La F1 revient en Afrique : 75 ans d’histoire, de légendes et de tragédies
Du sacre de Hawthorn au Rwanda
Avec l’annonce du retour de la Formule 1 sur le continent africain, au Rwanda, au début des années 2030, le championnat du monde s’apprête à renouer avec une partie importante de son histoire. Des premières compétitions organisées en Afrique du Sud dans les années 1930 au dernier Grand Prix disputé à Kyalami en 1993, le continent a accueilli des affrontements décisifs pour les titres mondiaux, des victoires historiques et plusieurs tragédies. Retour sur une relation interrompue depuis plus de trois décennies, que le projet rwandais entend désormais faire revivre.
L’histoire de la Formule 1 en Afrique ne commence pas avec la création officielle du championnat du monde en 1950. Bien avant cette date, des courses de Grand Prix étaient déjà organisées sur le continent, notamment en Afrique du Sud, où des épreuves se sont déroulées de manière intermittente à partir de 1934.
Cette situation n’avait rien d’exceptionnel à l’époque, puisque les compétitions de Grand Prix existaient depuis plusieurs décennies avant la naissance du championnat du monde moderne. Mais il faut attendre 1958 pour voir la Formule 1 organiser sa première manche du championnat du monde sur le continent africain. Et cette première apparition, au Maroc, allait immédiatement entrer dans l’histoire.
1958 : le Maroc accueille la première course africaine du championnat du monde
Le Grand Prix du Maroc 1958 occupe une place particulière dans l’histoire de la Formule 1. Disputée en fin de saison, cette épreuve constitue le théâtre d’un affrontement décisif entre Mike Hawthorn et Stirling Moss pour le titre mondial. Les deux Britanniques cherchent alors à devenir le premier pilote de leur pays à remporter le championnat du monde de Formule 1.
Moss s’impose lors de la course, mais Hawthorn termine deuxième, un résultat suffisant pour décrocher la couronne mondiale. Il devient ainsi le premier champion du monde britannique de l’histoire de la discipline.
Cette première course africaine est toutefois assombrie par un accident dramatique. Stewart Lewis-Evans est victime d’une violente sortie de piste et souffre de graves brûlures. Le pilote britannique succombe à ses blessures six jours plus tard. Ce drame marque profondément l’épreuve, qui ne sera jamais reconduite au calendrier du championnat du monde. Depuis ce Grand Prix de 1958, la Formule 1 n’est jamais retournée au Maroc.
L’Afrique du Sud allait alors devenir le principal point d’ancrage du championnat sur le continent.
1962 : l’Afrique du Sud entre officiellement au calendrier
L’Afrique du Sud entretenait déjà une longue tradition de courses automobiles internationales. Depuis 1934, le pays avait accueilli plusieurs épreuves de Grand Prix, sans qu’elles soient nécessairement intégrées au championnat du monde de Formule 1.
Cette activité s’était poursuivie au début des années 1960, avec trois courses hors championnat organisées en 1960 et 1961. Mais c’est en 1962 que le Grand Prix d’Afrique du Sud devient officiellement une manche du championnat du monde. La course se déroule alors à East London, sur un circuit dont la ligne droite de départ longe le littoral.
Cette première édition officielle se révèle immédiatement décisive dans la lutte pour le titre. Au volant de sa BRM, Graham Hill remporte la course et s’assure le championnat du monde des pilotes. L’Afrique du Sud s’impose ainsi dès son entrée au calendrier comme le théâtre d’un dénouement majeur de la saison. East London accueille encore deux autres manches du championnat du monde avant que l’épreuve ne change de circuit.
En 1967, le Grand Prix d’Afrique du Sud rejoint Kyalami, un tracé permanent qui deviendra indissociable de l’histoire de la Formule 1 sur le continent. À l’exception des quatre premières courses africaines du championnat du monde - une au Maroc et trois à East London - toutes les autres manches disputées en Afrique se dérouleront à Kyalami.
Kyalami, un circuit marqué par plusieurs drames
Comme de nombreux circuits ayant accueilli la Formule 1 pendant l’une des périodes les plus dangereuses de son histoire, Kyalami a été le théâtre d’accidents particulièrement graves.
Le plus tristement célèbre reste celui du Grand Prix d’Afrique du Sud 1977. Lors de la course, le commissaire de piste Jansen van Vuuren traverse la piste en portant un extincteur. Il est percuté par la monoplace de Tom Pryce. Le choc tue le commissaire, tandis que l’extincteur qu’il transportait frappe le casque du pilote britannique, provoquant sa mort instantanée. Cet accident demeure l’un des épisodes les plus tragiques et les plus marquants de l’histoire de la Formule 1.
