Psychologue à 8000€ de l’heure : la pression extrême subie par Pérez chez Red Bull
Sergio se confie davantage sur l’équipe de Milton Keynes
Sergio Pérez a levé le voile sur un aspect méconnu de son passage chez Red Bull Racing : le recours à un psychologue facturé 8000 euros de l’heure, engagé à l’initiative d’Helmut Marko pour l’aider à surmonter ses difficultés lors de ses débuts au sein de l’écurie autrichienne.
Désormais pilote Cadillac F1, le Mexicain laisse entendre que la facture n’a pas été réglée par l’équipe basée à Milton Keynes, mais directement par Marko lui-même. Une anecdote révélatrice de la pression mentale entourant le rôle de second pilote chez Red Bull, malgré un début de collaboration qui laissait entrevoir une solution durable aux problèmes rencontrés depuis le départ de Daniel Ricciardo fin 2018.
Arrivé chez les sextuples champions du monde des constructeurs en 2021, Pérez peine initialement à obtenir des résultats à la hauteur des attentes. Selon ses propres mots, la réaction du management est immédiate.
"Dès que je suis arrivé chez Red Bull, lors des premières courses où je n’obtenais pas de résultats, on m’a dit : ’Ce qu’il te faut, c’est un psychologue. Tu dois voir un psychologue’," a-t-il raconté sur le podcast Cracks.
"J’étais ouvert à tout, bien sûr. Donc je parle avec le psychologue et je lui dis : ’Hé, appelle-moi, je suis Sergio Pérez’, blablabla, c’était un Anglais. Je lui dis : ’Aujourd’hui, je n’ai pas le temps pour une séance, mais parlons, trouvons un moment’. C’était parfait."
"Et un jour, j’arrive à l’usine Red Bull et on me dit : ’Hey, il y a une facture pour toi’ ! 8000 euros, alors qu’on n’avait pas encore parlé ! Juste un coup de fil pour trouver un rendez-vous. Alors j’ai dit à la secrétaire : ’Peux-tu l’envoyer à Helmut, s’il te plaît ? Il va la payer’."
"C’était 8000 euros pour un seul appel donc ! Alors Helmut reçoit ça et me dit : ’Alors, comment ça s’est passé avec lui ?’ J’ai ri ! Ensuite il y a eu de vrais séances. Et on a tenu trois ans avec le psychologue."
"Les résultats ont commencé à arriver... au final, le coup de fil a fonctionné. Au début. Et puis, les dernières années, c’était tellement compliqué que je me disais : ’Bon, peut-être que j’ai vraiment besoin d’aide, les résultats ne viennent pas’."
Héros du Grand Prix d’Abu Dhabi 2021, où il a livré une défense mémorable face à Lewis Hamilton pour soutenir Max Verstappen dans sa conquête du titre mondial, Pérez reste performant jusqu’à un premier véritable décrochage en 2023. Lorsque ses difficultés refont surface en 2024, Red Bull estime devoir agir. Mais pour le Mexicain, les problèmes rencontrés avec la voiture ne pouvaient pas être réglés uniquement par un accompagnement psychologique.
"J’ai cherché partout, mais au fond de moi, je savais parfaitement que quand tu as une voiture où tu te demandes ce qui va se passer, ce qu’elle va faire, dans quel virage tu vas te crasher, tu ne peux pas aller vite. Un psychologue ne peut rien pour ça."
Cette réalité, Pérez affirme qu’elle lui avait été exposée dès le départ. Sa première discussion avec Christian Horner, alors directeur d’équipe, a été sans ambiguïté.
"Je savais dans quoi je m’engageais sur le plan mental. Ce projet est construit pour Max. Quand je me suis assis pour la première fois avec Christian, il m’a dit : ’Regarde, on va courir avec deux voitures parce qu’on doit courir avec deux voitures. Mais ce projet a été créé pour Max. Max est notre talent’."
"C’est comme si mon soutien, Carlos Slim, construisait une équipe et que j’étais son pilote, et que tu engages un Néerlandais. C’est la même chose."
"C’est donc là que je mettais les pieds, et j’en étais parfaitement conscient. Je lui ai dit : ’Ce n’est pas grave. Dans cette équipe, je vais développer la voiture, je vais soutenir les efforts, je vais soutenir l’équipe’."
Au fil du temps, le message semble toutefois évoluer. Pérez laisse entendre que Red Bull lui reprochait un manque de concentration, une critique cohérente avec certaines déclarations controversées d’Helmut Marko, qui avait attribué l’inconstance du Mexicain à une supposée "mentalité mexicaine".
Marko, tout comme Horner, Adrian Newey et d’autres figures clés, a depuis quitté Red Bull. Et comme Pérez l’avait pressenti, ses successeurs aux côtés de Verstappen ont peiné à convaincre, jusqu’à la promotion d’un nouveau junior, Isack Hadjar, pour la saison 2026.
"Je me souviens que lors de mes adieux avec Christian, je lui ai dit : ’Hé Christian, qu’est-ce que tu vas faire quand ça ne marchera pas avec Liam ?’"
"Il m’a répondu : ’Eh bien, il y a Yuki’. Et qu’est-ce que tu feras quand ça ne marchera pas ? ’Pas de souci, on a beaucoup de pilotes’."
"Je lui ai dit : ’Eh bien, tu vas tous les use’. Il m’a répondu : ’Oui, je sais’."
Tout n’a cependant pas été difficile pour le Mexicain. Début 2022, il se souvient avoir été plus rapide que Verstappen dans le simulateur, avant que l’évolution de la voiture ne change la donne.
"En 2022, quand la voiture est sortie par erreur très lourde, avec une répartition du poids trop à l’avant, elle était beaucoup plus stable, exactement ce que je recherchais."
"À ce moment-là, je me souviens que dans le simulateur, j’étais plus rapide que Max, et j’arrivais aux week-ends de course en pensant à gagner. Tout venait naturellement. En tant que pilote, quand tu n’as pas à réfléchir à la façon de piloter, à ce que la voiture va faire, tout vient automatiquement."
Pérez estime même s’être battu pour le titre cette année-là, jusqu’à l’introduction des évolutions.
"Ensuite, les évolutions arrivent, et il y a une direction très claire que l’équipe doit suivre, et c’est là que je commence à avoir des problèmes. Je ne sais plus ce que la voiture va faire dans le virage, je pense déjà à ne pas me crasher, et là commencent les accidents. Tu n’as plus le contrôle à 100 %."
"La même chose arrive en 2023. L’équipe construit une voiture plus stable pour les deux pilotes, mais dès que les évolutions arrivent et que je commence à me battre pour le championnat avec Max - il gagne une course, j’en gagne une, puis lui, puis moi - on était très proches."
"Et quand on arrive à Barcelone, je passe de la lutte en tête à une seconde au tour de retard. Je n’avais plus le contrôle de la voiture. Et toute cette pression commence. Cette pression est très dure, parce qu’au final, le fautif, c’est le pilote, non ? Parce que tu n’es pas concentré, parce que tu fais trop de publicités ou de marketing, ou parce que tu es impliqué dans d’autres choses."
Enfin, Pérez confie avoir reconnu une part de son propre parcours dans celui de Lando Norris en début de saison 2025.
"Je pense que Norris a fait une bonne saison. Quand il a traversé un peu ce que j’ai vécu, quand il n’avait pas une voiture qui convenait à son style, c’était très difficile pour lui, mais il n’a jamais abandonné. Il a renversé la situation quand McLaren a refait une voiture selon ses spécifications."
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