La FIA espère boucler le retour des V8 en F1 pour 2030 ’d’ici quelques mois’
Ben Sulayem veut accélérer les discussions avec les équipes et les motoristes
Alors que la Formule 1 vient à peine d’entamer une nouvelle ère technique, la FIA prépare déjà une possible révolution pour 2030. Mohammed Ben Sulayem souhaite réintroduire les moteurs V8 dans la discipline et espère que le cadre réglementaire de cette nouvelle génération de groupes propulseurs pourra être défini dans les prochains mois. Mais le président de la fédération reconnaît qu’aucun accord n’a encore été trouvé avec les écuries et les motoristes. Convaincu qu’une motorisation plus simple, moins coûteuse et plus spectaculaire représente l’avenir de la F1, il défend également un retour à des monoplaces plus petites et plus légères, tout en avertissant des contraintes financières que cela pourrait entraîner.
La réglementation moteur introduite en 2026 pourrait finalement connaître une durée de vie relativement courte. Alors que les constructeurs ont investi des ressources considérables dans le développement de leurs nouveaux groupes propulseurs, la FIA envisage déjà une transformation majeure de la philosophie technique de la Formule 1 à l’horizon 2030.
Cette saison, la discipline a adopté une répartition de puissance proche de 50 % entre le moteur thermique et la partie électrique, une évolution qui a profondément modifié le pilotage et la gestion de l’énergie.
Mais cette nouvelle formule a rapidement suscité des critiques. Plusieurs pilotes ont comparé les courses à "Mario Kart", évoquant notamment l’utilisation d’un "champignon donnant un coup d’accélérateur", tandis que d’autres ont décrit les nouvelles monoplaces comme une "Formule E sous stéroïdes".
Les dépassements, devenus particulièrement dépendants de la quantité d’énergie disponible dans la batterie à un instant donné, ont également été qualifiés d’artificiels.
Face à ces critiques, des ajustements ont déjà été annoncés pour les prochaines saisons. En 2027, la répartition de puissance doit évoluer vers 58 % pour le moteur thermique et 42 % pour la partie électrique, avant de passer à 60 % contre 40 % en 2028.
Mais Mohammed Ben Sulayem souhaite aller beaucoup plus loin. Le président de la FIA a pris les devants et défend depuis plusieurs mois l’idée de réintroduire les moteurs V8 en Formule 1. La discipline avait utilisé cette architecture jusqu’à la fin de la saison 2013, avant de passer aux moteurs V6 turbo hybrides en 2014.
Plus tôt cette année, Ben Sulayem avait déjà affirmé être "déterminé à faire revenir les V8 en Formule 1", ajoutant que les motoristes "souhaitent que cela se produise".
Il a réaffirmé cette ambition lors d’une récente visite au Rwanda, destinée à confirmer l’organisation d’un Grand Prix d’Afrique. Mais au cours d’une nouvelle table ronde avec les médias, le dirigeant de 62 ans a reconnu que le projet n’avait toujours pas obtenu l’accord formel des écuries et des fabricants de groupes propulseurs.
Interrogé sur l’existence d’un consensus, il a d’abord répondu : "Non, non, non, pas encore. Mais cela viendra."
Avant de poursuivre, sur le ton de la plaisanterie : "J’espère que cela sera approuvé, parce que vous voyez, sinon il n’y aura pas de V8. Peut-être un V16 s’ils n’acceptent pas le V8, et ils le savent !"
Derrière cette boutade, le président de la FIA assure que le travail de consultation est déjà bien avancé. Les équipes et les motoristes disposent désormais de documents techniques sur lesquels ils doivent se prononcer.
"Il y a eu énormément de consultations. Les documents sont entre les mains des équipes. Elles les étudient. Les directeurs d’écurie, les fabricants de groupes propulseurs, les motoristes. Un pilote a également été consulté à ce sujet."
Des moteurs plus simples et potentiellement deux fois moins chers
L’un des principaux arguments avancés par Ben Sulayem concerne le coût de développement et de fabrication des futurs moteurs. Le président de la FIA estime qu’un retour à une architecture plus simple permettrait de réduire considérablement les dépenses, tout en facilitant la production des groupes propulseurs.
"Lorsque vous simplifiez les choses et que vous divisez ensuite le prix par deux, vous savez, les coûts de recherche et développement ne diminuent pas simplement de moitié. Mais la simplicité qui en découle signifie que la production peut prendre moins de temps."
La réduction des coûts ne dépendrait toutefois pas uniquement du choix de l’architecture moteur. La FIA souhaite également encadrer les matériaux utilisés et éviter une escalade technologique destinée à obtenir des gains de puissance toujours plus faibles, mais extrêmement coûteux.
