes, et nous espérons le clore. »
En ce début d’année, il y a donc beaucoup de politique, et Tombazis n’est guère plus étonné de voir cela arriver : c’est toute l’histoire de la F1…
« Cela dit, je pense que... J’ai été de l’autre côté de la barrière, travaillant pour une équipe, et les gens se passionnent énormément pour la performance. »
« Ils sont extrêmement compétitifs. Les enjeux sont élevés, donc ils s’excitent très, très vite. »
« Quand les gens sont si excités, ils ont parfois tendance à perdre un peu les arguments en perspective, et ils ont tendance à voir les choses légèrement à sens unique. »
Tombazis dresse une analogie pour le moins… curieuse.
« Cela m’arrive quand je joue au backgammon avec ma femme. Nous oublions l’amour, et nous nous disputons parfois sur quelque chose. C’est extrêmement compétitif. »
« La Formule 1, c’est ça multiplié par 1000, donc les gens s’excitent un peu trop, et je ne pense pas que ce sujet ait jamais eu besoin d’atteindre ce niveau d’attention. »
« Je ne dis pas que ce n’est pas important, mais est-ce que ça justifie toute cette agitation pendant de nombreux mois ? Franchement, non. »
La FIA se retrouve donc aujourd’hui dans une situation délicate : trouver un compromis entre légalité et innovation. Pour trancher où commence et où s’arrête une zone grise. Là aussi, c’est un débat vieux comme le monde en F1 !
« C’est là que nous devons être impartiaux sur ce sujet. »
« Nous ne voulons pas étouffer l’innovation. Mais, lorsque le règlement stipule que le paramètre doit être inférieur à 16:1, ce n’est pas d’un nouveau système de combustion dont nous parlons. C’est quelque chose qui pourrait spécifiquement peut-être augmenter. »
Quant à la raison pour laquelle un test de taux de compression supplémentaire à chaud est proposé pour une introduction en août, plutôt qu’immédiatement, Tombazis avance un argument qui va plaire à Mercedes F1 : cela aurait été injuste pour l’équipe allemande.
« Nous avons estimé que c’était faisable, parce que nous avons senti qu’il n’y avait aucune discussion sur quoi que ce soit d’illégal. Nous pensons que les gens ont passé du temps à concevoir leurs moteurs et leurs solutions. »
« Nous ne pensions pas qu’il était juste de faire quelque chose pour le début de la saison. »
« Nous sentions que c’était mal, mais nous ne pensions pas non plus que c’était quelque chose qui allait au-delà de ce que nous considérions comme l’intention des règles. »
« Nous estimions qu’il était correct de ne pas laisser la situation s’éterniser non plus. Il y a un certain degré de subjectivité là-dedans. Je ne peux pas dire que c’est la seule solution qu’un humain puisse imaginer, mais nous pensions que c’était une approche équilibrée ; comme je le dis, au final, nous n’avons rien décidé. »
« Nous avons décidé, après de nombreuses discussions, de lancer ce vote. Le résultat du vote déterminera si cette chose se produit ou non. »
« Si le vote est approuvé par les motoristes et par le Conseil Mondial, alors les moteurs qui tourneront à partir du mois d’août devront être conformes à ce paramètre. »
« Si quelqu’un est au-delà de ce niveau à Melbourne, alors il devra faire des ajustements. Mais je ne veux pas faire de commentaires sur les solutions techniques des gens à Melbourne, mais je souligne aussi que je pense que cette affaire n’est vraiment pas aussi importante que les gens le prétendent. »
« Ils devraient faire quelques modifications, et nous approuvons les modifications, et il y a un processus pour les modifications nécessaires. Dans l’annexe qui définit l’homologation d’une unité de puissance, vous pouvez voir le règlement, il y a aussi un processus pour s’adapter aux amendements réglementaires, par exemple. »
« S’ils ont besoin de faire des modifications, alors évidemment nous ne les forcerions pas à ne pas les faire pour ensuite les disqualifier, si vous voyez ce que je veux dire, nous le permettrions. »
Un avantage potentiel pas si important que cela pour Mercedes F1 ?
Toujours en vue de calmer le jeu, Tombazis relativise également l’importance en performance qui serait donnée par la trouvaille de Mercedes F1… sans pour autant le chiffrer.
« Maintenant, comme je l’affirme, je ne pense pas que nous soyons près des niveaux de performance qui ont été avancés, et il n’y a certainement eu aucune triche ou quoi que ce soit de la sorte, ni aucune allégation d’illégalité. »
« C’est juste une question de savoir si c’était l’intention du règlement, et, comme les nouveaux règlements sont actuellement appliqués, il y aura ceci, mais il y aura d’autres petits sujets que nous devrons résoudre à l’avenir, et l’approche essaiera d’être impartiale. »
« Chaque fois que nous suivons quelque chose, je suis sûr qu’il y aura des gens mécontents que nous n’agissions pas assez vite, et il y aura des gens mécontents que nous ne laissions pas passer les choses, et une partie de notre travail consiste à essayer de garder cela de manière équilibrée. »
« Les gens ont généralement tendance à se souvenir quand quelque chose n’est pas exactement comme ils le souhaiteraient et à oublier quand quelque chose va dans leur sens, et cela crée donc un degré d’émotion élevé. »
Enfin même si des ajustements devaient être faits, ils devraient rester mineurs pour Tombazis.
« Le niveau de différence du taux de compression, si vous faites les calculs, prenez le diamètre d’un cylindre, la course, et regardez de combien nous parlons, en termes de millimètres, ce sont des nombres extrêmement petits. »
« Il est très facile d’ajuster un moteur d’un réglage à un réglage légèrement différent. Nous ne jetons pas tout à la poubelle. »
Le debriefing du GP de Chine F1 2026
Le debriefing du Grand Prix de Chine de ce week-end aura lieu lundi 16 mars à 20h30.
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