De la pluie de titres à la disette pour Mercedes F1 : Wolff relativise les échecs récents
L’équipe retrouve le sommet après quatre années dans l’ombre
Longtemps, terminer deuxième au championnat du monde des constructeurs n’était pas considéré comme un véritable succès chez Mercedes. Après avoir dominé la Formule 1 pendant huit saisons consécutives, l’écurie de Brackley a traversé quatre années bien plus compliquées depuis l’introduction de l’effet de sol en 2022. De retour au sommet en 2026, Toto Wolff estime pourtant que cette période doit être replacée dans son contexte.
Il fut un temps où Mercedes ne se contentait pas de gagner. L’écurie allemande avait transformé la victoire en norme et la deuxième place en déception.
À l’image des grandes dynasties qui ont marqué l’histoire du sport, les Flèches d’Argent avaient construit une période de domination exceptionnelle. Les Boston Celtics des années 1950 et 1960 en NBA, les Edmonton Oilers des années 1980 en NHL, Manchester United dans les années 1990 et au début des années 2000 ou encore les New England Patriots de l’ère Tom Brady avaient, chacun dans leur discipline, repoussé les limites de la réussite collective.
Toutes ces équipes avaient également leurs figures emblématiques. Bill Russell avec les Celtics, Wayne Gretzky avec les Oilers, la génération 1992 de Manchester United sous les ordres de Sir Alex Ferguson ou Tom Brady chez les Patriots.
Chez Mercedes, les noms étaient Lewis Hamilton avec Nico Rosberg puis Valtteri Bottas. À la tête de cette formidable machine se trouve Toto Wolff.
Entre 2014 et 2021, Mercedes a ainsi remporté huit titres constructeurs et sept titres pilotes consécutifs, une série pratiquement sans équivalent dans l’histoire de la Formule 1. L’écurie ne se contentait pas de gagner : elle avait redéfini ce que signifiait dominer la discipline reine du sport automobile.
Pour beaucoup, Mercedes pouvait même revendiquer le statut d’équipe sportive emblématique des années 2010. Puis 2022 est arrivé. Avec le retour de l’effet de sol et l’introduction d’un nouveau règlement technique, la dynamique a brutalement changé.
La W13 s’est rapidement révélée problématique. Le concept "zéro ponton" adopté par Mercedes a confronté l’équipe au marsouinage et à une fenêtre de fonctionnement particulièrement étroite, tandis que Red Bull a rapidement trouvé la direction aérodynamique qui allait dominer les premières années de cette réglementation.
Mercedes a terminé troisième du championnat constructeurs en 2022, avant de remonter à la deuxième place en 2023. En 2024, l’équipe est retombée au quatrième rang, puis a retrouvé la deuxième position en 2025.
Quatre saisons sans titre, mais surtout quatre saisons sans être la référence absolue de la grille.
La question a alors commencé à se poser : Toto Wolff et Mercedes avaient-ils simplement perdu la recette qui leur avait permis de dominer la Formule 1 ?
Cette critique a accompagné l’équipe dans le début de la nouvelle génération technique. Mais les premières tendances de 2026 semblent indiquer que Mercedes a enfin retrouvé le chemin du sommet.
À la pause estivale, Kimi Antonelli dispose notamment de 50 points d’avance sur Lewis Hamilton au championnat pilotes, tandis que Mercedes possède 72 points d’avance sur Ferrari chez les constructeurs.
Pour Wolff, cette renaissance est évidemment appréciable. Mais l’Autrichien refuse de mesurer son travail à l’aune des critiques extérieures.
"J’essaie toujours de répondre à mes propres attentes," explique-t-il lorsqu’il lui est demandé ce que représente le retour de Mercedes aux avant-postes.
"Je suis complètement immunisé contre les opinions extérieures."
"Évidemment, si ma femme ou mes collègues me disent que je n’ai pas été à la hauteur, c’est quelque chose que je prends au sérieux et que j’essaie d’améliorer."
"Chaque année, l’objectif était de faire le meilleur travail possible et de gagner. Fondamentalement, c’est pour cela que nous sommes ici : pour gagner des championnats."
Wolff ne cherche donc pas à réécrire l’histoire récente de Mercedes. Il veut plutôt replacer les résultats obtenus depuis 2022 dans le contexte du changement réglementaire qui a mis fin à l’hégémonie de son équipe.
Après huit titres constructeurs consécutifs, Mercedes a connu une succession de résultats beaucoup moins prestigieux : troisième, deuxième, quatrième, puis deuxième.
"Il faut réaliser que nous ne pouvions pas gagner dans le passé parce que la voiture n’était tout simplement pas assez bonne pour battre celui qui était devant ; c’était Red Bull à certains moments, puis McLaren à certains moments... Le meilleur objectif réaliste était de terminer deuxième ou troisième, et c’est ce que nous avons obtenu, à l’exception d’une année durant l’ère de l’effet de sol," rappelle Wolff.
Un bilan qu’il considère finalement loin d’être catastrophique.
"Et je pense que si vous regardez en arrière dans 20 ou 30 ans, vous verrez que ces 15 années, si vous regardez uniquement les statistiques, vous verrez P1, P1, P1, P1, P1, P1, P1, P1, P3, P2, P4, P2. Ce n’est donc pas catastrophique."
Difficile, en effet, de contester la perspective défendue par l’Autrichien.
La période de domination Mercedes a été tellement exceptionnelle que quatre années sans titre peuvent donner l’impression d’un échec bien plus important qu’elles ne le sont réellement. Le problème tient surtout au niveau d’exigence que l’équipe elle-même avait instauré durant la décennie précédente.
Une période qui reste marquée par le "fix your fucking car"
L’échec de la W13 demeure néanmoins emblématique. Dès ses premiers tours de roue, la monoplace de Mercedes s’est retrouvée confrontée à des difficultés fondamentales que l’équipe n’était pas parvenue à anticiper.
Son concept à zéro ponton, qui devait constituer un avantage technique, a finalement enfermé Mercedes dans une impasse. Pendant ce temps, Red Bull développait une philosophie aérodynamique plus efficace et prenait progressivement le contrôle de la nouvelle réglementation.
L’époque a même produit une image particulièrement symbolique du changement de statut de Mercedes.
Lors des difficultés rencontrées par les Flèches d’Argent, Christian Horner avait lancé un désormais célèbre "fix your fucking car !", une sortie qui aurait semblé inimaginable quelques années plus tôt, lorsque Red Bull et les autres équipes étaient celles qui devaient tenter de rattraper Mercedes.
En 2026, le rapport de force semble toutefois avoir changé une nouvelle fois. Mercedes n’a pas seulement retrouvé la victoire : l’équipe a repris la tête du championnat constructeurs et dispose d’un jeune leader, Kimi Antonelli, qui s’est déjà constitué une avance significative.
Après quatre années passées à reconstruire son niveau de performance, l’équipe de Brackley semble donc avoir refermé le chapitre de l’effet de sol. Et pour Wolff, les années 2022-2025 ne constituent finalement pas une preuve d’un déclin irréversible, mais plutôt une parenthèse dans une histoire qui reste, statistiquement, exceptionnelle.
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