Formule 1

La F1 fait du géant pétrolier Aramco son nouveau sponsor majeur : un message paradoxal ?

En pleine tempête boursière et transition écologique…

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Par Olivier Ferret

10 mars 2020 - 16:11
La F1 fait du géant pétrolier Aramco (...)

La F1 a officialisé, aujourd’hui, la conclusion d’un partenariat de sponsoring important avec Aramco, la compagnie pétrolière saoudienne nationale. Aramco rejoint ainsi les autres sponsors majeurs de la F1, comme DHL, Emirates, Heineken, Pirelli et Rolex.

Concrètement, en échange d’un montant tenu secret, la marque Aramco devrait s’afficher sur la plupart des circuits au calendrier, et sera même sponsor-titre pour les Grands Prix aux États-Unis, en Espagne et en Hongrie. La F1 devrait à ces occasions redoubler d’efforts en communication, afin de présenter Aramco comme une entreprise « innovante en matière de technologies relatives aux mobilités. »

Ce partenariat est le premier qu’Aramco conclut depuis sa privatisation partielle et son introduction en bourse l’an dernier. La compagnie avait alors réussi la plus grosse introduction boursière de l’histoire (valorisation de la société à plus de 2 trillions de dollars !).

Cette performance est bien sûr impressionnante, mais elle cache aussi des fragilités structurelles et conjoncturelles, comme l’illustre le krach pétrolier et boursier en cours. Le cours de l’entreprise a ainsi baissé de plus de 10 % depuis le début de l’année, en raison de la crise du Coronavirus ; et pour la première fois, le cours d’Aramco est inférieur à celui qui prévalait au moment de son introduction en Bourse.

Les tensions sur le marché du pétrole, qui se poursuivent entre la Russie et l’Arabie Saoudite, et qui conduisent à un tassement impressionnant des cours, sans oublier les menaces sécuritaires persistantes (attaques des Houthis, depuis le Yémen, sur les installations pétrolifères saoudiennes) n’incitent d’ailleurs pas à l’optimisme pour l’avenir proche d’Aramco… qui a cependant de quoi voir venir.

« Aramco est sous pression » a ainsi résumé Marie Salem, une spécialiste des marchés financiers pour Daman Securities.

Le timing de l’officialisation de cette nouvelle n’est sans doute pas innocent : au moment même où les doutes s’accumulent sur la soutenabilité du modèle d’Aramco, il s’agit peut-être d’afficher les grandes ambitions de l’entreprise.

En outre, à l’heure où la F1 voudrait verdir son image, pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2030, ce partenariat avec un géant du pétrole pourrait sembler contradictoire et paradoxal. C’est bien pourquoi la F1, dans son communiqué, a assuré qu’elle « combinerait son expertise avec Aramco » afin « d’identifier des opportunités pour progresser sur le plan des carburants durables », mais aussi pour développer des moteurs plus efficients et des nouvelles technologies en matière de durabilité.

Enfin, cette annonce est bien sûr de nature à favoriser l’officialisation prochaine d’un Grand Prix en Arabie Saoudite.

« Nous sommes ravis d’accueillir Aramco dans la famille de la Formule 1 en tant que partenaire mondial à long terme, alors que nous entamons notre saison 2020 » a pour sa part déclaré Chase Carey.

« Nous sommes impatients de partager nos expertises, et de travailler avec Aramco pour trouver de nouvelles solutions en matière d’innovation technologique. Nous bénéficierons énormément de leurs capacités et de leur expertise dans le secteur des carburants et de l’énergie. »

Amin H. Nasser, le PDG d’Aramco, s’est lui dit « excité » à l’idée de ce nouveau partenariat.

« Nous sommes ravis de nous associer à la Formule 1, une marque sportive internationale forte, qui compte des millions de fans dans le monde entier. En tant que premier fournisseur mondial d’énergie et leader de l’innovation, nous avons l’ambition de trouver des solutions qui changent la donne pour arriver à des moteurs plus performants et une énergie plus propre. De tels partenariats sont importants pour nous aider à réaliser nos ambitions. »

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