Dix semaines pour préparer Sepang sans données : le pari express de la F1
La Malaisie retrouve le sport neuf ans après son dernier Grand Prix
Neuf ans après sa dernière apparition au calendrier, Sepang s’apprête à retrouver la Formule 1 dans des circonstances aussi particulières qu’exigeantes. Le Grand Prix de Bahreïn, qui n’avait pas pu être organisé en avril, se disputera finalement en Malaisie, sur un circuit que les monoplaces actuelles n’ont jamais affronté. Entre données vieilles de neuf ans, choix de pneumatiques effectué dans l’urgence, chaleur, humidité et menace d’orages, équipes comme Pirelli avancent avec de nombreuses inconnues.
Le retour de la F1 à Sepang a été organisé dans un délai particulièrement court. Seulement dix semaines séparent l’annonce officielle, intervenue le 26 juillet, du Grand Prix prévu le 4 octobre.
Une contrainte importante pour les équipes, mais également pour Pirelli, qui doit déterminer suffisamment tôt les trois mélanges qui seront mis à disposition pendant le week-end. Habituellement, le manufacturier italien s’appuie sur un ensemble de données récentes concernant notamment la dégradation des pneumatiques et le niveau d’adhérence offert par l’asphalte.
Cette fois, une grande partie de ces informations n’existe tout simplement pas. La Formule 1 n’a plus couru à Sepang depuis 2017 et les monoplaces comme les pneumatiques ont considérablement évolué depuis.
Pirelli dispose toutefois d’une longue expérience du circuit malaisien, ce qui a conduit son responsable du sport automobile, Dario Marrafuschi, à privilégier les informations recueillies lors de la dernière édition.
À ses yeux, les voitures et pneumatiques de 2017 constituent la référence historique la plus pertinente pour essayer d’anticiper les contraintes auxquelles seront confrontées les monoplaces 2026.
"Depuis 2011, je pense que nous y sommes allés chaque année, donc nous disposons d’un bon historique."
"2017 était la première année avec des pneus plus larges par rapport à la génération précédente et, en matière d’équilibre entre la taille des pneumatiques et les caractéristiques des voitures, cela se rapprochait raisonnablement de ce que nous avons aujourd’hui."
"Pour répondre à votre question, je baserais nos décisions sur les résultats de 2017 et je ferais un choix cohérent avec ce que nous avions fait cette année-là, plutôt qu’avec 2016, 2015 ou 2014."
Pirelli a finalement sélectionné les C2, C3 et C4, respectivement désignés comme pneus durs, mediums et tendres pour le week-end malaisien.
Il s’agit d’une sélection légèrement plus agressive que le trio de mélanges plus durs qui aurait constitué l’option conservatrice compte tenu des caractéristiques de Sepang. L’objectif est d’élargir les possibilités stratégiques et, surtout, de réduire l’écart de performance entre les stratégies à un et deux arrêts.
Dans le cas d’un nouveau circuit ou d’un tracé effectuant son retour au calendrier, Pirelli peut envoyer du personnel sur place afin d’effectuer différentes mesures avant le Grand Prix. Ces relevés permettent notamment de caractériser précisément l’asphalte et fournissent une base supplémentaire pour déterminer les trois mélanges qui seront utilisés.
Mais le délai de dix semaines entre l’annonce du retour de Sepang et la course n’a pas permis de suivre cette procédure habituelle. La production et la préparation des pneumatiques devaient être lancées suffisamment rapidement pour respecter les contraintes logistiques.
"Nous n’avons pas eu suffisamment de temps pour envoyer des personnes sur place afin d’effectuer les mesures, parce que nous devions préparer le matériel aussi rapidement que possible. Je ne pense pas que nous aurions pu envoyer quelqu’un examiner l’asphalte avant, du moins en faire une visite qui aurait pu changer les préparatifs. Les temps étaient trop courts."
Le choix des C2, C3 et C4 comporte donc une part d’incertitude inhabituelle. Pirelli doit en grande partie s’appuyer sur des données vieilles de neuf ans pour anticiper le comportement des pneumatiques sur des Formule 1 qui n’ont jamais roulé à Sepang.
Situé à quelques kilomètres de Kuala Lumpur, le circuit international de Sepang mesure 5,543 km. Son tracé combine de longues lignes droites et plusieurs virages rapides, particulièrement concentrés dans le deuxième secteur. Les contraintes énergétiques imposées aux pneumatiques sont considérées comme intermédiaires, dans une catégorie comparable à celles rencontrées à Spa-Francorchamps ou Shanghai.
La température de l’air et surtout celle de la piste joueront cependant un rôle essentiel. La dégradation thermique devrait constituer l’une des principales variables du week-end, les équipes devant notamment trouver le bon compromis pour maîtriser les températures sur les deux essieux.
