Alpine F1 veut renforcer sa technique mais elle ne cherchera pas ’son Newey’

Briatore ne souhaite pas de monstre technique ou de grand nom

Alpine F1 veut renforcer sa technique mais elle ne cherchera pas ’son Newey’
Auteur : Franck Drui
16 août 2026 - 07:28

Alpine F1 poursuit sa reconstruction à marche forcée, mais Flavio Briatore refuse de céder à la tentation du grand nom providentiel. Alors que l’écurie a retrouvé des couleurs en 2026 grâce notamment au moteur Mercedes, le conseiller exécutif veut désormais consolider sa structure technique plutôt que recruter une figure de premier plan, convaincu que la réussite passe avant tout par un collectif capable de travailler ensemble.

Le retour de Briatore en Formule 1 s’est effectué dans un contexte particulièrement mouvementé pour l’équipe, alors encore engagée sous la bannière Renault. Nommé conseiller exécutif auprès de Luca de Meo en 2024, l’Italien a débarqué après une période marquée par une succession de départs et de changements à Enstone.

En 2023, Alpine avait notamment vu partir son directeur général Laurent Rossi, ses directeurs d’équipe Otmar Szafnauer et Bruno Famin, son directeur sportif Alan Permane ainsi que son directeur technique Matt Harman, entre autres. Après la démission d’Oliver Oakes pour raisons personnelles en 2025, Briatore a pris de facto les commandes de l’écurie, tandis que son ancien lieutenant chez Benetton, Steve Nielsen, a été nommé directeur général afin de superviser les opérations quotidiennes à Enstone.

Depuis, le groupe dirigeant s’est progressivement étoffé. Alpine a notamment recruté David Sanchez, ancien responsable technique de Ferrari et McLaren, au poste de directeur technique exécutif, ainsi que Jason Sommerville, ancien membre de la FIA, comme adjoint de Sanchez. Dave Greenwood, qui a notamment été l’ingénieur de course de Kimi Räikkönen chez Ferrari, occupe pour sa part le poste de directeur de la compétition.

La transformation ne s’est pas limitée à l’organigramme. Pour 2026, Alpine a abandonné le moteur Renault pour devenir cliente de Mercedes, un changement qui a accompagné une nette amélioration des résultats. À la pause estivale, l’écurie occupe ainsi la sixième place du championnat constructeurs, cinq points derrière Racing Bulls.

Pierre Gasly a notamment offert à Alpine son premier podium sur une course sèche depuis 2023 en terminant troisième à Monaco. Franco Colapinto a lui aussi apporté sa contribution avec six arrivées dans les points, dont une sixième place au Canada, son meilleur résultat en carrière.

Pour autant, Briatore estime que la prochaine étape ne consiste pas à attirer un nouveau technicien star. Le chantier est beaucoup plus vaste, selon lui.

"Pour nous, il s’agit de consolider le secteur technique parce que nous avons maintenant le moteur, et que nous devons désormais améliorer la qualité technologique de l’équipe," a expliqué Briatore aux médias.

L’Italien a surtout rappelé dans quel état il avait retrouvé Alpine à son arrivée, après plusieurs années d’instabilité.

"Lorsque je suis arrivé chez Alpine, la situation était assez mauvaise. Nous perdions beaucoup de personnes et il y avait trop de changements, avec une direction qui changeait chaque année, ceci, cela, mais aucune constance."

La priorité est donc désormais de retrouver cette stabilité, avant même de chercher à identifier une personnalité capable de transformer seule l’écurie.

"Petit à petit, il faut reconstruire un secteur technique solide et retrouver de la constance encore et encore pour progresser. Nous avons besoin de grandes améliorations sur le plan technique, mais nous devons aussi tout améliorer. Ce n’est pas seulement un domaine qu’il faut améliorer. Il faut tout améliorer si vous voulez gagner."

Briatore ne cherche d’ailleurs pas à masquer l’ampleur du travail restant à accomplir. Les progrès enregistrés avec le moteur Mercedes ne signifient pas qu’Alpine est déjà en mesure de jouer régulièrement les premières places.

"Nous n’en sommes pas encore là. Nous devons travailler, notamment pour réorganiser la structure dont nous disposons, et cela prend du temps. Nous avons besoin de quelqu’un avec de l’expérience. Nous cherchons, mais ce n’est pas facile."

Cette recherche ne débouchera toutefois pas nécessairement sur le recrutement d’un technicien mondialement reconnu. Pour Briatore, le nom inscrit sur une porte importe moins que la capacité de la personne à s’intégrer dans une organisation cohérente.

"Plus que quelqu’un de très connu, nous avons besoin de quelqu’un de bon, parce qu’un grand nom ne garantit absolument rien. La Formule 1 crée le monstre, et après un certain temps, le monstre fonctionne ou non. Tout le monde sait qu’Aston Martin possède le meilleur profil technique au monde."

La référence à Aston Martin est évidemment liée à l’ambitieux projet porté par Lawrence Stroll, qui a investi massivement dans les infrastructures de son équipe et attiré Adrian Newey. Mais Briatore estime que la qualité individuelle d’un technicien ne suffit pas à garantir des résultats.

"Lawrence Stroll a fait un travail incroyable en construisant l’usine et tout le reste, mais les résultats ne sont pas les mêmes, donc nous ne prendrons jamais un monstre technique très connu dans mon équipe."

L’approche défendue par Briatore s’appuie directement sur son propre passé en Formule 1. Durant ses années à la tête de Benetton puis de Renault, l’Italien a participé à la construction d’équipes capables de devenir championnes du monde, en faisant notamment émerger plusieurs figures majeures de la discipline.

"Nous avons créé des profils techniques monstrueux avec Ross Brawn, Bob Bell, Pat Symonds et James Allison."

Plutôt que de miser sur une personnalité extérieure censée résoudre à elle seule les problèmes de l’équipe, Briatore veut donc reproduire la méthode qui a fonctionné par le passé : faire progresser les individus au sein d’une structure adaptée.

"Nous avons trouvé une méthode, nous travaillions avec de jeunes personnes, nous travaillions avec la structure. Ce que nous recherchons, ce n’est pas un grand nom, c’est un groupe de personnes qui travaillent ensemble et obtiennent les résultats."

Cette philosophie implique nécessairement de laisser du temps au processus. Alpine doit encore améliorer ses outils, ses méthodes de travail et sa coordination technique avant de pouvoir prétendre jouer les premiers rôles de manière régulière.

"Il faut un peu de temps... un peu de temps, ce n’est pas dix ans, c’est deux ou trois ans. C’est la même chose que lorsque je suis arrivé chez Benetton pour la première fois, et la même chose que ce que nous avons fait chez Renault."

"Lorsque je suis arrivé, il y avait 1300 personnes dans l’équipe, et maintenant nous sommes 900 parce que j’avais 400 personnes qui n’avaient rien à voir avec ce que nous voulions."

Cette transformation, reconnaît-il, n’a rien d’indolore. Mais Briatore estime désormais que les décisions prises commencent à produire une direction plus claire pour Alpine.

"C’est très douloureux au début, mais maintenant nous voyons où nous allons."


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