Romain Grosjean a-t-il un avenir en Formule 1 ?

Ses qualités prendront-elles le pas sur ses défauts ?

Romain Grosjean a-t-il un avenir en Formule 1 ?
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23 juillet 2013 - 19:10

Si un pilote soulève toutes les interrogations, au point d’en devenir une énigme au sein même de son équipe, c’est Romain Grosjean. Car bien qu’Eric Boullier l’ait toujours défendu, ce dernier semble de plus en plus ne pas savoir justifier les performances de son pilote, en bien comme en mal.

Car Romain Grosjean, c’est l’alternance du pire comme du meilleur, d’une course à l’autre. Un manque de régularité qui semble être un vrai souci dans la gestion de carrière du Français et qui pourrait lui coûter cher à long terme.

Cette absence de régularité semble être une constante depuis ses débuts en F1, et même un retour en GP2 en 2010 ne semble pas avoir eu raison d’une fougue trop présente, et d’une précipitation maladive motivée par une envie de bien faire qui l’aura amenée à se prendre les pieds dans le tapis plus souvent qu’à des bons résultats.

Appelé à remplacer Nelsinho Piquet en 2009 suite à l’affaire du crashgate, au volant d’une Renault ratée et aux côtés de Fernando Alonso, Romain Grosjean avait pourtant montré dès ses premiers tours de roues une pointe de vitesse loin d’être ridicule.

Lors de son deuxième départ, à Spa-Francorchamps, une collision avec Jenson Button a conduit à l’élimination de quatre pilotes. Une première manière peu glorieuse de se faire remarquer. Pas aidé par une monture rétive et peu performante, Grosjean se conduira en élève studieux jusqu’à la fin de saison, enchaînant les qualifications lointaines mais dans la seconde de son champion du monde d’équipier.

Ne marquant aucun point et montrant déjà une tendance à confondre vitesse et précipitation, Grosjean se retrouve en championnat GT début 2010. Remplaçant un des pilotes Dams en GP2 pour la fin de saison, et montrant des performances satisfaisantes, il est engagé pour une saison supplémentaire chez Dams, de manière à accumuler de l’expérience et polir le talent brut qu’il semble alors être en termes de performances pures.

Un titre de GP2 en poche, et toujours sous la gestion de Gravity, Romain Grosjean est engagé début 2012 chez Lotus, tout juste rebaptisée après le rachat de Renault. Après Alonso pour ses débuts, Grosjean est de nouveau associé à un champion du monde en la personne de Kimi Raikkonen, qui effectue lui son retour en F1 après deux ans passés en WRC.

Grosjean se montre très vite à son avantage et se place au niveau de Raikkonen en qualifications, les deux pilotes plaçant leur monoplace dans le haut de la grille. En course, Grosjean montre des faiblesses assez rapidement, s’accrochant au deuxième tour du Grand Prix d’Australie et au troisième tour du Grand Prix de Malaisie. Sa responsabilité n’étant pas forcément engagée à chaque incident, l’image du Français reprend alors les couleurs de celle de 2009, et l’on entend déjà qu’il confond vitesse et précipitation.

S’ensuit une série de bons résultats, dont un podium à Bahrein, et malgré un accrochage au départ à Monaco, Grosjean ne s’en laisse pas conter et termine deuxième au Canada. Sa réputation prend une autre ampleur, et sa superbe course à Valance, où il abandonne sur problème mécanique alors qu’il était en lutte pour la victoire, renforce ce changement.

Il aborde sereinement la deuxième moitié de saison puisqu’il enregistre un nouveau podium en Hongrie, juste avant la pause estivale. Qualifié neuvième en Belgique, à trois dixièmes de Raikkonen, Grosjean se loupe au départ et percute Hamilton. Manifestement victime d’une panne de cerveau, le pilote Lotus décolle sur la McLaren et embarque avec lui les deux Sauber et surtout Fernando Alonso, qu’il percute à haute vitesse.

Jugé totalement coupable de cet accident, un jugement aggravé par la violence du choc et sa dangerosité manifeste, Grosjean est exclu pour une course au soir de la course belge. Une sanction très importante que les commissaires n’avaient pas délivrée depuis près de 20 ans. Et même si certains incidents durant cette longue période auraient mérité une telle sanction, l’affaire fait bien évidemment grand bruit.

