Comment Shell et Ferrari préparent les carburants durables de la F1 de 2026
Une révolution technologique aux exigences extrêmes
Le partenariat entre Shell et la Scuderia Ferrari HP en Formule 1 remonte au Grand Prix de Monaco 1950. Plus de sept décennies plus tard, cette collaboration emblématique s’apprête à franchir une nouvelle étape majeure avec l’introduction, en 2026, des carburants de course durables avancés, au cœur de la prochaine révolution technique du championnat.
Pour comprendre l’ampleur du défi, il faut se tourner vers Valeria Loreti, scientifique principale de Shell pour le sport automobile, directement impliquée dans le développement de ces nouveaux carburants.
"Le changement majeur pour 2026, c’est que les molécules présentes dans le carburant doivent être synthétisées, fabriquées ou générées à partir de matières premières durables avancées," explique-t-elle.
"Le véritable élément disruptif, c’est l’origine de ces molécules. Nous avons la liberté de choisir les procédés, les matières premières et donc le résultat final."
Les sources potentielles sont nombreuses.
"Nous pouvons utiliser, par exemple, des résidus de l’industrie du papier ou du bois, des résidus de cultures et de déchets agricoles, des déchets municipaux, et même des plastiques recyclés."
Mais la durabilité ne se limite pas à l’origine des composants. L’ensemble du processus est scruté.
"Ce qui est essentiel, c’est de mesurer l’énergie utilisée pour transformer ces matières premières en molécules exploitables. Il y aura donc un calcul de l’intensité carbone du procédé, depuis la matière première jusqu’au mélange final."
La FIA a fixé un cadre strict cependant !
"Oui ! La Fédération a imposé que le nouveau carburant de course permette une réduction d’au moins 65 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport à un carburant fossile de référence standard."
Si la transformation concerne avant tout l’origine et la durabilité des composants - avec une chaîne d’approvisionnement certifiée par la FIA - l’objectif reste de conserver des caractéristiques proches des carburants actuels.
"Idéalement, si nous étions capables de produire un carburant ayant exactement la même composition qu’aujourd’hui, tout le monde chez la Scuderia Ferrari serait ravi, car nous savons que ces molécules fonctionnent très bien dans leur moteur."
La tâche est cependant rendue plus complexe par la nouvelle génération d’unités de puissance introduite en 2026. Le V6 turbo de 1,6 litre demeure, mais le rôle de l’électricité devient central avec une utilisation accrue du MGU-K, tandis que le MGU-H, couplé au turbo, disparaît complètement.
"Adapter notre formulation aux exigences du moteur est l’un de nos principaux objectifs," précise Loreti.
"Nous travaillons comme un tailleur. Nous essayons de comprendre comment le moteur est conçu et quelles molécules correspondent le mieux à son ’appétit’."
"C’est comme dessiner une robe pour un corps spécifique, plutôt que d’aller dans un magasin et d’en acheter une qui pourrait à peu près aller. Ce processus d’optimisation très spécifique ne change pas réellement."
"Notre projet a commencé en 2022. Dès que le carburant utilisé de 2022 à 2025 a pris la piste, nous avons lancé le nouveau programme."
"Il y a eu une phase d’exploration pour comprendre ce qui était disponible sur le marché, mais aussi pour identifier les manques : qu’est-ce que nous aimerions avoir et qui n’existe pas encore ?"
C’est un travail collectif de grande ampleur qui a dû être déployé.
"Nous avons consulté des experts en procédés industriels, des chimistes, des spécialistes de l’optimisation des processus de fabrication. Nous avons vraiment exploité les connaissances d’un très grand nombre de collègues."
"Pour atteindre les objectifs fixés, l’innovation est indispensable. Nous devons être imaginatifs. Nous devons explorer de nouvelles solutions, des choses qui n’ont jamais été faites auparavant, et trouver la meilleure façon de fournir malgré tout la même performance, la même efficacité et le niveau de durabilité requis."
C’est précisément ce type de défi qui nourrit la longévité et le succès du partenariat entre Shell et Ferrari.
"J’aime quand il y a un retournement de situation, quand il y a de nouveaux règlements," confie Loreti.
"Au début, on se dit : ’maintenant, ma vie devient très compliquée, je dois repartir de zéro et penser différemment’, mais c’est justement ce qui alimente l’enthousiasme."
"Un nouveau règlement, un nouvel objectif, c’est relever la barre, rendre le jeu plus difficile, mais aussi beaucoup plus amusant."
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