Les enjeux de la F1 en 2026 : Red Bull face à son plus grand défi
Une ère nouvelle pour une équipe contrainte de réinventer son ADN
La saison 2026 de Formule 1 ne marque pas seulement l’entrée dans une nouvelle ère réglementaire. Pour Red Bull Racing, elle symbolise un véritable point de rupture, un redémarrage presque total après deux décennies de continuité, de succès et de stabilité incarnées par des figures aujourd’hui disparues de l’organigramme.
Si Red Bull a longtemps été l’un des géants les plus impressionnants de l’histoire moderne de la F1, la question qui se pose désormais est simple et vertigineuse : le top team peut-il continuer à avancer sans ceux qui l’ont bâti ?
La saison 2025 a agi comme un chant du cygne. Elle a marqué les dernières respirations de la structure Red Bull Racing telle qu’elle existait depuis son rachat de Jaguar, fin 2004, par Dietrich Mateschitz. Visionnaire et anticonformiste, le fondateur de Red Bull avait alors décidé de s’attaquer à la Formule 1 non pas en se conformant à ses codes, mais en les bousculant.
Mateschitz s’entoure rapidement des bonnes personnes. Helmut Marko devient le conseiller clé, fort de son expérience avec les jeunes pilotes Red Bull, tandis que Dany Bahar occupe le rôle de COO. Il manque cependant un chef d’orchestre au quotidien. Ce sera Christian Horner.
Présenté par Marko à Mateschitz en 2005, le jeune patron d’Arden International, ancien pilote conscient de ses limites derrière le volant mais doté d’un sens aigu de la gestion humaine, convainc rapidement. Red Bull tient son homme.
Une culture disruptive qui fait mouche
Dès ses débuts, Red Bull tranche avec l’austérité du paddock. Le motorhome baptisé Energy Station ouvert à tous, la musique dans le garage, l’ambiance décontractée contrastent avec la rigueur quasi militaire de McLaren ou la solennité de Ferrari. Mais derrière l’image, Horner s’attèle à l’essentiel : reconstruire la confiance d’une usine marquée par les errements de Jaguar.
L’arrivée de David Coulthard en 2005 joue un rôle fondamental. Au-delà de son expérience, l’Écossais sert de pont entre Horner et Adrian Newey. Séduit par l’audace du projet, Newey accepte une rencontre avec Mateschitz en Autriche. Convaincu, et grâce à un salaire record rendu possible par le fonctionnement quasi autocratique de Red Bull GmbH, le génie de l’aérodynamique rejoint Milton Keynes. Un coup de maître.
Dans la foulée, Rob Marshall et Jonathan Wheatley arrivent de Renault, Peter Prodromou suit Newey, et la machine se met en route. En moins de cinq ans, Red Bull passe du milieu de grille aux sommets, Sebastian Vettel devient champion du monde et l’équipe entame une domination historique à partir de 2010.
Pendant plus d’une décennie, Red Bull prospère sur une stabilité rare en F1. Horner, Marko, Newey, Marshall, Wheatley, épaulés par l’expertise stratégique de Will Courtenay, transforment une structure autrefois quelconque en référence absolue.
Même lorsque Mercedes impose sa loi à l’ère hybride, Red Bull reste dangereuse. Le châssis et l’aérodynamique sont au rendez-vous, seul le moteur Renault fait défaut. L’intérêt de Newey vacille brièvement, mais la paire Ricciardo–Verstappen maintient l’équipe dans le jeu.
Le pari Honda, pris en 2019 malgré les difficultés observées chez McLaren, relance définitivement la dynamique. En 2021, Verstappen décroche le titre, et Red Bull redevient une force dominante.
La mort de Mateschitz, début du séisme
Tout bascule fin 2022 avec le décès de Dietrich Mateschitz. Sa part de Red Bull GmbH est reprise par son fils Mark, qui rompt avec la gouvernance centralisée de son père. Un triumvirat est mis en place, avec Oliver Mintzlaff en charge des projets et investissements, dont la F1.
Les premières fissures apparaissent en 2023 avec le départ de Rob Marshall vers McLaren. En coulisses, une lutte de pouvoir silencieuse s’installe. Horner, qui a progressivement centralisé de nombreux leviers - y compris le marketing - devient une figure trop dominante. Marko, fidèle à Mateschitz, tente d’empêcher Horner de prendre le contrôle total.
