Bilan de mi-saison F1 2026 : Red Bull, l’empire de Verstappen, a perdu ce qui faisait sa force

Et si le vrai problème de l’équipe n’était pas la RB22 ?

Bilan de mi-saison F1 2026 : Red Bull, l’empire de Verstappen, a perdu ce qui faisait sa force
Auteur : Franck Drui
13 août 2026 - 12:15

Après avoir dominé la Formule 1 avec une efficacité presque inédite pendant l’ère de l’effet de sol, cédant toutefois sous les assauts de McLaren en 2024 et 2025, Red Bull a abordé la saison 2026 dans une situation bien différente. Les difficultés de la RB22, les départs successifs de plusieurs figures majeures et les changements de gouvernance ont progressivement fragilisé l’écurie, au point de faire émerger une question plus inquiétante que celle de la seule performance de sa monoplace : l’empire Red Bull est-il en train de perdre les ingrédients qui ont fait sa force ?

Le début de cette nouvelle génération réglementaire n’a rien d’encourageant pour Red Bull. L’écurie qui a remporté 21 des 22 Grands Prix en 2023 a depuis progressivement perdu du terrain, tandis que plusieurs de ses figures les plus importantes ont quitté Milton Keynes. Rob Marshall, Will Courtenay, Jonathan Wheatley, Adrian Newey, Christian Horner ou encore Helmut Marko figurent parmi les personnalités majeures ayant pris leurs distances avec l’équipe depuis 2023.

Laurent Mekies a hérité d’un chantier considérable et a jusqu’ici privilégié une reconstruction interne, en donnant davantage de responsabilités à des membres déjà présents plutôt qu’en bouleversant davantage l’organigramme. Une approche qui a permis de préserver une certaine continuité, mais qui ne masque pas les difficultés auxquelles Red Bull est confrontée.

Sur le papier, pourtant, les ingrédients semblaient réunis. Max Verstappen reste l’un des pilotes les plus redoutables du plateau, Isack Hadjar s’est rapidement affirmé à ses côtés et Red Bull dispose désormais de son propre moteur, développé avec Ford. Le moteur thermique de Red Bull Powertrains a même été considéré par la FIA comme le meilleur des cinq blocs thermiques engagés en Formule 1.

Mais cette réussite ne suffit pas à transformer l’ensemble du groupe propulseur en référence. Et surtout, Red Bull n’a pas obtenu de possibilité supplémentaire de développement de son moteur thermique via le dispositif ADUO, puisque la FIA estime que celui-ci est déjà le plus performant.

Le paradoxe est donc saisissant : malgré un excellent moteur thermique et un quadruple champion du monde dans ses rangs, Red Bull ne compte aucune pole position cette saison. Après 11 Grands Prix, Verstappen a signé quatre podiums, tandis qu’Hadjar s’est rapproché du podium à Monaco (il en a été exclu après l’appel gagné par Alpine F1). L’équipe pointe ainsi à la quatrième place du championnat constructeurs avec 177 points, soit moins de la moitié du total de Mercedes, créditée de 379 unités.

La RB22 cristallise les problèmes

Une partie des difficultés est évidemment liée à la RB22. La monoplace manque de constance et semble particulièrement sensible à son environnement, tandis que Verstappen multiplie les remarques concernant son équilibre et son comportement.

En Hongrie, malgré une deuxième place, le Néerlandais n’a pas caché son exaspération. "La voiture est complètement foutue," a-t-il lâché à la radio. Une sortie particulièrement révélatrice d’un week-end durant lequel il s’est encore plaint du comportement de sa monoplace.

Les problèmes ne se limitent d’ailleurs pas à un seul domaine. Verstappen a notamment évoqué les rétrogradages, son siège, le déploiement de l’énergie, le sous-virage, le survirage ou encore l’équilibre général de la RB22. Hadjar a lui aussi connu plusieurs épisodes de frustration à la radio, avec notamment un "quelque chose va exploser" à Monaco, avant de s’exclamer : "Oh mon Dieu, pourquoi faut-il que ce soit si difficile !"

Le plus préoccupant est toutefois que les évolutions apportées par Red Bull ne lui permettent plus de prendre une longueur d’avance sur ses rivales. Lorsque l’équipe introduit de nouvelles pièces, celles-ci semblent surtout lui permettre de rester au contact plutôt que de créer un véritable écart.

L’arrivée d’un diffuseur revu et d’un aileron arrière surnommé "Macarena" en est une illustration. Red Bull, autrefois référence absolue dont les concurrents cherchaient à s’inspirer, semble désormais davantage réagir aux tendances développées ailleurs.

