Alonso et De la Rosa racontent la renaissance de la F1 en Espagne

Les deux pilotes y ont contribué nettement

Alonso et De la Rosa racontent la renaissance de la F1 en Espagne
10 juin 2026 - 16:38

La popularité actuelle de la F1 en Espagne, portée par Fernando Alonso et Carlos Sainz, ainsi que par deux courses au calendrier cette année, n’a pas toujours été aussi brillante. Pour Alonso, la F1 semblait si lointaine qu’un avenir en tant que mécanicien paraissait plus réaliste qu’un titre de champion du monde. Pour Pedro de la Rosa, devenir pilote de course signifiait poursuivre un rêve auquel peu d’Espagnols croyaient. Ils ont pu partager leur ressenti et leurs expériences en tant qu’Espagnols dans une F1 dont l’image a évolué au sein du pays.

À l’approche d’une course à domicile sur le Circuit de Barcelona-Catalunya, les deux pilotes espagnols reviennent sur ce parcours et sur la transformation du sport dans leur pays.

"Je faisais du karting et j’obtenais de bons résultats mais honnêtement, pour moi et ma famille, la F1 semblait inaccessible à l’époque" se souvient Alonso, qui n’était alors pas sûr de faire carrière en sport auto.

"Nous étions heureux de courir en karting et d’aider d’autres enfants sur le plan mécanique. Nous avons toujours pensé que mon avenir pourrait être lié au sport automobile, mais au niveau régional et peut-être comme mécanicien, pas en tant que pilote professionnel."

"Il n’y avait pas beaucoup de pilotes de course espagnols quand je faisais du karting. Carlos Sainz Senior était le nom le plus important lorsqu’il gagnait le Championnat du monde des rallyes. Je me souviens qu’il a fait une démonstration dans ma ville natale. J’étais pilote de karting à l’époque, mais j’ai été invité à être son copilote."

"C’était un moment très spécial d’être assis aux côtés de Carlos. Il était le plus grand nom du sport automobile en Espagne à l’époque, et il reste l’un des plus grands noms de notre pays. À l’échelle internationale, Ayrton Senna était ma plus grande inspiration, mais en Espagne, c’était Carlos."

Du côté de De la Rosa, c’était encore pire, puisque l’Espagne n’était plus présente en sport automobile de haut niveau sur piste depuis de nombreuses années quand il s’est lancé en formules de promotion : "La seule chose que je connaissais de la F1 était ce que je voyais à la télévision, et la couverture était très limitée."

"Le premier événement de sport automobile auquel j’ai assisté a été la course de motos de 24 heures à Montjuïc, et la première course de F1 à laquelle j’ai assisté a eu lieu au Paul Ricard en France, car il n’y avait pas de Grand Prix d’Espagne."

"Mon père nous y a conduits depuis Barcelone. Quand j’ai commencé le karting, l’Espagne avait Adrian Campos et Luis Pérez-Sala qui pilotaient à la fin des années 80, ce qui a un peu éveillé l’intérêt pour la F1 en Espagne et m’a poussé à m’y intéresser."

"L’Espagne n’avait pas eu de pilote de F1 depuis des décennies, donc le fait que deux Espagnols soient sur la grille à ce moment-là a été très important pour my carrière ; cela m’a fait croire qu’il était possible de devenir pilote de course."

Alonso admet qu’il n’avait pas prédit que la F1 vivrait une telle croissance : "Il y a une énorme différence entre mes débuts et aujourd’hui. Quand j’ai commencé, il n’y avait pas vraiment d’intérêt."

"Ce n’était même pas beaucoup diffusé à la télévision, mes parents regardaient mes courses sur une chaîne allemande. Puis, quand j’ai commencé à obtenir des résultats, on aurait dit que tout le pays découvrait le sport et l’adorait. Cela a été un changement massif en seulement quelques années."

De la Rosa a fait partie des pilotes ayant relancé l’intérêt de l’Espagne pour la F1 : "Il n’y avait pas eu de pilote de F1 espagnol pendant environ 10 ans lorsque je suis arrivé sur la grille, donc l’intérêt au pays s’était estompé."

"Marc Gené et moi-même y sommes parvenus en 1999, ce qui a suscité un certain intérêt, et puis quand Fernando est arrivé, il a tout simplement époustouflé tout le monde. Quand il a commencé à obtenir de bons résultats, on a pu ressentir une explosion."

"Soudain, les gens n’étaient pas seulement intéressés par la F1, ils en étaient fous. Ils sont devenus des fanáticos. Je pense que Marc et moi avons joué un rôle pour attirer l’attention, mais c’est Fernando qui a propulsé le tout à un autre niveau. Il a été le premier pilote de F1 espagnol à connaître un très grand succès."

Et l’arrivée de Gené et De la Rosa a aidé Alonso à se faire une place, avant d’avoir lui-même du succès : "Avant que je ne sois sur la grille, voir Pedro et Marc en F1 a été d’une grande aide pour moi. La F1 semblait réservée à l’élite, et j’avais l’impression de ne pas en faire partie."