Kyalami est également associé à un autre moment particulièrement émouvant, bien que le circuit n’ait pas été le théâtre du drame qui allait suivre. En 1968, Jim Clark remporte le Grand Prix d’Afrique du Sud et signe la 25e victoire de sa carrière en championnat du monde. Ce succès lui permet de dépasser le record de 24 victoires détenu jusque-là par Juan Manuel Fangio. Le pilote écossais devient ainsi le nouveau détenteur du record absolu de victoires en Formule 1.
Mais cette performance sera également sa dernière apparition en Grand Prix. Avant la manche suivante du championnat, Clark trouve la mort dans un accident survenu lors d’une course de Formule 2. Sa victoire de Kyalami restera donc la dernière de son immense carrière.
Jody Scheckter, le héros sud-africain
L’histoire de la Formule 1 en Afrique ne se résume toutefois pas à ses tragédies. Le continent a également connu de nombreux moments de célébration, notamment grâce à Jody Scheckter. Le pilote sud-africain remporte une première victoire mémorable à domicile en 1975, devant son public. Il s’impose de nouveau à Kyalami en 1979, lors d’une saison qui le verra devenir champion du monde avec Ferrari. Cette deuxième victoire à domicile constitue l’un des grands moments de sa carrière.
Scheckter conserve une place unique dans l’histoire de la discipline : il reste le seul pilote africain à avoir remporté une course de Formule 1 sur le continent et le seul Africain à avoir décroché le titre mondial des pilotes. Ses succès ont largement contribué à faire de Kyalami un rendez-vous emblématique du championnat.
Mais les années suivantes allaient également être marquées par des tensions politiques et réglementaires qui finiraient par compromettre la présence de la Formule 1 en Afrique du Sud.
1981 : la guerre FISA-FOCA perturbe le Grand Prix
Au début des années 1980, la Formule 1 traverse une période de profondes tensions entre les instances dirigeantes et les équipes. Le conflit opposant la Fédération internationale du sport automobile (FISA) à la Formula One Constructors Association (FOCA) touche de nombreux aspects du fonctionnement du championnat.
En 1981, de nouvelles règles concernant les Super Licences provoquent notamment un mouvement de contestation des pilotes à l’approche du Grand Prix d’Afrique du Sud. Cette grève intervient dans un contexte de confrontation plus large entre les différentes parties prenantes de la discipline. Les tensions sont telles que l’épreuve sud-africaine est finalement disputée hors championnat du monde.
L’incident illustre les difficultés institutionnelles auxquelles la Formule 1 est alors confrontée. Mais d’autres facteurs, cette fois directement liés à la situation politique du pays, vont bientôt peser sur l’avenir du Grand Prix.
L’apartheid entraîne le retrait de la Formule 1
Au milieu des années 1980, le régime d’apartheid en Afrique du Sud provoque une pression internationale croissante. De nombreuses compétitions sportives et organisations internationales prennent progressivement leurs distances avec le pays.
La Formule 1 est elle aussi confrontée à cette situation et, dans ce contexte de condamnation et d’isolement international, le Grand Prix d’Afrique du Sud disparaît du calendrier. Cette interruption met fin à une longue période de présence du championnat sur le circuit de Kyalami.
Il faudra attendre le début des années 1990 et l’évolution de la situation politique sud-africaine pour que la Formule 1 envisage un retour.
En 1992, le championnat du monde retrouve finalement Kyalami. Mais cette nouvelle période sera de courte durée.
1993 : Alain Prost remporte le dernier Grand Prix africain
Après son retour en 1992, Kyalami accueille une nouvelle fois la Formule 1 en 1993. Cette édition est remportée par Alain Prost, au volant de sa Williams. Le Français s’impose lors de ce qui deviendra, rétrospectivement, le dernier Grand Prix du championnat du monde organisé sur le continent africain pendant plus de trois décennies.
Malgré la longue histoire du circuit et l’importance du marché sud-africain, la Formule 1 ne reconduit pas l’épreuve au calendrier. Depuis cette victoire de Prost, aucune manche du championnat du monde n’a été disputée en Afrique. Le continent est ainsi devenu la grande région absente du calendrier moderne de la Formule 1, malgré les nombreuses discussions et tentatives visant à organiser un nouveau Grand Prix.
Plus de trente ans après la dernière apparition de la Formule 1 à Kyalami, le championnat s’apprête désormais à renouer avec l’Afrique. L’annonce d’un Grand Prix du Rwanda marque une étape importante dans cette perspective.
Le projet prévoit une première course au début des années 2030, ce qui ferait du Rwanda le troisième pays africain à accueillir une manche du championnat du monde après le Maroc et l’Afrique du Sud. Ce retour représenterait également une rupture géographique avec l’histoire précédente de la discipline sur le continent, jusqu’ici concentrée dans le nord et le sud de l’Afrique.
Avec le projet rwandais, la Formule 1 espère désormais renouer durablement avec un continent qui a contribué à écrire plusieurs pages majeures de son histoire.
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