’Je sais que je serai plus lent’ : Hadjar défie Verstappen à sa manière

Accepter que "ça va être très dur" pour progresser chez Red Bull

Auteur : Franck Drui
14 décembre 2025 - 09:21
’Je sais que je serai plus lent’ : Hadjar défie Verstappen à sa manière

Promu chez Red Bull pour la saison 2026, Isack Hadjar s’apprête à franchir l’un des caps les plus redoutés de sa carrière : intégrer un top team en Formule 1 en devenant l’équipier de Max Verstappen. Un défi immense que le Français aborde avec une lucidité désarmante, acceptant d’emblée une réalité que beaucoup de ses prédécesseurs ont refusé d’admettre... parfois à leurs dépens.

Auteur d’une saison de rookie remarquable et remarquée avec Racing Bulls, ponctuée notamment par un premier podium décroché à Zandvoort et une régularité constante dans les points, Hadjar a convaincu Red Bull de lui confier le deuxième baquet de l’équipe mère, en remplacement de Yuki Tsunoda. Une promotion annoncée à la veille de la finale d’Abu Dhabi, mais aussi une exposition directe à l’un des environnements les plus exigeants du plateau.

Depuis le départ de Daniel Ricciardo il y a sept ans, nombreux sont ceux à avoir tenté de s’imposer aux côtés de Verstappen : Pierre Gasly, Alex Albon, Sergio Pérez, Liam Lawson ou encore Yuki Tsunoda. Sur cette liste, seul Pérez est parvenu, grâce à son expérience, à encaisser durablement la domination du Néerlandais. Même le Mexicain a fini par plier lorsque l’évolution technique de la RB20 s’est éloignée de ses préférences, ce qui a conduit à son éviction.

Hadjar arrive toutefois avec un paramètre inédit en sa faveur : l’entrée en vigueur d’une réglementation entièrement nouvelle en 2026, qui remettra les compteurs à zéro.

"Ce n’est pas comme si Max connaissait déjà la voiture ; on repart tous de zéro," nous explique-t-il.

"C’est le meilleur timing possible. Je me sens très, très chanceux de rejoindre Red Bull de cette manière, donc ça va être très bénéfique. Si la voiture part dans une direction, je serai là aussi pour la valider."

Pour autant, le pilote de 21 ans ne se berce d’aucune illusion. Il sait que Verstappen, quadruple champion du monde, aura l’avantage dès les premières courses. Et il l’accepte, un état d’esprit inédit dans sa carrière.

"S’il y a un objectif, c’est d’accepter que je serai plus lent le premier mois," reconnaît-il. "Je pense que si tu entres avec cet état d’esprit, tu acceptes déjà que ça va être très dur... regarder les données et voir des choses que tu ne peux pas encore faire."

"Ça va être très frustrant. Mais si tu le sais, alors tu es mieux préparé."

Même avec un changement de réglementation majeur, Hadjar ne s’attend pas à ce que le contexte affaiblisse Verstappen. Bien au contraire.

"Si j’arrivais avec une année supplémentaire de cette réglementation, aucune chance," admet-il.

"On ne sait jamais, peut-être que la façon de piloter cette nouvelle voiture me conviendra parfaitement, mais en même temps, c’est Max Verstappen."

"Il n’a pas de style de pilotage. Il s’adapte à ce qu’on lui donne, et c’est ça qui fait sa force."

"Donc il sera aussi fort avec la voiture de l’an prochain qu’avec celle de cette année, et qu’avec celle de l’année précédente. Il s’adapte en permanence."

Cette approche, nourrie par l’observation des difficultés rencontrées par ses prédécesseurs, peut sembler défaitiste. Hadjar y voit au contraire une manière de rompre le cycle.

"Oui, j’en suis conscient, c’est pour ça que j’ai cette approche," dit-il lorsqu’on lui rappelle les échecs des pilotes passés dans son futur baquet.

"La clé, je ne sais pas... mais la clé, c’est d’être incroyablement rapide, bon en dehors de la voiture, travailler avec les gars, et c’est la seule façon d’y arriver."

"Ce n’est pas une question d’approche mentale spécifique. Il faut aussi faire le travail en piste."

Éviter l’effet boule de neige psychologique sera fondamental. Là où d’autres sont arrivés persuadés d’être capables de battre Verstappen immédiatement, Hadjar revendique une posture radicalement opposée.

"Tout le monde pense qu’il est spécial. Tu arrives en mode : ’C’est un humain, je vais le battre’. Et ensuite tu te fais écraser. Et là, l’effet boule de neige commence."

"Alors que si tu arrives en te disant : ’Je suis très loin’, ça ira mieux pour la progression. On parle du meilleur pilote de la grille. Donc la probabilité que je sois lent au début de la saison est très élevée. Autant l’accepter maintenant et travailler pour y arriver."

"Bien sûr que j’espère être aussi rapide que lui. Je l’espère, mais de manière réaliste, il y a très peu de chances."

Une lucidité qui s’inscrit dans un trait déjà bien connu du paddock : l’extrême exigence que Hadjar s’impose à lui-même. Tout au long de la saison 2025, le Français s’est montré particulièrement autocritique, même après de bons résultats.

"J’ai mes attentes, et parfois ce que je voulais faire était trop élevé par rapport à mes capacités actuelles. En qualifications, je suis toujours énervé parce que je n’ai pas fait le tour parfait, parce que je n’ai pas maximisé chaque virage, chaque freinage, et qu’il manque toujours quelque chose."

"En même temps, c’était seulement ma première année. Donc si quoi que ce soit, j’ai peut-être été trop dur avec moi-même, et ça mène parfois à des erreurs, parce que je me mets énormément de pression pour être au niveau que j’exige de moi-même."

C’est peut-être précisément cette honnêteté brute, ce mélange de lucidité et d’ambition contrôlée, qui a convaincu Red Bull qu’Isack Hadjar possède les armes mentales pour survivre - et peut-être prospérer - là où tant d’autres ont échoué face à Max Verstappen.


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