’Aucune recherche de coupable’ : la révolution interne de McLaren F1
Le changement culturel à l’origine de son retour au sommet
Après avoir traversé une longue période de recul au début de l’ère hybride, McLaren a progressivement reconstruit les fondations qui lui ont permis de retrouver les sommets de la Formule 1. Le retour au premier plan de l’écurie de Woking ne repose toutefois pas uniquement sur les performances techniques de ses monoplaces. Selon Randeep Singh, directeur de la compétition, une transformation profonde de la culture interne a joué un rôle déterminant dans cette renaissance.
Pendant de nombreuses années, McLaren a été indissociable de Ron Dennis, qui a dirigé l’équipe durant une longue période et remporté plusieurs titres mondiaux à sa tête. Mais l’écurie a progressivement reculé dans la hiérarchie au début de l’ère des moteurs turbo-hybrides, avant le départ de Dennis de ses fonctions à la fin de la saison 2016.
Un nouveau chapitre s’est ensuite ouvert en 2018 avec l’arrivée de Zak Brown au poste de directeur général. Le dirigeant américain a entrepris de restructurer l’organisation et d’insuffler une nouvelle dynamique à l’équipe de Woking.
Cette transformation s’est poursuivie avec la promotion d’Andrea Stella au poste de directeur de l’équipe en 2023. Depuis, McLaren a connu une ascension spectaculaire, jusqu’à décrocher les deux titres mondiaux en 2025.
Pour Randeep Singh, l’une des clés de cette progression réside précisément dans l’évolution de la direction et dans la manière dont celle-ci a modifié le fonctionnement quotidien de l’équipe.
"La principale chose, c’est simplement que la direction a changé avec Andrea et Zak, et je pense que cela a permis à chacun de faire son travail en étant davantage responsabilisé," explique-t-il.
Derrière cette nouvelle organisation se trouve notamment une volonté de supprimer une pression interne susceptible de freiner la prise de décision. Dans un sport où les choix sont souvent effectués avec des informations incomplètes et où une erreur stratégique peut coûter plusieurs positions, la peur de se tromper peut rapidement devenir un handicap.
Chez McLaren, cette crainte ne doit désormais plus dicter les décisions.
"Il n’y a pas de recherche de coupable. Je ne sais pas à quel point il est facile de voir cela de l’extérieur," poursuit Singh.
Le directeur de la compétition met notamment en avant le cas de la stratégie de course. Les décisions prises depuis le muret peuvent avoir des conséquences considérables, alors qu’elles reposent souvent sur des probabilités et des informations susceptibles d’évoluer d’un instant à l’autre.
Cette part d’incertitude peut naturellement pousser les membres d’une équipe à se demander comment leur décision sera perçue si elle s’avère finalement mauvaise.
"Quand vous faites des choses qui sont assez stressantes et qui peuvent mal tourner parce qu’elles reposent sur des pourcentages, comme la stratégie, vous pouvez parfois vous retrouver à penser : ’Qu’est-ce que les gens vont penser si je fais une erreur ?’," détaille Singh.
"Il n’y a rien de tout cela ici. Vous continuez simplement à chercher constamment à vous améliorer. Vous ne vous inquiétez pas d’un mauvais résultat."
Pour autant, l’absence de recherche de coupable ne signifie pas que les erreurs sont ignorées. Au contraire, Singh assure qu’elles font systématiquement l’objet d’une analyse afin d’en comprendre les causes et d’éviter qu’elles ne se reproduisent.
"S’il y a une mauvaise décision, évidemment, vous essayez de l’analyser, de comprendre ce qui s’est passé et de progresser," précise-t-il.
Cette distinction entre responsabilité et culpabilité semble être devenue l’un des piliers de la méthode McLaren. L’objectif n’est pas de déterminer qui doit porter la faute après une erreur, mais de comprendre pourquoi elle s’est produite et comment l’équipe peut collectivement faire mieux.
Cette approche est particulièrement importante dans une équipe qui évolue régulièrement sous une pression considérable. McLaren a retrouvé le sommet de la Formule 1 et doit désormais gérer les attentes qui accompagnent son statut de référence.
Pour Singh, "la véritable force de cette culture réside toutefois le fait que les mêmes principes s’appliquent aussi bien après une mauvaise course qu’après un résultat exceptionnel."
"Vous sortez de courses au cours desquelles il y a eu des erreurs. Les bonnes choses, les mauvaises choses, vous les traitez de la même manière."
"Chez McLaren, cette capacité à analyser les échecs avec la même rationalité que les succès constitue ainsi un élément essentiel de notre progression. Elle permet aux ingénieurs, aux stratèges et à l’ensemble du personnel de prendre des risques mesurés sans être paralysés par la crainte de conséquences personnelles."
"Donc oui, c’est vraiment responsabilisant. Mais vraiment, il n’y a absolument aucune recherche de coupable," conclut Singh.
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