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L’idylle Hamilton-Bottas, le souvenir de la guerre Ocon-Pérez… un argument anti-Ocon pour 2020 ?

Mercedes ne veut pas revivre les années Rosberg-Hamilton

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Par A. Combralier

21 août 2019 - 13:29
L'idylle Hamilton-Bottas, le souvenir de

Toto Wolff, cet été, est confronté à un dilemme de taille : faut-il prolonger Valtteri Bottas une année supplémentaire, en dépit de résultats relativement décevants ? Ou promouvoir Esteban Ocon, le troisième pilote, comme titulaire l’an prochain ?

De nombreux paramètres entreront en jeu dans le choix final de Mercedes ; la plupart de ces données nous sont d’ailleurs inconnues, puisque seul l’état-major de Mercedes dispose de toutes les informations nécessaires, notamment concernant le travail d’Esteban Ocon en coulisses, pour prendre la décision fatidique.

Parmi les éléments qui font partie de l’équation, tous ne se situent pas forcément sur le plan de la performance pure. En effet, Mercedes, encore marquée au fer rouge par la dureté de l’affrontement entre Nico Rosberg et Lewis Hamilton, de 2014 à 2016, voudra également veiller à conserver la « paix civile » et la bonne entente qui règne, aujourd’hui, dans le garage allemand.

La bonne entente entre le line-up ne conditionne pas seulement l’ambiance au sein d’une équipe : si la cohabitation vire au conflit interne, les conséquences négatives peuvent être en effet légion (accrochage entre les deux pilotes, moins de partage de données, manque de confiance entre les ingénieurs, image dégradée…)

Or, sur ce point précis de l’ambiance et de l’entente entre les deux pilotes Mercedes, il est clair que Valtteri Bottas part avec une longueur d’avance sur Esteban Ocon.

Du temps où il courait chez Force India-Racing Point, le Français avait en effet entretenu une cohabitation particulièrement houleuse avec Sergio Pérez. En 2017, les deux pilotes s’étaient accrochés à quatre reprises en piste (Bakou, Canada, Hongrie, Belgique), avec parfois des conséquences désastreuses comme à Bakou. 2018 ne fut pas une meilleure année sur ce plan : à Singapour par exemple, les deux pilotes, qui avaient pourtant assuré qu’ils feraient tout pour éviter un énième incident, avaient de nouveau fait perdre des points précieux à leur équipe.

Le point le plus bas de la relation entre Sergio Pérez et Esteban Ocon fut sûrement atteint après le Grand Prix de Belgique 2017. Sergio Pérez avait tassé au départ Esteban Ocon… et ce dernier avait réagi vertement, en accusant le Mexicain d’avoir « voulu le tuer » ! Ce à quoi Sergio Pérez répondit tout aussi froidement : « A un moment donné, il doit comprendre ce que courir veut dire. Cela veut dire faire la compétition avec une autre voiture, pas lui rentrer dedans. Tous les équipiers sont plus ou moins libres de courir l’un contre l’autre, avec du respect. Je n’ai jamais eu de problème avec Hulkenberg en 4 ans et nous étions libres. » Pendant plusieurs mois, Esteban Ocon fut même obligé de bloquer les insultes violentes des fans de Sergio Pérez sur les réseaux sociaux…

La relation entre Sergio Pérez et Esteban Ocon ne fut jamais saine, en dépit des démentis officiels de l’écurie. Elle perdure même cette année encore, puisque Sergio Pérez a pris un malin plaisir à rappeler que Lance Stroll avait, selon lui, un meilleur rythme de course que son ancien coéquipier…

Or, dans une écurie de pointe comme Mercedes, tout accrochage « fraternel » en piste a des conséquences beaucoup plus graves, puisque bien davantage de points sont en jeu au départ de chaque course. De plus et surtout, l’équipe allemande veut absolument éviter de revivre les tourments de l’ère Nico Rosberg – Lewis Hamilton.

Sur ce point de l’entente avec son coéquipier, Valtteri Bottas part avec un sérieux atout. Bottas et Hamilton, bien que d’une personnalité quelque peu opposée, s’entendent à merveille sur la piste ou en dehors. Cela s’est par exemple vu à Bakou, au départ de la course, cette année : Lewis Hamilton avait dit ne pas vouloir « tenter le diable » en dépassant son coéquipier dans les premiers virages, en témoignage du respect qu’il lui portait – ainsi qu’à l’institution Mercedes. « Valtteri et moi, nous nous respectons beaucoup » confiait ainsi Lewis Hamilton après la course azérie. « Vous pouvez le voir, je pense. Nous en avions discuté avant la course, nous étions tombés d’accord entre gentlemen, et nous respectons ce que nous avons décidé. »

De même à Silverstone, toujours en 2019, les deux pilotes Mercedes s’étaient livrés un très beau duel, respectueux autant que relevé, dans les premiers tours de course. Là encore, aucun accrochage ne fut à déplorer… à la grande satisfaction de Toto Wolff : « Nous l’avons vu à de nombreuses occasions entre Lewis et Valtteri : ils se respectent tous les deux en dehors de la piste, comme sur la piste. Pour lutter avec un cran de plus d’agressivité en piste, c’est bon si vous luttez contre un pilote d’une autre équipe. »

« Nous avons la chance qu’ils aient une bonne relation » commentait d’ailleurs le patron de Mercedes après Bakou 2019. « Ils s’entendent bien, il n’y a pas de jeu en coulisses. Et j’en suis très heureux. A vrai dire, nous devons en être conscients. Nous avons vu des relations se détériorer. Entre les deux pilotes, le respect doit rester. »

La bonne entente entre Lewis Hamilton et Valtteri Bottas, la peur de Mercedes de revivre un conflit interne, le passif défavorable d’Esteban Ocon en la matière chez Racing Point, constituent donc autant d’atouts en faveur de la prolongation de Valtteri Bottas, que Toto Wolff aura certainement à l’esprit. Sera-ce suffisant pour compenser des résultats sportifs en demi-teinte ? Personne ne peut en être certain aujourd’hui ; mais Toto Wolff, face à l’inconnue Esteban Ocon et la certitude Valtteri Bottas, osera-t-il prendre le risque de replonger Mercedes dans un conflit interne, alors que Lewis Hamilton arrivera, dans un an et demi, à la fin de son contrat ?

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