C’est là que se situe peut-être le problème le plus profond : au-delà de la dégradation de la voiture, c’est une forme de dégradation de l’équipe qui commence à apparaître.

Red Bull a-t-elle perdu son identité ?

Il serait évidemment excessif de parler d’une équipe en pleine débâcle. Red Bull reste capable de produire une monoplace compétitive et sa nouvelle division moteur a réalisé un travail remarquable dans un domaine entièrement nouveau. Mais l’équipe apparaît aujourd’hui comme la moins performante du "Big Four", alors qu’elle en était encore récemment la référence absolue.

La comparaison avec Mercedes en 2022 est d’ailleurs particulièrement intéressante. Le changement de réglementation avait alors brutalement mis fin à la domination des Flèches d’Argent. Red Bull pourrait connaître une trajectoire similaire, même si rien ne permet encore d’affirmer qu’il s’agit d’autre chose qu’un passage à vide.

La différence est que Red Bull ne traverse pas seulement une difficulté technique. Depuis plusieurs années, son fonctionnement interne a profondément évolué.

Christian Horner avait décrit son équipe comme "une grande équipe de Formule 3000". Cette capacité à rester compacte malgré sa taille constituait l’une de ses principales forces : décisions rapides, développement réactif, production efficace et capacité à prendre des risques qui laissaient régulièrement les concurrents dans son sillage.

Horner bénéficiait également d’une autonomie considérable. Sous Dietrich Mateschitz, le patron de Red Bull Racing disposait d’une grande liberté pour diriger l’équipe, le fondateur de Red Bull privilégiant la définition des grandes orientations plutôt qu’une intervention permanente dans la gestion quotidienne.

La disparition de Mateschitz, en octobre 2022, a changé cet équilibre. Le groupe Red Bull a progressivement renforcé son contrôle sur une entité qui avait longtemps fonctionné de manière relativement autonome. La mise à l’écart de Horner s’inscrit dans cette évolution, même si un encadrement corporatif reste naturellement nécessaire sur les questions financières, juridiques ou liées à l’image de la marque.

Le problème pourrait venir d’un contrôle devenu trop présent dans les domaines où une équipe de Formule 1 a besoin de réactivité et d’autonomie.

Mekies face à un pouvoir différent de celui de Horner

Laurent Mekies n’est pas présenté comme incapable de diriger Red Bull. Au contraire, son travail depuis sa prise de fonction est jugé solide, notamment dans sa volonté de maintenir une culture sans recherche de coupable. Mais son pouvoir n’est pas comparable à celui dont disposait Horner. C’est une différence fondamentale.

Horner excellait également dans la politique du paddock, aussi bien publiquement qu’en coulisses. Red Bull bénéficiait alors d’une capacité à défendre agressivement ses intérêts et à anticiper les rapports de force. Cette dimension semble aujourd’hui moins présente.

L’épisode du dispositif ADUO est particulièrement révélateur. Red Bull n’a pas réussi à obtenir la possibilité de faire évoluer son moteur thermique, alors que ses concurrents ont bénéficié de davantage de marge dans ce domaine. Dans un environnement aussi politique que la Formule 1, l’équipe a donc été largement dépassée sur ce terrain.

Cela ne signifie pas nécessairement qu’il faudrait retrouver Christian Horner à la tête de Red Bull. L’enjeu est plutôt de retrouver une structure de gouvernance capable de donner à sa direction opérationnelle suffisamment de pouvoir pour agir rapidement.

McLaren offre d’ailleurs un modèle intéressant avec le tandem formé par Zak Brown et Andrea Stella, qui répartit clairement les responsabilités tout en conservant une forte autonomie opérationnelle.

Même les arrêts aux stands témoignent d’un recul

Les difficultés dépassent même le domaine de la conception de la RB22.

Red Bull a longtemps été considérée comme la référence absolue en matière d’arrêts aux stands. Or, l’équipe a également perdu du terrain dans ce secteur. Dans le championnat officieux des arrêts aux stands, elle n’occupe plus que la quatrième place derrière sa petite sœur, Racing Bulls. Plus révélateur encore : Racing Bulls compte trois des cinq arrêts les plus rapides de la saison, tandis que le meilleur arrêt de Red Bull ne figure qu’au huitième rang.

Pris isolément, aucun de ces éléments ne suffirait à parler de déclin. Pris ensemble, ils dessinent néanmoins une tendance difficile à ignorer : Red Bull ne semble plus maîtriser chaque détail comme elle le faisait durant ses années de domination.

