Présent et avenir du OAK Racing avec Jacques Nicolet

L’interview du patron

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12 décembre 2012 - 08:33
Présent et avenir du OAK Racing avec Jacques Nicolet

En 2012, OAK Racing a été sur tous les fronts : Championnat du Monde d’Endurance et European Le Mans Series. Si la OAK-Pescarolo LMP1 n’a pas donné satisfaction, la Morgan 2012 LMP2 a en revanche fait briller les couleurs de Onroak Automotive, notamment celle du Conquest Endurance qui a joué le titre en American Le Mans Series jusqu’à l’ultime meeting. En Europe, la Morgan 2012 LMP2 s’est imposée à Donington (ELMS) grâce aux mains expertes de Pla/Baguette/Enjalbert. Le mois de décembre est traditionnellement le moment des bilans mais il permet également de jeter un pont vers la saison suivante. Dans cette optique, Jacques Nicolet, le Président de OAK Racing, a accepté de répondre aux questions d’Endurance-Info.

Jacques, comment pourriez-vous qualifier la saison de OAK Racing ?

« La saison a été globalement difficile. Nous avons eu d’énormes problèmes moteur en série, ce qui nous a amené à changer de motorisation, que ce soit en LMP1 ou en LMP2 après les 24 Heures du Mans. Cela a énormément compliqué les choses, c’est toujours difficile d’opérer ce genre de changement en cours de saison. C’est peut-être d’ailleurs une première, mais il fallait le faire pour la survie de l’équipe et surtout pour montrer la qualité des voitures. C’est ce qu’on a réussi à prouver après ces changements de moteur, on a fait des podiums, on a gagné à Donington, on a fait une très belle course au Petit Le Mans qui ne s’est malheureusement pas concrétisée par le résultat que l’on souhaitait."

"Nous finissons quand même la saison quatrièmes du Championnat du Monde en LMP2, deuxième en European Le Mans Series. Pour faire un peu le lien avec la partie constructeurs, nous avons montré que nous avions une voiture performante, avec un très bon châssis. Pour 2013, on est en train de travailler et de régler au mieux les détails. Je crois qu’une belle année 2013 se profile, à la fois pour l’équipe et pour nos clients. »

Les changements de moteur ont-ils engendré beaucoup de difficultés techniques ?

« C’est très compliqué en cours de saison, ne serait-ce que pour s’approvisionner, en raison des quota de moteurs disponibles, car les constructeurs moteurs n’ont pas quantité de moteurs d’avance. C’était encore plus difficile en LMP1, parce que le moteur HPD n’a rien à voir avec le moteur Judd.et ce n’a pas été si simple que cela à installer. .Les choses ont été encore rendues plus difficiles avec les courses au Japon et en Chine, donc loin de nos bases, ce qui fait qu’on n’a pas eu suffisamment de temps pour travailler et faire les modifications que nous aurions souhaitées pour adapter au mieux le moteur HPD. »

Quelle est la principale différence entre le moteur Judd et le moteur HPD ?

« La très grosse différence, c’est plus de puissance de façon très significative et une fiabilité parfaite. »

Beaucoup moins de vibrations pour le HPD ?

« Les vibrations, ce n’est pas tellement ça le plus gênant. Les vibrations, tous les V8 en font, mais ce sont des vibrations très différentes d’un moteur à l’autre, avec des fréquences différentes, ce qui peut occasionner des problèmes d’adaptation, parce que les pièces annexes ne sont pas préparées à cette différence de fréquence. »

Quel a été le point d’orgue de la saison de OAK Racing ?

« La meilleure course pour nous, je dirais pour ma part, c’était Le Mans jusqu’à minuit le samedi, puisqu’on avait les deux LMP2 en tête de la catégorie, avec une belle avance à la régulière, jusqu’au moment où je suis allé me coucher... Quand je me suis levé il n’y avait plus de voitures ! Un drôle de réveil ! »

La pire course ?

« La pire, Le Mans, après les abandons bien sûr, mais je dirais aussi toutes les courses où on a eu des problèmes mécaniques alors que tout était réuni pour faire un bon résultat. Elles se valent toutes dans le côté désagréable. C’est vrai que Le Mans a été une très, très grosse déception... »

Vous êtes satisfaits de vos pilotes ?

« Côté pilotes, rien à dire de notre côté, c’était très bien. Le gros malheur cette année, ça a été l’accident de Guillaume lors de la Journée Test. Nous avons eu vraiment peur. L’équipe a été très marquée par cet accident et ça reste un moment très douloureux. J’espère que Guillaume va se rétablir rapidement. »

Les nouveaux arrivants ont été à la hauteur ?

« Les nouveaux, ce sont des garçons que l’on connaissait un peu déjà, mais ils ont été vraiment dans le coup, aussi bien Bertrand Baguette que Dominik Kraihamer entre autres. Ils se sont tous intégrés très vite à l’équipe et ils se sont montrés très performants. Un garçon que je ne connaissais pas, Takuma Sato, qui a fait les deux dernières courses en LMP1 en remplacement de Guillaume, a été très agréable, très sûr, très performant. Il y avait une très belle ambiance dans l’équipe de pilotes. »

Pour 2013, êtes-vous déjà dans la réflexion pour les pilotes ?

