Aucun point de pénalité pour avoir éliminé deux voitures : la F1 est-elle allée trop loin ?

La bourde de Colapinto expose les failles du système revu pour la saison

Aucun point de pénalité pour avoir éliminé deux voitures : la F1 est-elle allée trop loin ?
Auteur : Franck Drui
29 septembre 2026 - 10:48

La sanction infligée à Franco Colapinto après son accident au Grand Prix d’Azerbaïdjan remet en lumière les failles du système de points de pénalité utilisé en Formule 1. L’Argentin a provoqué l’abandon de deux autres pilotes mais n’a reçu aucun point sur sa Super Licence, alors même que ce mécanisme avait précisément été imaginé pour identifier et sanctionner les récidivistes. Après plusieurs années durant lesquelles des infractions relativement mineures pouvaient rapprocher un pilote d’une suspension, la F1 semble désormais être allée dans la direction opposée.

L’incident s’est produit lors du Grand Prix d’Azerbaïdjan lorsque Colapinto a perdu le contrôle de son Alpine avant de percuter son équipier Pierre Gasly. Sous l’effet du choc, la monoplace du Français est à son tour entrée en collision avec la McLaren de Lando Norris, provoquant finalement l’abandon des trois pilotes.

Les commissaires ont considéré Colapinto responsable de l’accrochage et lui ont infligé une pénalité de dix secondes. Mais l’Argentin ayant déjà abandonné, cette sanction ne pouvait plus être appliquée au résultat de la course. Elle a donc été convertie en un recul de cinq places sur la grille de départ du prochain Grand Prix en Malaisie.

Une sanction bien moins importante que celle réclamée par Norris immédiatement après son abandon. Le champion du monde estimait qu’un pilote provoquant un accident de cette nature devait être suspendu pour une course. Cette proposition n’a toutefois pas suscité une adhésion générale parmi les autres pilotes, qui considèrent majoritairement qu’une suspension serait disproportionnée pour une erreur isolée.

George Russell a notamment résumé cette position en estimant qu’il s’agissait d’une petite erreur qui a eu de grosses conséquences et qu’une suspension aurait donc été trop sévère. Norris s’est depuis excusé auprès de l’Argentin pour avoir demandé une telle sanction sous le coup de l’énervement samedi dernier.

À l’inverse, un simple recul de cinq places sur la grille peut sembler particulièrement clément au regard des conséquences de l’erreur de Colapinto, puisque celle-ci a directement entraîné l’abandon de deux adversaires.

Mais la question la plus significative ne concerne peut-être même pas la sanction sportive elle-même. La décision des commissaires présente en effet une particularité notable : aucun point de pénalité n’a été ajouté à la Super Licence de Colapinto.

C’est précisément sur cet aspect que l’incident de Bakou met en évidence les limites du système actuellement utilisé en Formule 1. Les points de pénalité avaient été introduits afin de sanctionner les pilotes accumulant les infractions. Lorsqu’un pilote atteint un total de 12 points sur la période réglementaire prévue (un an glissant), il est automatiquement suspendu pour un Grand Prix.

Kevin Magnussen a été le premier et le seul pilote en F1 à atteindre ce seuil, ce qui lui avait valu de manquer le Grand Prix d’Azerbaïdjan 2024. D’autres pilotes ont également flirté avec cette limite au cours des dernières saisons. Oliver Bearman, Max Verstappen et Pierre Gasly se sont ainsi retrouvés, à différents moments, à seulement un ou deux points d’une suspension automatique.

Cette situation avait provoqué un consensus assez large parmi les pilotes : le système ne fonctionnait plus correctement. Aucun de ces pilotes n’était alors considéré comme méritant réellement une suspension, alors que des points avaient parfois été distribués pour des infractions relativement mineures.

La réponse apportée depuis semble toutefois avoir provoqué le problème inverse.

Aucun point distribué pour un accrochage en 2026

Après 15 manches disputées cette saison, aucun pilote n’a encore reçu le moindre point de pénalité pour avoir provoqué une collision. Les seuls points attribués en 2026 l’ont été pour des infractions liées aux drapeaux jaunes ou à la voiture de sécurité.

Il n’est évidemment pas question de considérer que Colapinto a volontairement provoqué l’accident de Bakou. Rien ne permet d’établir une quelconque intention de sa part. Mais compte tenu de la nature de l’incident et de ses conséquences, il est plus difficile de comprendre pourquoi son erreur n’a pas été considérée comme suffisamment imprudente ou dangereuse pour justifier l’attribution de points de pénalité.

