McNish détaille ’l’éthique’ de son approche auprès des jeunes pilotes d’Audi F1

Un programme qui veut les former mais aussi les protéger

McNish détaille ’l’éthique’ de son approche auprès des jeunes pilotes d’Audi F1
15 août 2026 - 16:21

Audi F1 a lancé cette année son programme de formation de jeunes pilotes, afin de mener des jeunes talents vers la Formule 1, où la marque s’est engagée. Dirigé par Allan McNish, qui est aussi team principal de l’équipe, ce programme constitue un élément essentiel pour préparer l’avenir de l’écurie, tout en aidant de jeunes pilotes sélectionnés dans leur parcours en sport automobile.

Actuellement, deux espoirs y sont engagés, Freddie Slater (photo en haut), qui évolue en Formule 3, et Emma Felbermayr, engagée en F1 Academy. L’ancienne pilote de F1 Academy, Carrie Schreiner, y officie quant à elle en tant que mentor pour les recrues. Et McNish confirme qu’il était inévitable de lancer cela.

"Lorsque nous examinions la Formule 1 et les concepts généraux de planification, il est apparu très clairement qu’un élément clé, et un élément clé que je connais très bien, était le pilote" explique l’Ecossais (en photo en bas) au site officiel de la F1. "Le pilote n’est pas seulement quelqu’un qui roule vite, c’est aussi une sorte de leader au sein de l’équipe."

"Ce sont eux qui peuvent insuffler une dynamique positive dans l’environnement, même si parfois cela peut être l’inverse, mais il était tout à fait clair que nous devions être en mesure, si nous voulions être sérieux et nous battre au plus haut niveau, d’avoir les bons pilotes intégrés à notre programme."

"L’autre chose, c’est que j’ai eu de très bonnes expériences au cours de ma carrière chez Audi en bénéficiant d’un bon environnement pour les pilotes, dans notre façon de travailler ensemble et dans notre façon de comprendre comment tirer le meilleur de nous-mêmes et de l’équipe."

"J’ai donc réfléchi très tôt, dès 2023 en réalité, à la manière dont nous pourrions mettre en place un programme pour pilotes, à ce à quoi il ressemblerait, à son positionnement général et à son éthique. Tout cela a été consigné sous forme de plan, puis au cours de l’année 2024, et surtout 2025, nous avons commencé à exécuter ce plan précis pour être prêts pour 2026."

L’objectif d’Audi est clair, notamment pour Slater, mais McNish admet que le projet est complexe : "Je dirais que c’est un organisme vivant. Ce n’est pas quelque chose qu’on met en place et qui fonctionne simplement tout seul. Il doit évidemment évoluer."

"De plus, à mesure que les pilotes évoluent, ce sont des individus très différents, sans aucun doute. À cet égard, je pense que c’est dynamique et j’aime assez ce dynamisme, pour être honnête avec vous."

Bien qu’il ait été officiellement lancé au début de cette année, le programme jeunes pilotes d’Audi a déjà évolué pour apporter un meilleur soutien à ses recrues. Slater confirme l’avoir ressenti au fil de la saison.

"Évidemment, ils nous apportent beaucoup d’expériences et de choses en coulisses, de la formation aux médias et des choses comme ça, et nous évaluons après chaque week-end de course comment cela s’est passé avec le personnel d’Audi et avec Allan également" explique le jeune pilote.

"Allan a énormément d’expérience, nous pouvons donc avoir de très bonnes discussions avec lui sur le déroulement du week-end, ce que nous pouvons améliorer, ce sur quoi nous pouvons aider, toutes ce genre de choses. C’est juste un mélange de différentes choses."

Felbermayr révèle quant à elle avoir déjà ressenti des progrès dus à cet encadrement : "Pour ma part, comme je le répète souvent, mon objectif est de devenir meilleure chaque jour et ils me donnent l’opportunité de le faire. Je pense que je le constate un peu partout."

"En particulier l’aide physique, qui m’est très utile. Nous recevons le soutien de médecins, nous faisons un scanner complet du corps en début d’année pour savoir où nous en sommes."

"Puis nous nous appuyons là-dessus au cours de la saison pour devenir plus fort chaque jour et aussi anticiper les catégories suivantes. Aujourd’hui, je suis vraiment contente de ma force physique pour cette catégorie, mais cela devient de plus en plus dur à mesure qu’on progresse, donc c’est quelque chose qui m’a beaucoup aidée."

Du point de vue de McNish, il est également vital que les pilotes évoluent dans un environnement où ils ont le droit de commettre des erreurs, afin de ne pas être mis sous pression pendant qu’ils apprennent leur métier.

"Je me rappelle quand j’avais 17 ans et où j’en étais dans mon développement humain. C’était très différent de là où j’en étais à 21 ou 22 ans, et je le constate avec Gabi [Bortoleto]. Gabi figurait en fait sur ma liste initiale pour le programme. Gabi et Freddie étaient sur cette liste de départ, et il venait tout juste de débuter en F3."

"Il y avait six pilotes que j’observais en quelque sorte, et deux d’entre eux sont avec nous aujourd’hui, donc c’est très sympa en réalité. Mais Gabi a énormément évolué au cours des 24 derniers mois où je l’ai côtoyé, et il est déjà allé en Formule 1."

"De ce point de vue, cette évolution existe et on ne peut jamais mettre une tête d’adulte sur des épaules de jeune, mais on peut définitivement les accompagner pour essayer de leur faire faire les bonnes erreurs, car ils feront des erreurs."