« Oui, nous sommes dans la réflexion, mais pour l’instant pour 2013 rien n’est encore arrêté, mais on y pense sérieusement. Les délais sont très courts entre la dernière course 2012 et les dates d’engagement pour la saison 2013. On travaille beaucoup pour l’instant, les choses se mettent en place, mais rien n’est arrêté. »

Vous n’avez pas encore défini dans quel Championnat et avec combien de voitures ?

« Non, pas tout à fait. Personnellement, je suis très intéressé par l’Asie. On a toujours marqué un intérêt pour ce Continent. Dès la première course de l’Asian en 2009 on est allé à Okayama. Nous faisions partie des rares équipes à y participer. L’année d’après nous avions renouvelé. En 2008, nous avons été les premiers à faire rouler au Mans un pilote chinois, Cong Fu Cheng, et nous avons fini sur le podium, troisième en LMP2 avec Pierre Ragues et Matthieu Lahaye. L’Asie, c’est un terrain qui m’intéresse, aussi bien pour la partie constructeur que pour la partie équipe. »

On pourrait donc voir OAK Racing et une équipe cliente en Asian Le Mans Series ?

« Exactement, c’est possible. »

Le WEC est toujours au programme, j’imagine ?

« Ah bien sûr, le WEC c’est une ambition, mais c’est une ambition très exigeante en matière de budget et donc il faut être capable de le faire dans de bonnes conditions sinon ce n’est pas satisfaisant. On est en train d’essayer de faire ce qu’il faut. »

Et l’ELMS ?

« L’ELMS, on espère avoir des clients pour rouler dans ce championnat. Nous regardons attentivement le renouveau de l’ELMS. Pour l’instant, on regarde. C’est un peu trop tôt pour en parler plus avant. »

Parlons un peu du constructeur, Onroak Automotive. En ALMS, ça c’est plutôt bien passé ?

« Oui, la voiture de Conquest Endurance a vraiment montré, avec l’équipage et l’équipe, qu’elle était performante. Ils se battaient contre une équipe, Level 5 Motorsport, qui a déployé des moyens absolument incroyables. La compétition était d’un niveau très élevé, même s’il y avait peu de voitures dans la catégorie. La bagarre a été d’un très haut niveau et Conquest a pu gagner à plusieurs reprises et ils ont prouvé à chaque course qu’ils étaient vraiment dans le coup. La meilleure preuve, c’est qu’au Petit Le Mans, nous nous sommes retrouvés ensemble, Conquest avec sa Morgan et nous avec notre voiture. Olivier Pla a fait la pole mais il n’y avait que deux millièmes d’écart avec la Morgan Conquest, une auto vraiment bien préparée. »

En 2013, les LMP2 seront toujours des Morgan et la LMP1 une OAK-Pescarolo ?

« Les P2 l’an prochain seront toujours des Morgan, oui, et effectivement OAK-Pescarolo pour ce qui est du LMP1. Comme vous le savez déjà, en 2013, il n’y aura pas de changement particulier puisque la nouvelle règlementation ne prend effet qu’en 2014. Pour cette année 2014, nous l’avions annoncé, nous aurons une nouvelle LMP1, une coque fermée, qui va répondre complètement à la nouvelle règlementation. On passe en soufflerie, pour la première séance de soufflerie, la semaine prochaine. Le projet est bien avancé, nous sommes complètement dans le timing pour être prêts dès 2014. »

Est-ce que vous avez des contacts en Europe pour des LMP2 ?

« Oui, nous avons des contacts intéressants qui sont en train, je l’espère, de se concrétiser. Vous le savez, la conjoncture n’est pas facile...Cela prend du temps. Il y a plusieurs équipes françaises qui sont intéressées, ce qui prouve que les professionnels reconnaissent la qualité et les performances de la voiture, mais les choses sont difficiles pour tout le monde en ce moment. »

Vous verra-t-on toujours au volant en 2013 ?

« C’est en débat, ce n’est pas sûr. Cela va dépendre aussi des programmes. Aujourd’hui, les classements posent un problème, je suis pilote Silver alors que je suis un gentleman driver, je ne suis pas sûr d’être à ma place dans ce classement là. La catégorisation, c’est un problème..Quand je constate que je suis dans la même catégorie que Stefan Johansson ou Pierre Ragues qui a été rétrogradé, je suis surpris. C’est un peu bizarre, même si effectivement ce ne doit pas être simple, car il y a beaucoup de paramètres à prendre en ligne de compte. Pour ma part, je suis conscient de mes performances, Si je vois que je n’ai plus ma place et que je peux faire perdre l’équipe, je laisserai ma place. »

Nous remercions vivement Jacques Nicolet.

Propos recueillis par Claude Fouber


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