Formule 1

Après le camouflet des pneus 2020, Pirelli prépare déjà sa revanche…

Plusieurs déclarations reviennent sur l’inconséquence du choix de conserver les Pirelli 2019

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Par A. Combralier

18 janvier 2020 - 14:38
Après le camouflet des pneus 2020, (...)

A la suite des essais de post-saison, à Abu Dhabi, Pirelli avait vécu un véritable camouflet. Les équipes, visiblement peu satisfaites des tests des composés 2020, avaient décidé, à l’unanimité, d’enterrer les spécifications 2020 pour conserver les pneus 2019.

Cette décision fut un rude coup porté au travail de recherche et de développement de Pirelli - de longs mois de travail à jeter à la poubelle.

Pendant plusieurs semaines pourtant, Mario Isola avait maintenu que les tests initiaux, à Austin, en EL1, avaient été peu représentatifs en raison des conditions froides et des voitures dont les réglages n’étaient guère adaptés ; que les essais d’Abu Dhabi seraient bien plus pertinents en la matière ; et que les impressions « subjectives » des pilotes devaient être contrebalancées par rapport aux données « objectives » analysées par les ingénieurs.

Rien n’y fit cependant et après Abu Dhabi, le vote des équipes a balayé d’un revers de la main tous ces éléments.

Avec le recu, Mario Isola a admis que « certains objectifs » des composés 2020 n’avaient pas été atteints, en raison de résultats « légèrement différents » par rapport aux attentes des ingénieurs. Mais le responsable de Pirelli a immédiatement précisé que dans l’ensemble, le bilan de ces tests d’Abu Dhabi avait souligné des « aspects positifs » et qu’il avait même été « très bon et représentatif. »

En vérité, depuis les dernières semaines, Pirelli a fait le dos rond ; mieux, en prévision de la saison 2020, le manufacturier italo-chinois donne le sentiment de préparer sa revanche.

Tout d’abord, Pirelli a analysé plus en détail les causes du vote des équipes, en assurant qu’il n’était pas forcément dicté par la faible performance des pneus 2020, mais tout simplement par le désir d’économiser des coûts.

« Ce test des pneus 2020 est arrivé assez tard pour tout le monde et le fait qu’ils ont des caractéristiques différentes, notamment en termes de profil, surtout pour le pneu arrière, cela a un impact sur l’aérodynamique, sur les appuis » confiait Mario Isola. « Cela signifiait donc pour les équipes de relancer des développements différents pour leurs F1 de 2020, pour s’adapter au nouveau design. Mais les voitures de 2020 ont été vite avancées parce qu’il y a 2021 à préparer. »

Autrement dit, en conservant des pneus 2019, les équipes se seraient épargnées des dépenses supplémentaires, alors que de lourds investissements doivent être consentis pour préparer 2021. La qualité du travail des ingénieurs de Pirelli n’aurait rien à voir avec ce genre de considérations financières.

Après avoir analysé les causes de ce vote, Mario Isola en a ensuite cerné les conséquences possibles. Là de même, Pirelli adresse un message aux équipes sous la forme d’un « Je vous l’avais bien dit »…

Tout d’abord, avec des pneus parfaitement connus des équipes, Pirelli s’attend à des courses plus prévisibles et donc à un spectacle moins intéressant en 2020. « À mon avis, les courses seront plus prévisibles car le rôle joué par les pneus sera moindre. Et c’est précisément ce qui a rendu le spectacle attractif ces dernières années dans bon nombre de cas » déplore ainsi déjà Mario Isola.

Autre point négatif possible, et non des moindres, déjà annoncé par Mario Isola : la surchauffe chronique des pneus. Cette surchauffe avait été longtemps décriée, et les pneus 2019 avaient eu le mérite d’y mettre fin, certes au bénéfice d’une fenêtre de fonctionnement plus étroite.

Mais la surchauffe devrait donc bien revenir selon Mario Isola, en raison de la progression naturelle des performances des monoplaces : « Je peux m’attendre à ce que nous franchissions [sur le plan de la performance] un nouveau cap en 2020. Cela signifie plus d’appui, et donc plus d’énergie. Si l’on devait prédire quelque chose, ce serait surement plus de surchauffe, possiblement. Cela s’expliquerait par l’énergie additionnelle qui va aller dans les pneus. » Par conséquent Pirelli s’attend à plus de « gestion de rythme » en 2020 – là encore, il s’agit d’un élément décrié par les fans.

Des courses plus prévisibles, de la surchauffe, des équipes égoïstes : Pirelli accumule ainsi récemment les déclarations pour décrédibiliser les choix des équipes et par-là même, réaffirmer une autorité et une légitimité qui avaient été grandement affaiblies.

Dans le même temps, Pirelli continue d’essayer d’asseoir sa crédibilité en communiquant sur les premiers retours des 18 pouces, qui seront utilisés en 2021 en F1 et dès cette année en F2.

Alors que les pilotes craignent une sévère perte de performance en raison du passage aux 18 pouces, Mario Isola a voulu rassurer sur ce point : « En termes de performances, les pneus F2 de 18 pouces sont en ligne avec celles des pneus de 13 pouces. C’est un bon résultat, je ne m’attends pas à avoir des voitures plus lentes cette saison. »

Dans le même temps, Pirelli a déjà plusieurs fois communiqué sur les « résultats positifs » des premiers tests F1 pour 2021.

Ironie de l’histoire, Mario Isola a même précisé que certains « concepts » des pneus 2020 seraient « utiles » pour les 18 pouces en 2021. Les pneus 2020, l’an prochain, pourraient ainsi prendre leur revanche posthume…

On l’aura compris, Mario Isola et Pirelli commencent à savourer la revanche, la revanche de leur crédibilité et de leur expertise d’ingénierie. Reste désormais à ce que la réalité de la piste confirme les prédictions des discours !

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