Toutes les rumeurs circulent alors, allant d’un abandon du soutien de Total à un licenciement pur et simple avec effet immédiat. Il n’en est rien, et sa peine purgée, Grosjean revient disputer un Grand Prix de Singapour sage qui le voit terminer dans le sillage de son équipier.

Au Japon, il harponne de nouveau un pilote au départ, en la personne de Mark Webber, qui ne sera pas tendre avec le Français suite à cet accrochage, le qualifiant de « taré du premier tour ».

Une fin de saison sans encombre ni éclat permet à Grosjean d’être confirmé à son poste pour une saison de plus. Son patron le soutient, mais se montre assez clair : Grosjean n’aura pas le droit à l’erreur.

Se sachant surveillé, Grosjean pilote désormais sagement

Quitte à se montrer moins à son avantage en qualifications et extrêmement prudent lors des départs, Grosjean inscrit des points lors de chacune des quatre premières courses du championnat, montant à nouveau sur le podium à Bahrein.

On le dit un peu moins brillant qu’un an auparavant, mais il a le mérite d’aider Lotus à pointer à la deuxième place du classement des constructeurs. En odeur de sainteté dans son équipe, Grosjean semble plus fort mentalement et l’on vient à penser que ses démons appartiennent définitivement au passé.

Malheureusement, il effectue un week-end catastrophique à Monaco, où il enregistre trois accidents en essais et harponne Daniel Ricciardo en course. Avançant que l’Australien a freiné trop tôt, personne ne remet en doute la culpabilité de Grosjean pour cet incident qui lui fait prendre dix places de pénalité sur la grille du Grand Prix suivant.

Se montrant publiquement compréhensif avec son pilote, il se dit que la patience d’Eric Boullier commence à trouver ses limites et qu’il trouve un tel week-end totalement inacceptable de la part d’un pilote qui cumule près de deux saisons d’expérience.

Lotus étant peu en verve sur les manches suivantes, il faut attendre le dernier Grand Prix en date, au Nurburgring, pour voir Grosjean revenir à son plus haut niveau. Il enregistre un podium qui arrive à point nommé pour lui, à l’heure où sa place est toujours menacée.

Pourtant, avec Raikkonen de plus en plus annoncé chez Red Bull, Grosjean pourrait revêtir la place de leader chez Lotus dès 2014 s’il parvenait à conserver le soutien de son employeur, celui de son sponsor, et donc son volant. Si Lotus arrive à rester en lutte pour le championnat, il est évident que des consignes s’appliqueront et que Raikkonen sera favorisé en vue du titre pilotes cette saison.

Grosjean dispose désormais d’une demi-saison pour convaincre qu’il ne rencontre plus de souci de régularité et qu’il est désormais prêt à effectuer une année complète sans embûches. Mais alors, à quoi pourrait ressembler la suite de la carrière de Grosjean ? S’il convainc suffisamment son employeur pour être gardé l’année prochaine en qualité de leader, il aura toutes les cartes en main pour s’assurer un futur brillant.

S’il reste dans l’écurie d’Enstone l’an prochain, que ce soit aux côtés de Raikkonen ou non, il aura comme première mission de prouver qu’il est capable d’allier performances et propreté en piste. Et s’il en est capable, il devra le faire à chaque course.

S’il venait à être licencié, il y a fort à parier que ce serait avant tout pour avoir disputé une fin de saison 2013 bien terne. Et dans ce cas, que ferait Grosjean l’an prochain ? Arriverait-il à conserver le soutien de Total pour trouver une place dans une écurie ayant besoin de liquidités ?

On peut dans ce cas penser à Force India qui aura une place libre et sûrement un budget serré. Si Maldonado quittait Williams, il est probable que l’écurie de Sir Frank ne refuserait pas conjointement un pilote rapide et quelques millions d’euros de budget supplémentaire. L’hypothèse de rebondir dans une écurie de milieu de plateau permettrait à Grosjean de refaire son image tout en ayant l’opportunité d’effectuer quelques bonnes performances.

On peut en revanche craindre pour son avenir en Formule 1 s’il se retrouvait sans volant car lâché à la fois par Lotus et Total.

Dans ce cas de figure, il est difficile d’imaginer pour Grosjean un futur dans cette discipline où ses concurrents pour un volant auront plusieurs années de moins que lui, une vitesse de pointe au moins aussi bonne, et le bénéfice du doute concernant leur aptitude à se montrer régulièrement performants…


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