Budkowski, de Prost GP à Cadillac : le parcours d’un homme qui connaît tous les rouages de la F1
Qui est Marcin Budkowski, le nouveau patron de l’équipe américaine ?
Marcin Budkowski va retrouver un rôle à temps plein dans le paddock de Formule 1, cette fois à la tête de Cadillac. À 49 ans, l’ingénieur polonais possède un parcours particulièrement atypique : passé par Prost, Ferrari et McLaren, il a ensuite travaillé au sein de la FIA avant de prendre des responsabilités de premier plan chez Renault puis Alpine. Une trajectoire qui lui a permis de découvrir presque toutes les facettes de la discipline.
La nomination de Budkowski au poste de directeur d’équipe de Cadillac F1, en remplacement de Graeme Lowdon, marque surtout le retour au premier plan d’un personnage que le paddock n’avait jamais vraiment perdu de vue. Depuis son départ d’Alpine début 2022, le Polonais continuait à fréquenter les Grands Prix dans un rôle d’analyste, mais il n’était plus engagé directement dans les opérations d’une écurie.
Son retour est donc loin d’être celui d’un inconnu. Au contraire, peu de dirigeants actuellement présents en Formule 1 peuvent se targuer d’avoir connu autant d’environnements différents que Budkowski.
Un ingénieur formé à l’aérodynamique
Né à Varsovie en 1977, Marcin Budkowski s’est d’abord orienté vers l’ingénierie aéronautique. Après avoir obtenu son diplôme de l’École polytechnique de Paris en 1999, il poursuit sa formation à l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (ISAE) ainsi qu’à l’Imperial College London, avec une spécialisation dans l’aéronautique et l’aérodynamique.
La Formule 1 devient rapidement son terrain d’expression.
En 2001, il rejoint Prost Grand Prix en tant qu’aérodynamicien. L’expérience sera toutefois de courte durée puisque l’écurie française disparaît à l’issue de cette saison. Budkowski rebondit alors chez Ferrari en 2002.
Ce passage à Maranello constitue la première grande étape de sa carrière. Il travaille d’abord dans le domaine de la dynamique des fluides numérique avant d’évoluer vers les activités liées à la soufflerie. Il y reste jusqu’en 2007, au cœur d’une période particulièrement faste pour la Scuderia.
Après avoir découvert l’environnement d’un des plus grands constructeurs de la discipline, Budkowski décide de relever un nouveau défi.
McLaren et le titre de Lewis Hamilton
En 2007, le Polonais rejoint McLaren. Il y occupe différentes fonctions dans le domaine de l’aérodynamique, à la fois au sein du centre technique de Woking et directement sur les circuits.
Cette période lui permet notamment de participer à une saison historique pour l’équipe britannique : celle qui voit Lewis Hamilton décrocher son premier titre mondial en 2008.
Budkowski poursuit ensuite sa progression au sein de l’organisation et devient responsable de l’aérodynamique de McLaren en 2012.
Son parcours semble alors tout tracé vers les plus hautes responsabilités techniques d’une écurie. Mais en 2014, il choisit une voie radicalement différente. Il quitte McLaren pour rejoindre la FIA.
Du côté des équipes à celui de la FIA
Ce changement est particulièrement intéressant dans la construction de son profil. Après avoir travaillé pendant plus d’une décennie pour des équipes, Budkowski passe désormais de l’autre côté de la barrière.
Il rejoint la FIA en 2014 et travaille successivement sur les questions techniques et sportives de la Formule 1. Il devient notamment coordinateur technique et sportif de la discipline, avant de prendre la tête du département technique de la F1 en 2017.
Cette expérience lui donne une vision que peu d’ingénieurs d’écurie peuvent acquérir : celle de l’ensemble du plateau et des contraintes réglementaires auxquelles toutes les équipes doivent se conformer.
Budkowski est également impliqué dans les questions de sécurité et joue un rôle important dans le processus ayant conduit à l’introduction du halo en Formule 1 en 2018.
Mais son passage à la FIA provoque également une importante controverse lorsqu’il est annoncé qu’il va rejoindre Renault.
Un transfert qui avait fait beaucoup parler
En 2017, Renault annonce en effet le recrutement de Budkowski comme directeur exécutif. Son départ de la FIA intervient alors qu’il possède une connaissance très récente et très approfondie des projets techniques développés par les différentes écuries.
Cette situation provoque l’inquiétude de plusieurs concurrents, certains estimant qu’un délai plus important aurait dû être imposé avant son arrivée chez Renault.