"Tout le monde fait des erreurs, j’en fais encore. Nico [Hülkenberg] fait des erreurs, Gabi fait des erreurs. L’important est de savoir comment on les gère. C’est comme une très, très longue université en quelque sorte."

Ce n’est un secret pour personne que le sport automobile, et le chemin menant à la F1, est exigeant. Bien que cela pousse à l’excellence, McNish reconnait que c’est aussi un danger pour les jeunes recrues.

"C’est un équilibre très difficile car il est très individuel. Je pense que je me suis trompé personnellement par moments lors de ma carrière en catégorie junior, et c’était avant qu’il n’y ait la moindre discussion sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée ou sur la santé mentale, il n’y avait rien de tout cela."

"C’était une époque très différente. Mais c’est exact, il faut l’introduire à différents moments. Par exemple, avec Emma l’année dernière, et il était très clair que nous l’avions signée pour la F1 Academy 2025 en préparation de 2026, c’était une stratégie limpide."

"Avec Emma, l’année dernière, nous n’avons vraiment pas fait grand-chose sur nos réseaux sociaux la concernant. En fait, nous l’avons proactivement réduite au début. Il s’agissait de s’assurer de la mettre en avant au bon moment, lorsqu’elle serait prête à l’assumer parce qu’il s’agit d’un coup de projecteur important, plutôt que de la surcharger dès le premier jour."

"C’est une question de gestion par étapes, et c’est la même chose avec Freddie. Freddie arrive dans ce paddock maintenant, mais il est sous contrat avec nous depuis un bon moment déjà."

"À cet égard, nous ne l’intégrons qu’au moment opportun, parce qu’au bout du compte, ce que nous voulons, c’est qu’ils soient capables de prendre en charge les rôles plus larges d’un pilote de course dans les étapes supérieures lorsqu’ils peuvent le faire, et pas nécessairement du jour au lendemain."

McNish est un élément clé de la formation des jeunes recrues, et ces dernières confirment que c’est un point crucial du soutien qu’ils reçoivent, comme le dit notamment Slater.

"Allan a été la première personne à qui j’ai parlé [chez Audi] et il a aussi toujours été un peu comme un second père à certains égards. Il m’aide à comprendre le fonctionnement du sport automobile et la façon dont il faut réfléchir, parce qu’il est passé par tout ça."

"Avoir quelqu’un comme Allan avec qui discuter de la course, après un week-end ou peu importe où, est vraiment précieux à écouter pour moi. C’est quelqu’un qui a en quelque sorte tout accompli et fait un travail extraordinaire, il possède donc énormément de connaissances et c’est très important de l’écouter."

Un avis que partage Felbermayr au sujet du mentor écossais : "C’est très facile de parler avec lui. Avoir une relation et aussi s’amuser, c’est vraiment facile avec lui et ça fait aussi partie du jeu. Sans s’amuser sur la piste, dans la voiture… le plaisir fait partie du métier de pilote selon moi. Si tu ne t’amuses pas, alors ça ne va pas ou si tu perds la joie dans ce que tu fais."

Parfois vu comme un second père par Slater, McNish admet qu’il est étonné de lire ça, et il assure que les parents des deux pilotes sont bien présents et ont été les raisons de leurs bases solides. Mais ces bases doivent aussi être entretenues avec une approche qui prend soin des jeunes talents.

"Son premier père va très bien, je peux vous le dire !" dit McNish au sujet de Slater. "Les pères de Freddie et d’Emma ont tous deux un peu de sang de course en eux, tout comme l’ensemble des familles, Mmes Felbermayr et Slater également."

"Ils soutiennent leurs enfants. Je me rappelle ma mère et mon père me conduisant sur toutes les routes. DC [David Coulthard] et moi venions de la même région et nos parents nous conduisaient pendant sept heures aller-retour pour aller à ce sacré circuit de Clay Pigeon [Raceway] ou à Rye House [Kart Raceway] par un jour de décembre glacial."

"Nous étions ensuite dans le bus le lundi matin à essayer de faire nos devoirs, si tant est qu’on se souciait de faire ses devoirs. Quand on voit ce genre d’engagement, et il y a un engagement énorme de la part des parents, oui, il y a un élément dans nos objectifs qui est lié à la performance, mais nous avons aussi une petite obligation morale."

"Personnellement, et je pense que c’est une chose que j’aime, c’est que chaque personne impliquée dans le projet le vit et le respire plus que s’il s’agissait simplement d’un travail. Nous sommes réellement impliqués et nous veillons sur cela comme s’il s’agissait d’un œuf très fragile. En réalité, c’est ce que nous sommes."

"Nous faisons évoluer cela et ces pilotes sont des personnes à un stade précoce de leur vie. Pour nous, c’est quelque chose que je prends très à cœur, au point que je suis présent pour chaque séance de F3. Je regarde le week-end, ou d’autres courses qui ont lieu pour des pilotes que nous observons peut-être pour l’avenir."

"Mon jour de repos n’est pas vraiment un jour de repos parce que je suis totalement investi là-dedans, et je pense que nous sommes tous dans le même bateau. C’est quelque chose dont je suis assez fier en fait, de voir que nous avons ce désir."

"Je me souviens m’être fait claquer des portes au nez sans vraiment savoir pourquoi et en me disant ’je suis un bon pilote’. Il y a un moment où je pense que notre industrie n’a peut-être pas toujours fait les choses aussi bien que d’autres sports, mais en même temps, nous sommes une industrie axée sur la performance, et je pense que chaque pilote comprend que c’est l’élément clé."


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