Retour des V8 : la FIA dévoile son projet qui pourrait révolutionner la F1

Un moteur atmosphérique, le retour des ravitaillements,...

Retour des V8 : la FIA dévoile son projet qui pourrait révolutionner la F1
Auteur : Franck Drui
6 juillet 2026 - 18:09

Le retour des moteurs V8 en Formule 1 semble désormais n’être qu’une question de temps. Derrière cette révolution technique attendue pour 2031, la FIA travaille sur un projet bien plus vaste, qui pourrait bouleverser les rapports de force entre les équipes, réduire les coûts et même réintroduire les ravitaillements en course. Le projet a été rendu public ce soir.

Le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, ne cache plus ses intentions : les actuels V6 turbo hybrides sont appelés à disparaître. Jugés trop complexes, trop coûteux et insuffisamment séduisants, ils devraient céder leur place à une nouvelle génération de groupes propulseurs à partir de la réglementation de 2031.

Mais si la direction est désormais clairement tracée, de nombreuses questions restent encore à trancher. Lors d’un entretien accordé à plusieurs médias, Ben Sulayem a dévoilé plusieurs pistes de réflexion susceptibles de transformer en profondeur le visage de la Formule 1.

L’une des idées les plus marquantes étudiées par la FIA consiste à créer un moteur V8 indépendant, sélectionné par l’instance dirigeante et proposé aux écuries clientes à un coût maîtrisé. Un constructeur comme Cosworth pourrait ainsi fournir un moteur "clé en main" accessible à toutes les équipes qui le souhaitent.

L’objectif est clair : mettre fin à l’influence que peuvent exercer aujourd’hui les constructeurs sur leurs équipes clientes.

"Il n’y aura plus de contrôle d’une équipe A sur une équipe B qu’elle fournit en moteurs," affirme Ben Sulayem.

"Si c’est financièrement abordable, alors nous aurons un moteur unique pour le reste des équipes B, afin que personne ne puisse exercer de pression sur elles en leur disant : ’Votez de cette façon, sinon vous n’aurez pas un bon moteur’."

Le président de la FIA estime que cette solution renforcerait considérablement les équipes indépendantes.

"Ce sera un moteur sélectionné par la FIA et autorisé pour les équipes," poursuit-il.

"Ainsi, nous contrôlerons la neutralité, la puissance et les coûts. Nous ne pouvons pas simplement laisser faire et dire : ’Allez voir X, Y ou Z’. Les prix peuvent varier, mais la FIA restera toujours l’arbitre."

Ben Sulayem estime également qu’un moteur beaucoup moins coûteux pourrait convaincre certaines grandes équipes de développer elles-mêmes leur propre groupe propulseur.

"McLaren nous a dit qu’ils le feraient. Ensuite, vous avez Alpine, qui ferait également son propre moteur," explique-t-il.

"Cela fait déjà deux équipes qui disent : ’Très bien, merci’. Ensuite, vous pourriez avoir de nouveaux motoristes, peut-être même davantage qu’aujourd’hui. Et c’est une bonne chose."

Le dirigeant n’a toutefois pas précisé comment cette idée pourrait s’appliquer aux structures très liées, comme Red Bull et Racing Bulls, tout en laissant entendre que la définition même d’une équipe B pourrait évoluer.

"Nous discutons actuellement de ce qu’est une deuxième équipe et de ce qu’est une autre équipe. Tout dépend de la structure de propriété."

Le patron de McLaren, Zak Brown, a déjà indiqué à plusieurs reprises cette saison que son équipe étudierait sérieusement la possibilité de produire son propre moteur si le projet devenait économiquement viable.

En revanche, du côté de Renault, le discours est bien différent de celui du président de la FIA. Depuis la fermeture de son programme moteur fin 2025 et le passage d’Alpine aux unités de puissance Mercedes, un retour ne semble pas d’actualité.

"Je soutiens l’orientation vers le V8, mais ce n’est pas parce que cela représenterait une opportunité pour Renault de redevenir motoriste. Ce n’est pas notre stratégie," a ainsi déclaré le directeur général de Renault, François Provost.