"Vous savez, il y a aussi la question des matériaux… Le bloc moteur ne doit répondre qu’aux exigences de fiabilité. Ensuite, lorsqu’on monte dans les performances, on arrive à la puissance."
"C’est là qu’il faut fixer des limites, parce que limiter la puissance signifie qu’il faut contrôler les choses pour que personne ne puisse utiliser certains matériaux. Certains matériaux peuvent coûter très cher lorsqu’on essaie d’aller chercher les quelques derniers chevaux."
L’objectif serait donc de proposer un moteur suffisamment performant pour répondre aux exigences de la Formule 1, mais sans reproduire la complexité et les dépenses associées aux groupes propulseurs actuels.
Ben Sulayem insiste également sur un autre élément qui pourrait contribuer à rendre cette nouvelle formule plus attractive : la sonorité.
"Et puis, il y aura le son. Ensuite, une voiture très légère, mais il faut faire très attention au niveau de légèreté que l’on peut autoriser."
Des F1 plus petites et plus légères, mais à quel prix ?
Le président de la FIA ne limite pas ses réflexions à la seule motorisation. Il souhaite également poursuivre la réduction des dimensions et du poids des monoplaces, un sujet régulièrement évoqué dans les discussions sur l’évolution de la Formule 1.
Mais il reconnaît qu’une diminution excessive de la masse pourrait engendrer des dépenses supplémentaires pour certaines équipes.
Interrogé sur la possibilité qu’un moteur V6 permette de concevoir une voiture encore plus légère qu’avec un V8, il a souligné les limites de cette logique.
"Mais une voiture plus légère représente aussi un problème pour eux, parce que certaines équipes devront alors dépenser davantage. Vous savez, nous avons un plafond budgétaire qui est contrôlé, donc il ne suffit pas de rendre les voitures toujours plus légères. Non. Il faut bien sûr les rendre plus petites."
Ben Sulayem estime que les dimensions des monoplaces ont progressivement augmenté au fil des générations, au point de devenir particulièrement impressionnantes lorsqu’on les compare à des voitures plus anciennes. Il a notamment été frappé par cette évolution lors de ses visites à Rétromobile, en France, puis aux 24 Heures du Mans.
"J’étais à Rétromobile cette année, en France, et il y avait deux voitures. Ensuite, je suis également allé au Mans, où j’ai vu une ancienne voiture et une voiture actuelle, qui est énorme par rapport à l’ancienne."
"Je me suis dit que, lorsqu’on y réfléchit, chaque année, ou à chaque cycle de trois ans, les voitures deviennent plus grandes. On ne se souvient plus de ce qu’il y avait il y a 15 ou 20 ans. Mais lorsqu’on les place côte à côte, on voit à quel point les voitures sont devenues grandes aujourd’hui."
Le calendrier de 2030 est-il encore réaliste ?
Alors que la saison 2026 approche de son terme, une question importante demeure : les constructeurs disposeront-ils de suffisamment de temps pour développer une nouvelle génération de moteurs avant 2030 ?
La réglementation actuellement en vigueur avait été définie dès 2022, laissant environ trois années aux motoristes pour concevoir et mettre au point leurs groupes propulseurs. Le calendrier envisagé pour un retour des V8 serait donc plus resserré.
Ben Sulayem reconnaît cette différence, mais estime qu’elle doit être replacée dans le contexte de la complexité des moteurs actuels.
"Oui, mais ce moteur est très complexe. Je suis désolé, vous aviez le MGU-H, puis nous sommes passés au MGU-K. Vous avez une grosse batterie, et c’était une demande des équipes et des motoristes."
"Ici, lorsque je dis que ce sera plus simple, ce sera véritablement plus simple."
"Vous pouvez aller demander à un motoriste et il vous dira combien de temps il faut pour construire ce type de moteur."
"Je veux dire que, s’ils reviennent, ils n’approuveront pas seulement les données techniques. Ils approuveront également le temps nécessaire. Ils sauront combien de temps cela prendra."
"Et vous savez, je suis très fier de notre équipe chargée des monoplaces et de la quantité de travail qu’elle a accomplie. Croyez-moi, c’est énormément de travail. Ils ne donneront pas aux équipes quelque chose qui serait tout simplement irréalisable. C’est réalisable pour elles."
Une décision espérée dans les prochains mois
Malgré l’absence d’accord définitif, Mohammed Ben Sulayem demeure convaincu que les grandes orientations de la prochaine réglementation moteur pourront être arrêtées rapidement.
Interrogé sur la possibilité de voir le cadre technique du prochain cycle défini dans les mois à venir, il a répondu : "Oui, oui. Dans quelques mois, je l’espère."
"Bien sûr, nous poussons les équipes et les motoristes à nous répondre, et nous attendrons qu’ils reviennent vers nous."
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