Binotto raconte son ’soulagement’ face aux débuts d’Audi en F1
"Les fondamentaux de la voiture sont bons" selon le directeur
Audi F1 a débuté cette année en Formule 1 avec l’ambition d’atteindre le sommet en 2030, et Mattia Binotto s’est confié sur les défis auxquels son équipe est confrontée. Le PDG de la structure allemande, qui reste sur trois arrivées consécutives dans les points pour conclure la première moitié de la saison, est satisfait de voir le team débloquer son plein potentiel après un début d’année difficile.
À la tête du projet Audi F1, Binotto a rejoint l’écurie basée à Hinwil au milieu de l’année 2024 pour superviser ses préparatifs en vue du rachat de l’ancienne structure Sauber par Audi. Il a aussi apporté son expertise pour peaufiner l’intégration entre le département châssis en Suisse et le projet de groupe motopropulseur depuis le site allemand de Neubourg.
Sauber ayant fermé la marche ces dernières années, des signes de progrès dans le développement sont devenus évidents l’an dernier, et le châssis de l’Audi R26 s’est révélé être particulièrement réussi. Des points positifs qui ne sont pas des objectifs intrinsèques, mais qui confirment qu’Audi va dans le bon sens.
"Je pense qu’il est difficile d’avoir des attentes. Je pense que cela aurait été une erreur en raison d’une toute nouvelle réglementation, d’une toute nouvelle équipe de notre côté, d’un tout nouveau constructeur" a déclaré Binotto à Planet F1.
"Où nous aurions été, c’est difficile à dire, donc je pense que cela a été un point positif. C’est une surprise et, d’une certaine manière, cela a été un soulagement. Oui, cela a été un soulagement d’être dans une telle position parce que se rater en F1 peut être assez facile, comme certaines équipes l’ont prouvé."
"Donc, simplement ne pas être dans la situation de certaines de ces équipes, pour nous, c’est formidable, parce que les fondamentaux de la voiture sont bons, et c’est un soulagement parce que, encore une fois, vous savez qu’à partir de là, vous pouvez commencer à vous développer."
"Parce que si, au contraire, vous vous étiez trompé, la quantité d’énergie et l’écart budgétaire qui auraient été nécessaires simplement pour régler les problèmes auraient été un lourd fardeau pour notre projet. Donc je suis content, non pas parce que je m’y attendais, mais parce que c’est bon de savoir que les fondamentaux sont bons et que nous pouvons construire notre avenir."
Grâce à son expérience en tant que directeur du développement moteur chez Ferrari, Binotto a rapidement repéré que le V6 fabriqué par Audi ne serait pas la référence dès ses débuts, mais a déclaré que le plus important est de mettre en place la structure d’équipe qui solidifiera la compétitivité de tous les départements à l’avenir.
"Quand j’ai rejoint l’équipe il y a deux ans, en regardant le projet moteur, il était clairement en retard par rapport à certaines ambitions. Mais je pense qu’un moteur prend du temps ; la connaissance d’un moteur prend du temps."
"Le développement des technologies moteur prend du temps, et pour ce qui a été, laissez-moi dire, l’approche d’Audi en F1, en s’appuyant sur ses propres compétences, il est en quelque sorte normal d’être là où nous sommes. Donc je ne pense pas que nous soyons en retard simplement parce que nous avons mal fait les choses."
"Je pense que nous sommes simplement derrière et pas en retard parce que nous partons de zéro, en construisant sur nos propres compétences sans acheter de compétences dans le monde de la F1, et je pense que c’est formidable dans le sens où, à long terme, ce sera un projet durable une fois que nous aurons rattrapé notre retard, nous rattrapons notre retard avec une base solide."
Malgré les ambitions d’Audi, Binotto a aussi découvert la réalité d’une équipe Sauber qui n’avait pas les moyens des top teams, et qui a donc pris du retard en matière d’infrastructure et de personnel par rapport aux meilleures équipes.
