Horner chez Ferrari : ce qui se cache vraiment derrière les nouvelles rumeurs
Le poste de Vasseur menacé ? Et si Stella était plus crédible ?
Christian Horner a lui-même relancé les spéculations autour de Ferrari en présentant la Scuderia comme "le rêve" et en ouvrant pour elle une exception majeure aux conditions qu’il s’était fixées pour revenir en Formule 1. Pourtant, derrière l’agitation provoquée par ces déclarations et la pression croissante qui entoure Fred Vasseur, aucun rapprochement concret ne serait actuellement engagé. Surtout, une éventuelle arrivée de l’ancien patron de Red Bull nécessiterait une profonde transformation du fonctionnement de Ferrari, tant son approche du pouvoir diffère de l’organisation actuellement en place à Maranello. C’est même une autre piste, celle d’Andrea Stella, qui pourrait être privilégiée !
Les nouvelles spéculations sont nées d’un entretien accordé par Horner au Times, dans lequel il a qualifié Ferrari de "plus grande marque de Formule 1", de "rêve", mais également de "géant endormi".
Et c’est la déclaration suivante qui a particulièrement attiré l’attention : "Il n’y a qu’une seule équipe pour laquelle j’accepterais de ne pas avoir de participation au capital."
Horner faisait évidemment référence à Ferrari, laissant penser qu’il ouvrait directement la porte à une arrivée à Maranello. Le contexte apporte toutefois plusieurs nuances importantes, et le Times a publié une précision importante ces dernières heures.
L’entretien a été réalisé AVANT le Grand Prix d’Italie, au début du mois de septembre, au moment où de nouvelles interrogations commençaient déjà à entourer l’avenir de Vasseur. Il s’agissait par ailleurs d’une opération promotionnelle liée au livre que Horner doit publier en octobre, organisée par son éditeur et non directement par l’ancien directeur de Red Bull.
Aucun échange actuel entre Horner et Ferrari
Horner entretient depuis longtemps des contacts réguliers avec John Elkann. Le président de Ferrari s’était même rendu chez lui durant l’été 2022 afin de lui proposer le poste de directeur de la Scuderia, avant que celui-ci ne soit finalement confié à Vasseur.
Horner avait refusé. Et malgré les nouvelles spéculations, aucune discussion concernant un poste à Maranello n’aurait actuellement lieu entre les deux parties. Plus important encore, certaines des réserves qui avaient poussé Horner à décliner l’offre de Ferrari il y a quatre ans seraient toujours présentes.
La question de la participation au capital ne serait en réalité qu’une partie du problème. Horner pourrait théoriquement accepter de diriger Ferrari sans posséder de parts de l’équipe. Mais il considérerait toujours comme indispensable de disposer d’un très important pouvoir décisionnel. C’était précisément le modèle qu’il avait construit chez Red Bull.
Horner ne détenait aucune participation dans Red Bull Racing, mais son double rôle de directeur général et de directeur d’équipe lui permettait de contrôler une grande partie de son fonctionnement. Il pesait sur le choix des pilotes, les recrutements, les contrats de sponsoring concernant Red Bull mais aussi Racing Bulls, ainsi que sur les investissements majeurs.
Il avait notamment joué un rôle central dans la création de Red Bull Powertrains et dans le projet de nouvelle soufflerie, deux investissements qu’il jugeait indispensables pour assurer l’avenir de l’équipe. Pour Horner, ce niveau de contrôle était une condition de la réussite.
Mais cette influence grandissante a également participé à sa chute. La direction autrichienne de Red Bull a notamment été préoccupée par l’idée que l’équipe devienne progressivement "Horner Racing" selon les propres mots de Horner.
L’ancien directeur reste néanmoins convaincu qu’il n’existe qu’une manière pour lui de réussir en Formule 1 : disposer de l’autorité nécessaire pour prendre les décisions. Dans sa vision, devoir faire valider chaque choix important ou secondaire par un niveau hiérarchique supérieur empêcherait un directeur d’équipe de fonctionner efficacement. C’est précisément la raison pour laquelle il cumulait les fonctions de directeur général et de directeur d’équipe chez Red Bull.
Ferrari devrait revoir toute son organisation
Reproduire une telle structure à Maranello demanderait toutefois un changement radical de philosophie de la part d’Elkann et du directeur général Benedetto Vigna. Ferrari s’appuie depuis plusieurs années sur une organisation beaucoup plus rigide. Ni Mattia Binotto, entre 2019 et 2022, ni Vasseur depuis 2023 n’ont bénéficié d’un pouvoir comparable à celui dont disposait Horner chez Red Bull.