"Ainsi, quand j’étais dans les catégories juniors et que je voyais que Pedro et Marc étaient en F1, des pilotes que je connaissais, j’avais le sentiment que ce sport était un peu plus accessible et un peu plus convivial pour tout le monde, pas seulement pour l’élite. Les voir en F1 m’a aidé à croire que je pouvais y arriver moi aussi."

Le double champion du monde est conscient de son rôle dans la popularité de la Formule 1 en Espagne, et il n’est pas peu fier d’avoir pu aider à cela : "Je suis très fier. Je ressens une grande responsabilité d’avoir tout un pays qui me suit, presque plus qu’il ne suit le sport lui-même, et de savoir que les gens comptent peut-être sur mes résultats pour passer une bonne après-midi. C’est comme dans le football, vous aimez le sport, mais vous regardez surtout les résultats de votre club."

"Je me souviens quand j’ai gagné le Grand Prix d’Espagne en 2006 et que je savais à quel point l’attente était forte, surtout après avoir fait la pole position. C’était stressant. C’était à l’époque où l’on se qualifiait avec la quantité de carburant avec laquelle on commençait la course, et nous avions roulé très léger pour obtenir la pole."

"La perception de tout le pays était que j’étais assuré de gagner, mais je savais que ce n’était peut-être pas une pole position réaliste. Tout le samedi soir, je pensais : ’tout le pays regarde, en pensant que ce sera une victoire facile, et nous ne gagnerons pas et cela va décevoir beaucoup de monde.’ Ma plus grande peur était que nous puissions décevoir les fans et le pays."

"Et puis, le dimanche, il y a eu un grand changement de température, ce qui a favorisé nos pneus et nous avons gagné. C’était une heureuse surprise et un grand soulagement. J’ai beaucoup de souvenirs de ces milliers de personnes qui m’ont soutenu au fil des ans. Cela signifie vraiment tout."

Malgré son palmarès moindre, De la Rosa a marqué le public espagnol, au point d’avoir encore un fan club actif quand il se rend sur les circuits dans son pays.

"Comme je l’ai dit, au début de ma carrière, il n’y avait pas beaucoup d’intérêt pour la F1, alors quand vous voyez le changement de vos propres yeux, c’est la plus belle situation que vous puissiez vivre en tant que sportif. Je suis submergé par le soutien."

"Des gens m’ont envoyé des lettres pour me souhaiter bonne chance quand je courais, et maintenant chez Aston Martin. Certaines personnes m’ont fabriqué une horloge à partir d’un disque de frein. Ce soutien est très touchant."

"J’adore aller dans la fan zone au Circuit de Barcelona-Catalunya. Je vois encore des drapeaux du fan club PDLR de l’époque où j’étais en F1. Leurs membres continuent de faire du karting ensemble, ces gens me soutiennent depuis toujours. Je leur dis : ’Je ne cours plus depuis des années’, et ils répondent : ’On naît et on meurt fan de PDLR !’"

"L’un des meilleurs moments que j’ai vécus a eu lieu en 2005. J’étais le troisième pilote chez McLaren et j’ai piloté le vendredi car Juan Pablo Montoya se remettait d’une blessure. J’ai réalisé le meilleur temps lors des deux séances d’essais libres et, lorsque j’ai franchi la ligne, la foule est devenue folle."

"Je suis de Barcelone, quand j’étais plus jeune, je pouvais entendre les voitures sur le circuit depuis chez moi, et puis soudain, je conduis l’une d’elles, et je suis le plus rapide. C’était un moment vraiment spécial."

Alonso a lui aussi été beaucoup soutenu lors de ses course à domicile : "Des amis d’école venaient me voir quand j’étais plus jeune. Ils organisaient des convois de bus venant de partout : des Asturies, de Madrid, de Valence, et ils étaient tous ensemble, et ils étaient à Barcelone pour me soutenir dès le début de la semaine de course. J’avais 23, 24 ans, ça m’a vraiment pris par surprise. Je ne m’y serais jamais attendu."

De la Rosa se souvient de moments spéciaux lors des courses courues en Espagne : "Au début de ma carrière de pilote, je vivais loin de Barcelone mais j’ai toujours voulu y revenir et j’y ai vécu pendant quelques années quand j’étais en F1."

"Pour mon premier Grand Prix en Espagne en 1999, ma femme et moi avons séjourné dans un hôtel parce que ma maison était pleine de monde, et nous avons abordé cela comme s’il s’agissait de n’importe quel autre Grand Prix pour que je puisse rester concentré."

"Cela a bien fonctionné, mais cela faisait bizarre de savoir que ma famille était si proche. Alors, l’année suivante, nous sommes restés à la maison et c’était la sensation la plus incroyable. Cette année-là, ma filleule faisait sa première communion pendant le week-end. Culturellement en Espagne, c’est un week-end très important."

"La tradition en Espagne veut que le parrain offre un grand cadeau, et j’ai pu lui offrir une montre en rentrant à la maison après les qualifications. On sacrifie beaucoup de temps en famille en tant que pilote de course, donc pouvoir faire cela pendant un week-end de course était vraiment spécial."


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