Aston Martin F1 a dû récupérer du matériel à Sakhir pour aller à Sepang
Un casse-tête logistique qui n’est pas terminé pour cette saison
Aston Martin F1 s’apprête à disputer le Grand Prix de Bahreïn en Malaisie, puisque la manche prévue à Sakhir en début de saison a été remplacée et délocalisée à Sepang. Mais en ajoutant une course entre Bakou et Singapour, la Formule 1 a rendu le défi logistique particulièrement difficile pour les teams, qui ont dû prévoir rapidement une façon de modifier les trajets prévus par le matériel.
Le coordinateur du fret de l’équipe de course, Dale Magorrian, révèle les défis logistiques auxquels l’équipe a fait face cette saison en raison de l’annulation de courses et de la décision d’accueillir le Grand Prix de Bahreïn à Sepang.
"Nous avons eu vent de notre éventuelle venue à Sepang quelques jours seulement avant que cela ne soit confirmé lors du Grand Prix de Hongrie. Nous avons eu des réunions urgentes avec DHL, le partenaire logistique de la F1, et nous avons exploré toutes les pistes possibles pour intégrer cette course dans notre calendrier de fret maritime."
"Nous avons envisagé de détourner notre lot de Singapour, que venait d’être chargé et expédié depuis le Royaume-Uni, directement vers la Malaisie. L’idée était qu’après la course à Sepang, il soit acheminé par camion de nuit vers Singapour."
"Mais lorsque nous avons examiné les détails, comme les douanes et le manque de véhicules disponibles, nous avons changé d’avis car il semblait qu’il n’arriverait pas à temps pour la course de Singapour, même s’il n’y a que quatre heures et demie de route."
"Nous avons envisagé d’emmener l’un de nos lots européens en Malaisie, ce qui ne nous en aurait laissé qu’un seul pour les Grands Prix d’Italie et d’Espagne, ce qui semblait réalisable, mais nous avons ensuite appris qu’il serait peut-être possible de récupérer les lots bloqués à Bahreïn, qui s’y trouvaient depuis les essais de pré-saison."
"Nous avons pensé que c’était la meilleure voie à suivre mais, bien sûr, c’est proche d’une zone de conflit. Avant de faire quoi que ce soit, nous devions nous assurer de comprendre, puis de suivre, les directives officielles pour ceux qui allaient travailler dans cette partie du monde. La sécurité de toutes les personnes impliquées dans le processus a été primordiale du début à la fin."
Nous devions tout explorer et trouver ce qu’il y avait de mieux pour l’équipe. Nous devions éliminer le plus de risques de retard possible tout en prenant en compte les coûts."
Sakhir est devenu "un circuit fantôme"
L’équipe a dû en plus composer avec un matériel moins nombreux que par habitude, puisque le matériel qui devait être utilisé au GP de Bahreïn à Sakhir était déjà sur place après les essais hivernaux quand la guerre a éclaté dans la région, bloquant un lot complet de fret sur un circuit devenu inutilisé.
"Nous utilisons six lots de fret maritime pour transporter des équipements importants destinés à notre garage et à nos unités d’hospitalité à travers le monde, et l’un de ces lots se trouvait à Bahreïn depuis les essais de pré-saison."
"Nous avions construit le garage et l’espace d’hospitalité pour l’occasion et, la course devant avoir lieu seulement quelques mois plus tard, il y avait un accord entre la Formula One Management et le circuit permettant à toutes les équipes de laisser tout entièrement monté."
"À la fin de la pré-saison, nous avons tout laissé en place, baissé les rideaux métalliques du garage et supposé que nous le retrouverions quelques semaines plus tard pour la course. Évidemment, la course n’a jamais eu lieu."
"C’est devenu un peu un circuit fantôme. Tout notre équipement est resté là, inactif pendant de nombreux mois, bien plus que nous l’aurions souhaité. Nous avions des inquiétudes concernant certains équipements électriques, les batteries stockées là-bas, et des choses de ce genre."
Mais ce lot a maintenant été déplacé de Bahreïn à Sepang, avec pour autant des difficultés à surmonter, entre une région paralysée, des obligations autour du transport, et du matériel qui n’est pas toujours utilisable.
"Normalement, nous avons notre équipe de démontage et de montage pour superviser le déballage et l’emballage du lot sur place, au circuit, mais cela n’a pas été possible à Bahreïn."
"À la place, nos sous-traitants d’aide à la construction de garages nous ont offert, ainsi qu’à d’autres équipes, leurs services pour se rendre à Bahreïn afin d’emballer le garage et l’hospitalité pour nous. Après quelques discussions internes et un examen des directives officielles de voyage, nous avons convenu que c’était notre meilleure option."
"C’était compliqué, et le temps était compté. DHL avait besoin d’un point de contact pour les factures, les notes sur les marchandises dangereuses, et j’ai dû parler plusieurs fois aux personnes sur place à Bahreïn. Ils avaient leurs propres défis à relever, notamment un créneau de quatre heures chaque jour où ils ne pouvaient pas travailler car les températures approchaient les 50°C."