Même si Elkann et Vigna décidaient donc que Horner constituait le dirigeant idéal pour Ferrari, ils devraient profondément modifier le fonctionnement de la Scuderia. L’ancien patron de Red Bull souhaiterait probablement disposer d’une autorité dont aucun directeur de Ferrari n’a véritablement bénéficié depuis l’époque Jean Todt, lorsque le Français avait contribué à construire l’organisation victorieuse autour de Michael Schumacher à la fin des années 1990 et au début des années 2000.
Mais la question dépasse encore la seule volonté d’Elkann et Vigna. Il faudrait également déterminer si l’organisation de Maranello elle-même serait prête à accepter une transformation aussi importante.
Équipe la plus historique de la Formule 1, Ferrari possède une culture interne développée sur plusieurs décennies, avec une dimension politique parfois difficile à maîtriser. Vasseur a déjà reconnu les difficultés auxquelles il avait été confronté pendant ses premiers mois.
L’une de ses priorités avait notamment été d’encourager les employés à prendre davantage de risques et à assumer leurs décisions plutôt que de chercher constamment à se protéger par crainte d’être désignés responsables en cas d’échec. Le Français avait également été contrarié par la facilité avec laquelle certaines informations internes semblaient parvenir aux médias italiens depuis Maranello. À ses yeux, ces fuites fournissaient directement des informations utiles aux adversaires de Ferrari.
La pression médiatique représente elle aussi une particularité. Aucune autre équipe de Formule 1 ne fait l’objet d’un niveau comparable d’attention, chaque décision étant analysée et les informations publiées dans la presse pouvant elles-mêmes avoir des conséquences à l’intérieur de l’usine. Vasseur s’est justement efforcé d’en protéger autant que possible ses employés.
Pour Horner, une question resterait donc impossible à résoudre avant une éventuelle arrivée : Ferrari accepterait-elle réellement les changements profonds qu’il souhaiterait imposer ? S’il rejoignait Ferrari, Horner chercherait très probablement à s’entourer de collaborateurs de confiance qu’il considérerait indispensables pour faire progresser l’équipe.
Une telle méthode pourrait toutefois froisser certains membres déjà présents à Maranello. Le risque serait alors de créer différents clans au sein de la Scuderia, avec des résistances internes susceptibles de ralentir les progrès recherchés. Voilà pourquoi l’abandon de l’exigence d’une participation au capital ne suffirait pas à rendre une arrivée de Horner simple.
L’ancien directeur de Red Bull semble lui-même parfaitement conscient de la complexité qu’impliquerait son recrutement. Il avait reconnu dans son entretien au Times pouvoir être à la fois "le remède et le problème" pour une équipe souhaitant le recruter.
"Il arrive un moment où la compétitivité d’une équipe prend le dessus sur les autres considérations liées à l’ego."
Ses déclarations ont malgré tout suffi à relancer les spéculations et, indirectement, à augmenter encore la pression sur Vasseur.
Vasseur de nouveau sous pression
Le leadership du Français avait déjà été placé sous le feu des projecteurs après le Grand Prix d’Italie. Hamilton avait alors expliqué que la responsabilité de mettre en œuvre les changements nécessaires au progrès de Ferrari revenait au directeur de l’équipe.
Certains médias italiens avaient interprété ses propos comme un appel à changer de dirigeant. Le septuple champion du monde avait ensuite dû clarifier publiquement sa position. "Je n’ai jamais demandé que quelqu’un dans mon équipe soit remplacé."
Depuis plusieurs Grands Prix, des rumeurs circulent également dans le paddock selon lesquelles Ferrari aurait déjà décidé d’attendre la fin de la saison avant d’envisager un changement de direction.
Aucune confirmation n’est venue étayer cette hypothèse. Après le Grand Prix d’Azerbaïdjan, Vasseur a cependant reconnu que cette situation commençait à peser sur le fonctionnement quotidien de l’équipe.
Il a admis que Ferrari ne travaillait "pas dans une sérénité absolue", qualifiant la situation de "frustrante" puisque "50 % des questions" qui lui sont posées concernent désormais son avenir.
Ce n’est pas la première fois que son poste est présenté comme menacé. Depuis son arrivée chez Ferrari, Vasseur a régulièrement dû composer avec des articles annonçant une possible éviction. La dernière fois que les spéculations avaient atteint un niveau comparable, au milieu de la saison 2025, Ferrari avait répondu en lui accordant un nouveau contrat pluriannuel.
Le Français sait qu’il ne pourra probablement pas mettre définitivement fin aux rumeurs par ses déclarations. Sa meilleure réponse reste donc les résultats en piste.