Problème : Horner n’est qu’un employé. Contrairement à Toto Wolff chez Mercedes, il ne détient aucune part du capital. Cette faiblesse structurelle le rend vulnérable même si les succès en piste sont quasi irréprochables.
Début 2024, l’enquête interne visant Horner pour comportement inapproprié - dont il est blanchi à deux reprises par Red Bull - agit comme un catalyseur. Les relations avec Newey se détériorent, Jos Verstappen réclame la tête du patron, et une guerre civile éclate alors même que la RB20 domine encore la concurrence.
Wheatley, pressenti comme successeur potentiel, comprend qu’il ne dépassera jamais un plafond de verre. Il accepte l’offre Sauber/Audi pour 2025. Newey, lui, tourne définitivement la page et rejoint Aston Martin avec une prise de participation, devenant même team principal.
Courtenay suit le mouvement vers McLaren, quittant Red Bull plus tôt que prévu. Sur la piste, McLaren profite du travail de Marshall pour revenir au sommet, mettant fin à l’hégémonie technique de la RB20.
2025 : le grand ménage
Malgré une RB21 compétitive, Red Bull vacille en début de saison 2025. Verstappen doute ouvertement de ses chances au titre. Après des week-ends catastrophiques en Autriche et à Silverstone, la menace de voir le Néerlandais partir pousse Mintzlaff à agir.
Christian Horner est évincé, tout comme plusieurs cadres alignés avec lui, dont Oliver Hughes. L’objectif est clair : détruire l’idée d’une "équipe Horner" et recentrer Red Bull Racing autour de la marque, non d’un individu.
Laurent Mekies est promu team principal et PDG, tandis que le contrôle du marketing et de la communication revient en Autriche. Marko, affaibli après avoir pris des décisions unilatérales, choisit de se retirer à 82 ans, cinq mois seulement après Horner.
La seconde moitié de la saison 2025 est plus positive. Red Bull retrouve de la cohérence, Verstappen et Marko louent les qualités analytiques de Mekies. Mais l’amélioration de la RB21 repose sur des évolutions validées sous Horner.
En réalité, le véritable tournant n’interviendra qu’en 2026.
2026 : un reset total
La monoplace 2026 est la première entièrement conçue sous l’autorité de Pierre Waché, sans l’œil de Newey. Si son talent n’est pas en doute - la RB19 dont il avait déjà la charge principale reste la F1 la plus dominante jamais vue - le nouveau règlement représente un saut dans l’inconnu.
Techniquement, la continuité est assurée par des figures comme Craig Skinner, Enrico Balbo ou Paul Monaghan. Mais politiquement et culturellement, tout a changé.
Mekies, apprécié et méthodique, reste largement inexpérimenté au sommet de la hiérarchie F1, son passage chez Ferrari ayant été celui d’un directeur sportif, non d’un patron tout-puissant. Surtout, des sources indiquent que Mintzlaff est désormais l’autorité réelle, réduisant Mekies à un rôle plus représentatif que décisionnaire.
Cette approche plus corporatiste tranche avec l’agressivité politique de l’ère Horner. Des exemples récents - plainte contre Russell au Canada, opportunité stratégique non saisie à Abu Dhabi - illustrent une équipe Red Bull plus mesuré, presque docile. Respectable, certes. Mais est-ce suffisant pour gagner ?
Red Bull entre dans une phase que Ferrari connaît trop bien : celle où l’héritage devient un poids. Le programme moteur maison, initié par Mateschitz et Horner, arrive à maturité en 2026. L’équipe devra réussir seule, sous pression constante, tout en convainquant Max Verstappen que l’avenir est encore en bleu.
Les ingrédients du succès sont toujours là, Ford ajoute du goût. Mais la recette a changé. Et l’histoire de la F1 a montré que la domination peut s’éteindre bien plus vite qu’elle ne se reconstruit.
Red Bull est désormais au bord du précipice de l’inconnu. Le saut peut mener à un nouvel âge d’or... ou à une longue traversée du désert.
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Red Bull
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