Et maintenant, le cas Verstappen

Le problème le plus urgent pourrait toutefois se trouver dans le baquet de la RB22.

Max Verstappen n’a toujours pas officiellement confirmé qu’il poursuivrait avec Red Bull en 2027. Plusieurs sources ont fait état de discussions avec McLaren, tandis que le Néerlandais s’est montré particulièrement peu loquace lorsqu’il a été interrogé sur son avenir.

La différence avec l’année précédente est notable. À l’été 2025, Verstappen avait appelé à mettre fin aux spéculations, affirmant qu’il avait toujours été clair qu’il resterait chez Red Bull. Cette fois, aucun engagement similaire n’a été formulé.

Lorsqu’on lui demande s’il souhaite rester, sa réponse reste volontairement floue : "Je ne veux pas dire oui et non, ceci et cela concernant mon avenir. J’ai déjà dit à plusieurs reprises que s’il y avait quelque chose de nouveau, je le dirais moi-même."

Verstappen a ensuite qualifié Red Bull de "deuxième famille" et évoqué sa "loyauté", mais sans pour autant mettre fin aux rumeurs. Ses nombreuses frustrations exprimées à la radio continuent également d’alimenter les spéculations.

Laurent Mekies, lui, n’a pas cherché à maquiller la situation. Alors que la Formule 1 entrait dans sa pause estivale, le Français a reconnu : "Ne comptez pas sur moi pour dire que nous sommes satisfaits, parce que nous ne le sommes pas."

"Max, comme l’équipe, nous ne serons pas satisfaits tant que nous ne retrouverons pas une voiture de course qui ait le rythme nécessaire pour gagner au mérite. Pour garder Max, c’est la condition."

C’est probablement là que se trouve aujourd’hui le véritable défi de Red Bull. Il ne suffit plus de retrouver quelques dixièmes. Il faut démontrer que l’équipe conserve la capacité de redevenir une référence technique, opérationnelle et politique.

Car si Verstappen doit décider de son avenir avant 2027, il ne lui faudra probablement pas seulement entendre des promesses. Il voudra voir cette fameuse voiture capable de gagner au mérite. Et c’est peut-être précisément ce que Red Bull doit retrouver en 2e partie de saison avant qu’il ne soit trop tard. Verstappen aurait jusqu’en octobre pour communiquer sa décision à son équipe.

Le bilan de mi-saison : les inquiétants signes d’un déclin annoncé ?

Les points positifs

Il s’agit d’une équipe qui a lutté pour le titre jusqu’à la dernière course de l’année passée, après avoir été totalement en retrait à la mi-saison, et qui a ensuite introduit sa toute première unité de puissance au début de cet exercice. Passer d’immenses difficultés lors des premières manches à une position de prétendant à la victoire en Autriche, tout en enchaînant les podiums avant la trêve, témoigne d’une progression significative. De plus, la situation concernant le second baquet semble enfin stabilisée, Isack Hadjar affichant de solides performances et une régularité suffisante pour permettre aux deux voitures de marquer des points régulièrement.

Les points négatifs

L’avenir de Max Verstappen reste un sujet de discussion alors que l’écurie Red Bull évolue sous la direction de Laurent Mekies, sur fond de départs de cadres qui continuent. La monoplace n’a pas toujours été au goût de Verstappen (abstraction faite de ses critiques sur le règlement dans son ensemble), et les problèmes d’aileron arrière ont coûté des points à l’équipe à Silverstone tout en affectant ses performances en Belgique. Par ailleurs, l’équipe a réussi à concevoir ce que la FIA considère comme le moteur thermique le plus performant du plateau, ce qui signifie qu’elle n’a pas encore pu bénéficier d’opportunités d’amélioration.

L’objectif

Décrocher la première victoire pour Red Bull Ford Powertrains et conserver Max Verstappen.

Le duel Verstappen-Hadjar à mi-saison

  • Qualifications : Verstappen 8-3 Hadjar
  • Course : Verstappen 8-3 Hadjar

Isack Hadjar a dû relever le défi de devenir le nouveau coéquipier de Max Verstappen chez Red Bull en 2026. Et bien qu’il ait réalisé un début de saison solide, c’est le Néerlandais qui domine les statistiques. Hadjar est toutefois bien plus proche de Verstappen que ne l’ont été ses équipiers depuis l’époque Daniel Ricciardo !

Verstappen a devancé son coéquipier lors des qualifications à huit reprises, tout en terminant devant lui en course le même nombre de fois. Le quadruple champion du monde a enregistré des abandons lors des trois autres épreuves, soit un de plus que les deux subis par Hadjar.


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