Interrogé sur sa volonté de continuer à se battre malgré les interrogations croissantes, il a répondu : "Bien sûr. Le sport automobile est ma vie, c’est mon métier. J’essaie de faire de mon mieux. Bien sûr. Je suis là pour faire mon travail. J’ai le meilleur métier du monde. Mais c’est comme ça. Il nous reste encore sept courses à disputer et je pousserai jusqu’au dernier virage."
Quant aux décisions qui pourraient être prises concernant son avenir, Vasseur reconnaît qu’elles ne lui appartiennent pas.
"Cela ne dépend pas de moi."
Arrivabene doute que Horner puisse tout changer, Stella en solution plus crédible
Ancien directeur de Ferrari, Maurizio Arrivabene a également mis en garde contre l’idée qu’un seul dirigeant, même aussi titré que Horner, pourrait résoudre les difficultés de Maranello.
"Chez Ferrari, une seule personne ne changera rien. L’arrivée d’un dirigeant ayant remporté autant de titres que Horner serait davantage négative que positive, car cela créerait des attentes encore plus élevées. En plus, il faudrait repartir de zéro."
Le débat ne se limite cependant pas à Horner. Si Ferrari décidait effectivement de se séparer de Vasseur, plusieurs autres noms ont déjà circulé. Jérôme d’Ambrosio, actuellement directeur adjoint de l’équipe, et Antonello Coletta, responsable du programme Endurance de Ferrari, ont notamment été évoqués.
Mais un autre profil, actuellement beaucoup moins présent dans les spéculations, pourrait théoriquement présenter de nombreux avantages : Andrea Stella.
L’Italien connaît parfaitement Maranello pour y avoir effectué une grande partie de sa carrière avant de rejoindre McLaren. Son nom avait déjà été associé par le passé à une possible direction de Ferrari.
Une autre pièce est venue alimenter cette hypothèse lorsque McLaren a recruté Gianpiero Lambiase, ingénieur de course historique de Max Verstappen chez Red Bull, pour occuper le poste de directeur des opérations sportives.
Red Bull avait alors livré sa propre interprétation de ce transfert. En mai, Laurent Mekies avait affirmé comprendre que Lambiase devait à terme devenir directeur de McLaren.
"Écoutez, j’ai effectivement compris que Lambiase allait chez McLaren pour devenir directeur d’équipe. C’est ce que je vous avais dit à l’époque à Miami. Évidemment, nous avons eu plusieurs conversations avant qu’il prenne cette décision. Maintenant, ne me demandez pas si cela va se produire. Le calendrier ne me concerne pas. Je peux simplement vous dire le contenu de nos conversations."
McLaren avait immédiatement réagi fermement. L’équipe avait rappelé qu’Andrea Stella était déjà son directeur et qu’il n’existait aucune raison de penser que l’Italien envisageait un départ. Les spéculations avaient malgré tout imaginé un scénario dans lequel Stella rejoindrait un jour Ferrari et Lambiase deviendrait son successeur à Woking.
Cela reste précisément cela : une hypothèse. Même si Ferrari décidait de cibler Stella, plusieurs obstacles pratiques se présenteraient. McLaren pourrait elle-même devoir attendre jusqu’en 2028 avant de pouvoir pleinement utiliser Lambiase si Red Bull lui imposait une longue période de préavis sans activité.
Laisser partir Stella immédiatement placerait donc l’équipe britannique dans une situation particulièrement compliquée. Et l’Italien devrait probablement lui-même respecter une période comparable avant de pouvoir commencer à travailler pour une équipe rivale.
Reste que son profil serait théoriquement particulièrement attractif pour Ferrari. Stella est Italien, a été formé à Maranello, connaît l’organisation et sa culture, et a connu un important succès dans ses fonctions chez McLaren, avec trois titres mondiaux à la clé.
Cela ne signifie toutefois pas que Ferrari envisage actuellement de le recruter. Comme pour une grande partie des discussions concernant l’avenir de la direction de la Scuderia, il s’agit à ce stade de spéculations.
La décision appartient désormais essentiellement à Elkann et Vigna. Les deux dirigeants connaissent les qualités et les limites du travail accompli par Vasseur, disposent des résultats actuels de Ferrari pour évaluer la situation et connaissent probablement assez précisément les conditions que Horner poserait pour envisager une arrivée à Maranello.
À eux de déterminer quelle organisation et quel dirigeant représentent la meilleure voie pour ramener Ferrari au sommet de la Formule 1. Avec Vasseur ou sans lui.
Debriefing du GP d’Azerbaïdjan
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