Cette décision pose également une question concernant les prochains incidents comparables. Si Colapinto commettait exactement la même erreur lors du prochain Grand Prix à Sepang, recevrait-il simplement un nouveau recul sur la grille ? Ou cette répétition suffirait-elle cette fois à justifier l’attribution de points de pénalité ?

Le précédent établi à Bakou suggère en tout cas que le seuil permettant d’en recevoir pour un accrochage est désormais extrêmement élevé. Un pilote peut bloquer ses roues, provoquer un accident impliquant deux autres voitures et mettre fin à leur course sans recevoir autre chose qu’une sanction sportive telle qu’un recul sur la grille, et sans que son compteur de points de pénalité soit affecté.

À quoi servent encore les points de pénalité ?

Les commissaires disposent d’un éventail particulièrement large de sanctions pendant un Grand Prix. Les points de pénalité ne constituent d’ailleurs pas la seule manière de suspendre un pilote. Les commissaires peuvent directement décider qu’un concurrent sera exclu de la manche suivante si la gravité d’un incident le justifie.

Mais si la Formule 1 préfère désormais utiliser cette méthode pour les incidents les plus sérieux, l’utilité même du système de points de pénalité peut être remise en question. Abandonner progressivement ce mécanisme pour laisser au collège des commissaires présent lors d’un Grand Prix la responsabilité de décider d’une éventuelle suspension créerait également un autre problème.

L’identité des commissaires présents lors de chaque manche deviendrait encore plus déterminante. L’un des avantages du précédent fonctionnement des points de pénalité résidait justement dans son caractère cumulatif. Chaque collège jugeait l’incident qui lui était soumis et attribuait le nombre de points qu’il estimait approprié. Si un pilote atteignait ensuite le seuil de 12 unités, sa suspension devenait la conséquence d’une succession de décisions prises par différents collèges lors de plusieurs Grands Prix.

La responsabilité d’une suspension ne reposait donc pas exclusivement sur les commissaires présents lors de l’incident faisant finalement franchir le seuil.

Trouver un système parfaitement juste reste évidemment extrêmement compliqué. Sur le principe, celui des points de pénalité possède de véritables qualités. Il permet notamment de sanctionner progressivement un pilote qui enfreindrait à plusieurs reprises les règles de sécurité, par exemple en ne respectant pas les drapeaux jaunes.

Une accumulation de comportements de ce type peut ainsi mener à une suspension sans qu’un incident isolé soit nécessairement considéré comme suffisamment grave pour justifier à lui seul l’exclusion d’un Grand Prix.

Le problème actuel réside donc moins dans l’existence du système que dans la manière dont il est utilisé. La F1 avait auparavant créé une situation dans laquelle des pilotes pouvaient se retrouver dangereusement proches d’une suspension en accumulant des points pour des infractions relativement mineures.

La volonté de corriger ce problème était compréhensible. Mais l’absence totale, après 15 Grands Prix en 2026, de points de pénalité attribués pour avoir provoqué un accident donne désormais l’impression d’une correction excessive dans la direction opposée.

L’accident de Colapinto à Bakou en constitue un exemple particulièrement parlant : son erreur a éliminé deux autres pilotes, lui a valu une sanction sportive, mais ne laissera aucune trace sur son compteur de points de pénalité. Un angle mort important pour un système dont la raison d’être reste précisément d’identifier les pilotes accumulant les comportements sanctionnables.


Comment suivre au mieux l’actualité de notre site ?

Vous appréciez nos actus ? Alors sélectionnez Nextgen-Auto.com comme source privilégiée sur Google, pour voir davantage de news F1 de ce site dans vos résultats d’actualités. Vous ne manquerez plus aucune information et serez parmi les premiers à lire nos interviews et analyses.

S’abonner est simple : il vous suffit de cliquer sur ce lien et de cocher les sources Nextgen-Auto.com.

Vous pouvez aussi vous abonner à notre chaîne WhatsApp Nextgen-Auto.com pour recevoir en temps réel les "breaking news" et quelques informations exclusives avant leur publication !

Nous suivre sur notre Profil Google afin que nos news vous soient présentées en priorité dans votre fil d’informations sur votre smartphone ! Il suffit de cliquer sur "Suivre sur Google".


Partage

xpb_1439738_hires.jpg