L’asphalte de Sepang est également relativement abrasif. Son niveau de rugosité est comparable à celui rencontré à Bahreïn, même si le circuit malaisien conserve des caractéristiques qui lui sont propres. L’adhérence pourrait être assez faible lors des premiers tours du vendredi avant d’augmenter progressivement à mesure que la piste se gommera.
Le circuit n’est pas resté totalement inchangé depuis la dernière visite de la Formule 1. En 2023, la portion comprise entre les virages 6 et 12 a été resurfacée. D’autres travaux ont également été effectués autour du virage 9.
Les ingénieurs de Pirelli ont néanmoins estimé, sur la base d’une évaluation réalisée quelques semaines avant le Grand Prix, que les caractéristiques générales du revêtement demeuraient très proches de celles observées en 2017.
Plus récemment, à partir du début du mois de septembre, de nouveaux travaux de nivellement ont été réalisés afin d’éliminer certaines irrégularités de l’asphalte. Des opérations de nettoyage ont également été menées pour améliorer l’état de la piste avant le retour de la F1.
Ces interventions constituent malgré tout une variable supplémentaire pour les équipes lorsqu’elles tenteront d’établir leurs réglages de départ.
Des données quasiment inexistantes pour les F1 actuelles
Le manque de références ne concerne pas uniquement Pirelli. Même si Sepang est un circuit historique de la Formule 1, aucune équipe ne dispose de données réellement pertinentes concernant le comportement de la génération actuelle de monoplaces sur ce tracé.
Les voitures 2026 n’y ont évidemment jamais couru. Mais même la précédente génération de F1 à effet de sol n’a jamais disputé de Grand Prix en Malaisie. Les équipes peuvent reproduire le circuit dans leurs simulateurs et commencer à travailler sur différents réglages, mais il demeure d’importantes zones d’incertitude.
Elles ne peuvent notamment pas confronter leurs simulations à des données réelles récentes afin de vérifier que les modèles concernant les pneumatiques correspondent effectivement au comportement attendu sur la piste.
Dans ce contexte, les séances d’essais libres du vendredi prendront une importance supérieure à la normale. Pour les pilotes, il faudra rapidement apprendre ou redécouvrir Sepang. La moitié des pilotes ne connait le tracé qu’à travers le simulateur.
Pour les ingénieurs, l’objectif sera de déterminer rapidement le bon équilibre de la monoplace tout en évaluant le comportement réel des C2, C3 et C4. Chaque relais permettra donc d’accumuler des informations particulièrement précieuses avant les qualifications et la course.
La météo, autre grande inconnue de Sepang
Mais tout cela est encore trop simple : comme souvent en Malaisie, les défis techniques pourraient être compliqués par des conditions météorologiques très changeantes. Et de nombreuses averses sont prévues ce week-end ! Les orages de l’après-midi sont fréquents dans la région au début du mois d’octobre et pourraient affecter n’importe laquelle des séances du week-end.
La chaleur intense, le taux d’humidité particulièrement élevé et les averses soudaines ont toujours fait partie des caractéristiques du Grand Prix de Malaisie lorsqu’il constituait encore un rendez-vous permanent du calendrier.
Ces conditions pourraient compliquer encore davantage la compréhension des pneumatiques. Si les essais libres sont perturbés par la pluie, les équipes risquent de perdre une partie du temps dont elles disposent pour évaluer les différents mélanges sur piste sèche et préparer leur stratégie de course.
Neuf ans après son dernier Grand Prix, Sepang revient ainsi au calendrier avec un défi inhabituel pour toute la grille !
Comment suivre au mieux l’actualité de notre site ?
Vous appréciez nos actus ? Alors sélectionnez Nextgen-Auto.com comme source privilégiée sur Google, pour voir davantage de news F1 de ce site dans vos résultats d’actualités. Vous ne manquerez plus aucune information et serez parmi les premiers à lire nos interviews et analyses.
S’abonner est simple : il vous suffit de cliquer sur ce lien et de cocher les sources Nextgen-Auto.com.
Vous pouvez aussi vous abonner à notre chaîne WhatsApp Nextgen-Auto.com pour recevoir en temps réel les "breaking news" et quelques informations exclusives avant leur publication !
Nous suivre sur notre Profil Google afin que nos news vous soient présentées en priorité dans votre fil d’informations sur votre smartphone ! Il suffit de cliquer sur "Suivre sur Google".
Pirelli
- Dix semaines pour préparer Sepang sans données : le pari express de la F1
- La F1 s’attaque aux courses à un arrêt avec de nouveaux pneus en 2027
- Pirelli apprécie d’avoir permis aux pilotes ’d’attaquer du début à la fin’ à Bakou
- Pirelli F1 termine son test pour 2027 à Imola avec Racing Bulls et Ferrari
- Hamilton et Leclerc prennent de l’avance en roulant à Imola avec Pirelli F1