Le recrutement est néanmoins officialisé et Budkowski retrouve ainsi une équipe avec une ambition très claire : permettre à Renault de revenir progressivement au sommet de la Formule 1.
Il rejoint Enstone à un moment où Renault tente précisément de reconstruire son équipe autour d’une organisation plus ambitieuse.
Renault devient Alpine
Budkowski va ensuite accompagner la transformation de Renault F1 en Alpine.
À Enstone, il occupe une fonction exécutive et participe au fonctionnement quotidien de l’équipe, en travaillant avec les différents départements techniques, sportifs et administratifs. Il devient progressivement l’un des personnages centraux de la structure.
Lorsque Renault adopte officiellement l’identité Alpine en 2021, Budkowski fait partie d’une direction particulièrement inhabituelle, aux côtés de Laurent Rossi et Davide Brivio.
La saison 2021 constitue d’ailleurs un moment important dans cette aventure. À Budapest, Esteban Ocon remporte le Grand Prix de Hongrie et offre à Alpine sa première victoire en Formule 1. L’équipe termine également cinquième du championnat Constructeurs. Budkowski fait alors partie des hommes chargés de superviser cette organisation.
Mais l’expérience ne durera pas beaucoup plus longtemps. Début 2022, Alpine annonce le départ de Budkowski. Laurent Rossi reprend temporairement la gestion de l’équipe, alors qu’une nouvelle organisation doit être mise en place.
Cette séparation intervient au début d’une période particulièrement mouvementée pour l’écurie d’Enstone.
Dans les années qui suivent, Alpine connaîtra plusieurs changements à sa direction et dans son encadrement technique. Otmar Szafnauer, Bruno Famin puis Oliver Oakes se succéderont notamment au poste de directeur d’équipe, tandis que plusieurs responsables techniques et sportifs quitteront eux aussi l’organisation.
Budkowski, lui, ne retourne pas immédiatement dans une autre écurie.
Un nouveau regard sur la F1 depuis la télévision
Après son départ d’Alpine, le Polonais reste toutefois proche du championnat.
Il devient notamment analyste technique pour la télévision polonaise, ce qui lui permet de continuer à suivre les Grands Prix tout en observant la Formule 1 depuis l’extérieur. Cette période lui offre également une occasion supplémentaire de prendre du recul sur les méthodes de travail des écuries et sur l’évolution technique de la discipline.
Pendant plusieurs saisons, Budkowski devient ainsi un visage régulier du paddock sans appartenir officiellement à une équipe. Jusqu’à ce mercredi.
Cadillac, le plus grand défi de sa carrière
Son arrivée chez Cadillac constitue finalement une nouvelle étape logique dans un parcours qui l’a conduit de l’aérodynamique à la direction d’une écurie.
Il connaît désormais la Formule 1 sous pratiquement tous ses angles : ingénieur chez Prost, Ferrari et McLaren, responsable technique au sein de la FIA, dirigeant chez Renault-Alpine, puis observateur et analyste après son départ d’Enstone.
Mais Cadillac représente quelque chose de différent.
Pour la première fois, Budkowski prend directement la responsabilité d’une équipe engagée dans une phase de construction totalement nouvelle. Il ne s’agit plus de faire progresser une organisation historique comme Ferrari, McLaren ou Renault : il doit contribuer à structurer une équipe qui vient tout juste de faire ses débuts en Formule 1.
Son expérience chez Renault-Alpine pourrait toutefois s’avérer particulièrement précieuse. Il connaît les difficultés liées à la reconstruction d’une écurie, les contraintes du plafond budgétaire, les rapports entre les départements techniques et sportifs, mais également la nécessité de transformer une organisation en véritable structure de compétition.
Et son parcours au sein de la FIA lui offre une autre corde à son arc : une connaissance intime du cadre réglementaire dans lequel Cadillac doit désormais évoluer.
À Zandvoort, Budkowski retrouvera donc officiellement son environnement naturel après plusieurs années passées à l’extérieur des équipes. Il n’aura pas seulement pour mission de diriger deux voitures : il devra contribuer à faire passer Cadillac d’un nouveau venu sur la grille à une véritable écurie compétitive en Formule 1.
C’est précisément ce qui rend son retour particulièrement intéressant. Son parcours lui a permis de voir la F1 depuis presque toutes les positions possibles. Il lui reste désormais à démontrer qu’il peut utiliser cette expérience pour construire, depuis la tête d’une équipe, un projet capable de progresser durablement.
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