"Quand vous regardez les écarts et ce qui est requis pour devenir champion au final, vous mesurez en quelque sorte la différence entre notre équipe et l’équipe de pointe, les différences sont dans de nombreux domaines et sont énormes : la taille de l’équipe, les compétences, l’espace, les infrastructures, la capacité de fabrication interne est très, très faible, et certains outils comme un vrai simulateur."
"Donc, au final, ce sont des plateformes numériques. C’est donc beaucoup de tâches qui doivent être accomplies, et c’est une pure et vraie transformation d’entreprise. C’est une transformation commerciale qui est requise."
"Nous nous sommes fixé un objectif pour 2030, donc notre objectif est de viser une lutte pour le championnat en 2030. Cela peut sembler très loin, très distant, mais en réalité, si vous regardez les écarts que je mentionnais, cela prendra beaucoup de temps. Certainement, 2030 arrive très vite."
"C’est à la fois le châssis et le groupe motopropulseur avec des nécessités différentes, des écarts différents. Mais c’est une transformation commerciale complète pour nous, et nous devons être patients. Je pense que c’est la clé."
"Ce qui nous manque ? C’est du temps. De quoi avons-nous besoin ? De temps. Pour ce qui est de la façon dont nous obtenons toutes les ressources pour engager la concentration, l’ambition, l’opportunité, mais qu’est-ce qui est requis ? C’est simplement du temps."
"L’objectif est 2030, et nous avons une trajectoire. Les premières trajectoires et étapes importantes sont assez claires. Nous devons donc nous assurer que nous respectons cette trajectoire."
"La plupart des étapes clés se déroulent à l’usine, elles ne sont pas visibles pour les fans ou les médias, donc beaucoup de choses se passent en coulisses à l’usine. Je regarde tout ce que nous accomplissons."
"Nous sommes l’équipe qui en fait le plus. J’en suis plutôt sûr. Mais ce n’est pas visible, et parfois cela ne se traduit pas en pure performance de la voiture lors du week-end de course."
"Ce qui sera donc important pour nous, c’est que, même si tout ce que nous faisons n’est peut-être pas facile à traduire en performance de la voiture, nous devrons toujours garder la passion et gérer les attentes parce que nous savons tout ce qui se passe en arrière-plan pour l’avenir."
"Je pense donc que 2027 peut être une saison peut-être difficile pour nous parce que tout le monde s’attend peut-être à des progrès par rapport à la situation actuelle. Je ne sais pas ce qu’il en sera. Certainement, en tant qu’équipe, nous essayons de faire de notre mieux."
"Mais nous bâtissons nos fondations pour l’avenir, et je pense que ce sur quoi nous devrions être jugés concerne davantage ces fondations au fur et à mesure qu’elles se développent, plutôt qu’un seul événement de course déterminant si le résultat est positif ou non."
Une partie du défi pour Binotto consiste à assurer une synergie efficace entre les deux usines de Hinwil et Neubourg, et il s’est dit très satisfait de la façon dont les deux se sont intégrées.
"Cela progresse très bien. C’est un effort d’équipe clair, mais les gens sont vraiment désireux de s’intégrer pour faire partie d’une seule équipe, en ressentant l’âme de cette équipe unique, et je pense qu’il y a évidemment un objectif clair qui est partagé, devenir champions un jour, et nous pouvons voir que c’est ce qui est le plus important."
"Donc les deux équipes et les gens interagissent très bien, échangeant des informations, échangeant des connaissances, échangeant des expériences, se soutenant mutuellement dans le développement des projets."
Après 27 années chez Ferrari, celui qui a la double nationalité suisse et italienne découvre le travail dans une nouvelle écurie qui n’est pas aussi proche de lui culturellement.
"C’est très différent de nos jours. Avant, c’était pour moi 30 ans comme dans une famille, en tant qu’Italien dirigeant Ferrari. C’est certain, d’après mon parcours, l’émotion est assurément quelque chose de très important.
"Ici, je profite du projet lui-même, et c’est une nouvelle famille. Le projet, d’une certaine manière, repart presque de zéro, en essayant de construire une équipe, donc c’est un projet différent, et j’y prends vraiment plaisir."
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