"C’était si tôt dans la saison que nous avions vu le lot pour la dernière fois que certains des équipements que nous utilisons maintenant ont changé depuis. C’était un autre point que nous avons dû établir."
"Mohammed Al-Bastaki, cadre supérieur pour les événements, les activités et la logistique au circuit international de Bahreïn, était sur place à Bahreïn pour faire la liaison avec Joe Micklewright, notre coordinateur de l’équipe de course. Il nous a envoyé plus de 150 photos du garage avant le démontage et notre départ pour la Malaisie, afin que nous puissions évaluer ce que nous avions et ce qui nous manquait."
"Nous avons eu 24 heures pour rassembler la liste, faire emballer cet équipement et l’envoyer dans un autre conteneur depuis le Royaume-Uni pour qu’il rejoigne la Malaisie. Pendant ce détroit, depuis Bahreïn, le lot a été transporté par camion vers le côté sud du détroit d’Ormuz pour sortir par un port de cette zone."
"Nous avons examiné un port à Oman, mais le délai de transport par la route était de 21 jours, ce qui n’aurait pas permis d’arriver en Malaisie assez rapidement. Nous avons envisagé affréter un navire, mais il ne serait pas arrivé à temps non plus."
"DHL a donc trouvé un autre port. Il était très proche de l’Iran, mais les directives officielles indiquaient qu’il se trouvait dans une zone de voyage approuvée, et il était toujours considéré comme un port sûr. Il est parti le 24 août et le trajet a pris deux semaines, ce qui nous a laissé le temps de décharger un peu plus tôt que d’habitude afin de pouvoir vérifier les choses."
"Nous devions tout explorer et trouver ce qu’il y avait de mieux pour l’équipe. Nous devions éliminer le plus de risques de retard possible tout en prenant en compte les coûts. Mais, en fin de compte, la course à Sepang avait été organisée et nous devions donc faire ce qu’il fallait pour y acheminer le matériel."
Une fin de saison qui sera complexe
Le fait de manquer de matériel a toutefois eu des conséquences difficiles au cours de la saison : "Perdre l’un de nos six lots pendant six mois a eu un effet domino cette saison. Normalement, lors de la dernière course européenne de l’année, Madrid cette année, le lot présent sur place revient à la base."
"Ainsi, après Madrid, il aurait dû passer trois ou four mois au Royaume-Uni pour être préparé en vue de l’année prochaine. Mais maintenant, nous l’avons expédié directement de Madrid vers le Brésil pour le Grand Prix de São Paulo car nous n’avons pas le temps de l’envoyer au Royaume-Uni, de le réviser et de l’expédier au Brésil."
"Nous n’avions jamais exporté directement de l’UE vers un port de vols lointains auparavant, ce qui entraîne des complications avec les carnets ATA, un document douanier international qui agit comme un passeport pour vos marchandises, vous permettant de déplacer temporairement des articles d’un pays à l’autre sans payer de droits de douane ou de taxes d’importation. Cette année, nous le faisons deux fois."
Et avec une fin de saison qui pourrait être délocalisée du Moyen-Orient vers Imola, mais pas encore annoncée, Aston Martin se tient pour l’instant au plan officiel, tout en n’envoyant pas ses lots de fret dans la région si ce n’est pas nécessaire.
"Actuellement, nous devons retourner au Moyen-Orient à la fin de cette année avec des courses au Qatar et à Abu Dhabi, et espérons que tout se passera sans accroc."
"À l’heure actuelle, notre plan est de déplacer le lot de Singapour vers le Qatar et de déplacer celui de l’Azerbaïdjan vers Abu Dhabi. Nous conservons ce lot en Azerbaïdjan aussi longtemps que possible, juste au cas où les choses changeraient à la dernière minute."
"Cela a été une année intense dès le premier jour de rentrée en janvier. Nous avons eu les essais de déverminage à Barcelone suivis des essais de pré-saison, puis une autre longue saison, même si nous finissons par avoir une ou deux courses de moins que les 24 Grands Prix prévus."
"Mais nous avons été capables de faire face à tout ce qui s’est dressé sur notre chemin. Cela a causé quelques nuits blanches, bien sûr, mais j’aime vraiment mon travail et relever les défis qui se présentent. J’ai l’esprit très logistique, et je suis aussi très proactif, peut-être trop, mais avec ce travail, il faut anticiper de plusieurs mois.
"Dans notre service, nous sommes très organisés, et il y a toujours un plan au fond de notre esprit au cas où les choses changeraient. La plupart du temps, vous ne souhaitez pas appliquer ce plan parce que vous savez tout le travail acharné qui suivra, mais nous gérons tout du mieux que nous pouvons. Nous le ferons toujours."
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