"Participer au Championnat du monde d’endurance équivaut au coût d’un nouveau modèle. Je préfère faire un véhicule de plus, j’assume (de quitter le WEC). J’ai à l’inverse décidé que nous resterions en F1 parce que c’est le premier événement sportif mondial, avec un milliard de followers, et nous nous donnons les moyens de remonter la pente. Il y a un seul drapeau français sur la ligne de départ, on va le garder."

Pour Mohammed Ben Sulayem, le retour des V8 représente une évidence.

"C’est la bonne décision," affirme-t-il.

Selon lui, la Formule 1 doit impérativement réduire les coûts afin de rendre son modèle économique plus durable tout en proposant des moteurs plus simples.

À propos des actuels V6 turbo hybrides, il est catégorique : "C’est un moteur extrêmement complexe, très coûteux, et il n’a pas la sonorité que tout le monde souhaiterait entendre."

Le président de la FIA estime qu’une architecture V8 plus simple permettrait de réduire les budgets de recherche et développement d’environ 50 %. Elle offrirait également un autre avantage majeur : alléger considérablement les monoplaces grâce à la disparition des lourdes batteries et des systèmes de récupération d’énergie actuels.

"Notre objectif est de retirer 100 kg à la voiture," explique-t-il.

Une évolution qui aurait également un impact positif sur la sécurité.

"Ce n’est pas le business de la Formule 1 qui est le plus important, ce sont les vies des pilotes."

Si les V8 reviendront, ils ne seront toutefois pas totalement dépourvus d’électrification.

Ben Sulayem confirme qu’un système hybride restera présent, mais dans des proportions bien inférieures à celles d’aujourd’hui.

La répartition actuelle entre moteur thermique et puissance électrique est déjà appelée à évoluer dès 2028, mais le changement serait encore plus radical à partir de 2031.

"Cela pourrait représenter 10 %, peut-être 15 %," indique-t-il.

"Mais nous ne reviendrons certainement pas aux 46 % environ d’électrification que nous avons aujourd’hui."

L’objectif est notamment d’éviter les situations où les pilotes doivent lever le pied en pleine ligne droite pour économiser leur énergie.

"Nous ne voulons plus revivre ce que nous connaissons actuellement, où certains pilotes perdent de la vitesse dans les lignes droites. Ce n’est pas ce que nous voulons. Nous avons retenu la leçon."

Autre point de débat : faut-il conserver un turbo ?

Audi a récemment expliqué qu’un moteur turbo constituait un élément indispensable pour son engagement en Formule 1.

Mais Ben Sulayem semble privilégier une autre voie.

"Un turbo signifie beaucoup de poids et beaucoup d’argent," souligne-t-il.

"Et ensuite, vous ajoutez une batterie, qui est également lourde. Et qu’apporte un turbo ? Il supprime le son."

"Aujourd’hui, je pense qu’il faudrait choisir entre un turbo ou une batterie. L’un des deux. Et c’est à la FIA de montrer la direction. Si nous continuons à tourner en rond, nous ne prendrons jamais de décision."

Le retour des ravitaillements à l’étude

Le possible retour des V8 soulève également une autre question : celle des ravitaillements en course.

Un moteur atmosphérique consommerait davantage de carburant que les actuels V6 turbo hybrides. Dès lors, si la FIA souhaite réellement alléger les monoplaces d’environ 100 kg, embarquer davantage d’essence au départ risquerait de réduire une grande partie du bénéfice recherché.

Conscient de ce dilemme, Ben Sulayem confirme qu’une étude est actuellement menée par la FIA.

"Nous étudions actuellement la quantité de carburant avec laquelle les voitures prendraient le départ et celle qui pourrait être ajoutée pendant la course," révèle-t-il.

"Évidemment, si vous voulez parcourir toute la distance sans vous arrêter, il faut un réservoir plus grand. Sinon, il faut ravitailler. C’est précisément ce que nous sommes en train d’étudier."

Les analyses portent notamment sur l’impact sportif des ravitaillements, leur coût, estimé à environ 4 millions de dollars par équipe et par saison pour le matériel et la logistique, ainsi que sur les questions de sécurité.

Sur ce dernier point, Ben Sulayem se veut rassurant.

"Ce n’est pas une inquiétude si les choses sont faites correctement. Nous étudions cette possibilité et aucune décision n’a encore été prise."


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